J’ai payé 19 € pour être assise à côté de ma fille de 6 ans à l’aller : au retour, la même somme m’a été facturée une seconde fois

Payer deux fois le même service, sans avoir rien changé à sa réservation : c’est exactement ce qui est arrivé à cette mère de famille, facturée 19 euros à l’aller pour être placée à côté de sa fille de 6 ans, puis de nouveau 19 euros au retour, sur le même trajet, dans les mêmes conditions. Ce genre de mésaventure n’a rien d’isolé. Elle illustre une pratique tarifaire que des millions de familles européennes ont subie ces dernières années, et que la réglementation européenne s’apprête enfin à encadrer.

À retenir
  • Les compagnies low cost facturaient le rapprochement des enfants à chaque segment de vol, permettant une double facturation sur les aller-retour
  • La réforme européenne de 2026 interdit aux transporteurs de facturer les sièges contigus pour les enfants de moins de 14 ans
  • Les corrections de réservation mineures ne pourront plus être facturées jusqu’à 160 €, répondant aux abus des compagnies aériennes
  • L’application complète des nouvelles règles ne sera effective qu’en 2027, les compagnies disposant d’une année pour adapter leurs systèmes

Un supplément devenu la norme chez les compagnies low cost

Faire payer un supplément pour asseoir un parent à côté de son enfant n’a longtemps relevé d’aucune obligation légale, mais d’un choix commercial généralisé chez les transporteurs à bas coût. Pendant des années, de nombreuses compagnies low-cost ont fait payer la sélection de sièges, laissant parents et enfants dans des rangées différentes si le supplément n’était pas réglé. Le montant variait fortement d’une compagnie à l’autre et d’un vol à l’autre.

L’absence d’une réglementation claire générait des plaintes fréquentes et contraignait de nombreuses familles à payer entre 4 et 25 euros par siège simplement pour voyager ensemble. D’autres analyses évoquent des fourchettes plus larges. Sur un vol européen, l’addition pouvait grimper vite, avec des frais souvent compris entre 20 et 60 euros par passager. Pour une famille de quatre personnes, rester ensemble coûtait parfois le prix d’une valise en soute supplémentaire ou d’un bon restaurant à l’arrivée.

Le cas de cette voyageuse facturée deux fois pour le même service, une fois par trajet, s’inscrit dans cette logique tarifaire à la carte. Chaque segment de vol étant traité comme une transaction indépendante, rien n’empêchait techniquement une compagnie de faire payer deux fois la même prestation à un même passager sur un aller-retour.

Ce que change la réforme européenne de 2026

Cette situation a fini par attirer l’attention des institutions européennes. Au cœur du compromis figure l’interdiction, pour les compagnies aériennes opérant dans l’UE, de facturer des frais supplémentaires aux parents qui veulent voyager à côté de leurs enfants. Jusqu’ici, des low cost comme Ryanair imposaient la sélection de sièges contigus, y compris pour les familles, ce qui pouvait alourdir sensiblement la facture pour un couple avec un ou plusieurs enfants.

En juillet 2026, le Parlement européen a adopté une réforme des droits des passagers aériens qui interdit de facturer le fait de placer un mineur à côté de son accompagnateur. La mesure ne couvre pas tous les enfants sans distinction. La gratuité obligatoire cible spécifiquement les moins de 14 ans, et non l’ensemble des mineurs. Au-delà de cet âge, les compagnies conservent le droit de facturer le rapprochement des passagers.

Le texte règle un autre irritant classique des réservations en ligne. Les compagnies aériennes ne seraient plus autorisées à facturer des frais pour corriger des erreurs de réservation mineures, telles qu’une faute d’orthographe dans le nom d’un passager, alors que cette correction pouvait coûter jusqu’à environ 110 € en ligne et 160 € via le service client selon la compagnie aérienne. Un montant sans commune mesure avec le service rendu, souvent une simple modification informatique.

La réforme ne bouleverse pas tout le régime des droits des passagers. L’accord maintient le seuil actuel de trois heures pour l’indemnisation en cas de retard d’un vol, tout en gardant les montants inchangés entre 250 € et 600 € selon la distance. Les compagnies aériennes, de leur côté, contestent le coût global de ce régime. Elles dénoncent de longue date le coût de ce régime d’indemnisation, évalué à plusieurs milliards d’euros par an au niveau européen.

Attention, la gratuité n’est pas encore automatique

La règle n’entre pas en vigueur du jour au lendemain. Cette gratuité ne sera effective qu’à l’entrée en vigueur du texte. Elle ne s’applique donc pas automatiquement aux vols réservés pour cet été. Concrètement, l’accord politique doit encore franchir les étapes formelles d’adoption avant de s’imposer aux transporteurs sur le terrain.

Certains transporteurs ont pris les devants sans attendre le texte final. Ryanair, par exemple, a modifié sa politique en juin 2026 à la suite d’une enquête des autorités britanniques et propose désormais une attribution gratuite après l’enregistrement. Une évolution notable pour une compagnie longtemps critiquée sur ce point précis.

Pour les familles qui voyagent d’ici l’application définitive du texte, la prudence reste de mise. Vérifier les conditions tarifaires avant de réserver, conserver toutes les captures d’écran du processus d’achat, et ne pas hésiter à contacter le service client en cas de double facturation manifeste comme celle décrite par cette mère de famille : ce sont, pour l’instant, les seuls leviers concrets à disposition des voyageurs.

Un chantier européen plus large sur les frais annexes

Cette réforme des sièges familiaux s’inscrit dans un mouvement de fond. Ces changements visent à améliorer la transparence sur les prix des compagnies aériennes, en particulier en ce qui concerne les « frais cachés » ajoutés lors du processus de réservation. Bagages cabine, cartes d’embarquement imprimées, frais de correction : le régulateur européen s’attaque méthodiquement à chaque ligne de facturation annexe qui a fleuri depuis une décennie sur les billets low cost.

Un détail mérite d’être gardé en tête par les voyageurs pressés de réserver leurs prochaines vacances. La réforme entrera en vigueur vingt jours après sa publication au Journal officiel de l’Union européenne, et les compagnies aériennes et les plateformes disposeront ensuite d’une année pour adapter leurs procédures, ce qui laisse penser que les nouvelles règles ne seront pleinement appliquées que courant 2027. D’ici là, mieux vaut lire attentivement chaque étape du tunnel de réservation, y compris à l’aller comme au retour.