Aveiro, petite ville de la côte atlantique portugaise, doit son surnom de « Venise du Portugal » à un réseau de canaux traversé par des bateaux traditionnels aux couleurs vives, les moliceiros. Après une tempête au XVIe siècle qui avait failli condamner son port, la cité a rebâti son identité autour de l’eau, du sel et d’une architecture Art nouveau que peu de voyageurs français connaissent encore. C’est justement cette discrétion, comparée au tourisme de masse qui étouffe Venise depuis des années, qui pousse de plus en plus de visiteurs à préférer cette escale du centre du Portugal à la cité des Doges.
À retenir
- Une ville aux canaux pittoresques qui rivalise avec Venise, mais reste encore préservée du surtourisme
- Aveiro cache bien d’autres trésors : histoire du sel, patrimoine architectural remarquable et traditions locales méconnues
- À seulement une heure de Porto, comment cette destination offre l’expérience vénitienne à une fraction du prix et sans les files d’attente
Aveiro, cette « petite Venise » qui n’a rien à envier à sa grande sœur
Le décor pose immédiatement le ton : le canal principal est bordé de façades avant de se jeter dans la Ria d’Aveiro, et les moliceiros emmènent les visiteurs à travers les différents canaux, avec leurs peintures colorées représentant des scènes de la vie quotidienne. Ces embarcations, on l’oublie souvent, n’ont rien d’un gadget touristique inventé pour la photo. Elles servaient autrefois à récolter le moliço, une algue qui prolifère dans la lagune et qui a été utilisée comme engrais jusque dans les années 1960, avant que les engrais chimiques ne rendent cette activité obsolète.
La balade en bateau dure en général une quarantaine de minutes et permet d’apercevoir le front de mer de l’Assembleia Municipal de Aveiro, le bassin de Fonte Nova devant l’ancienne fabrique de briques Antonio Maria Campos, le pont dos Botirões et plusieurs marais salants. Comptez entre dix et quinze euros la traversée, un tarif qui a d’ailleurs tendance à grimper avec la popularité grandissante de la ville : le succès des moliceiros a fait grimper les prix, et il est conseillé de comparer les tarifs et de vérifier que la balade inclut bien les canaux secondaires, moins fréquentés. Un détail qui n’a rien d’anodin quand on sait que les groupes s’agglutinent vite le week-end autour des points de départ les plus centraux.
Le vrai visage d’Aveiro : sel, algues et façades Art nouveau
Réduire Aveiro à une simple copie miniature de Venise serait pourtant une erreur, et plusieurs voyageurs anglophones qui connaissent bien la ville s’en agacent ouvertement. Un guide indépendant sur la région insiste sur ce point : Aveiro est en réalité bien plus intéressante qu’une étiquette paresseuse le laisse penser, c’est une ville portugaise en activité où les bateaux moliceiros peints glissent devant des demeures Art nouveau, et où les marais salants produisent encore la fleur de sel qui sert à conserver la morue nationale. L’histoire économique de la cité, justement, tient en grande partie à cette relation avec la mer et le sel, activité qui a façonné son urbanisme bien avant que le mot « tourisme » n’existe.
Le patrimoine architectural mérite qu’on s’y attarde. La ville abrite des maisons de marchands ornées, construites grâce aux fortunes rapatriées du Brésil, le marché aux poissons animé de la Praça do Peixe, et le remarquable Mosteiro de Jesus, où la princesse sainte Joana a vécu et est morte au XVe siècle. Ce couvent abrite aujourd’hui le musée d’Aveiro, un lieu chargé d’histoire que la plupart des visiteurs pressés, venus uniquement pour la photo du canal, ne prennent même pas le temps de découvrir. Autre curiosité locale : les décors peints sur la proue des moliceiros ne sont pas de simples motifs folkloriques. Certaines scènes sont franchement grivoises, une tradition populaire qui contraste avec l’image sage et carte postale qu’on prête généralement à la ville.
Impossible également d’évoquer Aveiro sans parler des ovos moles, cette pâtisserie à base de jaune d’œuf et de sucre originellement confectionnée par des religieuses et aujourd’hui largement disponible, notamment à la Confeitaria Peixinho, la plus ancienne pâtisserie de la ville. Et à une dizaine de minutes du centre, Costa Nova offre son lot de maisons rayées devenues, presque malgré elles, l’un des clichés les plus partagés du Portugal sur les réseaux sociaux.
Venise sous pression, Aveiro encore préservée
Le contraste avec Venise ne relève pas que du charme esthétique. La cité italienne a pris des mesures concrètes pour endiguer l’afflux de visiteurs : Venise a décidé de doubler son droit d’entrée pour les visiteurs à la journée afin de lutter contre le surtourisme, une décision qui illustre l’ampleur du problème que rencontre la ville lagunaire, entre fragilité du bâti et saturation des rues étroites. Aveiro, elle, reste pour l’instant épargnée par ce type de dispositif. Un article spécialisé souligne que la ville offre des bateaux moliceiros colorés, une architecture Art nouveau et des voies d’eau paisibles, sans les frais touristiques élevés ni les foules oppressantes.
Cette tranquillité relative ne doit pas faire illusion pour autant. Aveiro compte aujourd’hui près de 80 000 habitants et sa fréquentation touristique progresse chaque année, portée par sa proximité avec Porto, accessible en 30 à 60 minutes de train depuis la gare de Porto Campanhã. Certains voyageurs, il faut le dire, reviennent déçus de la comparaison avec Venise, jugeant la balade en bateau chère au regard de ce qu’elle offre réellement et regrettant que les plus belles images de la région, celles des maisons rayées, ne se trouvent pas à Aveiro même mais à Costa Nova, une vingtaine de minutes plus loin. La prudence reste donc de mise face à un marketing touristique parfois plus séduisant que la réalité du terrain.
Reste un fait concret pour qui prépare son voyage : la ligne régionale entre Porto et Aveiro propose des trains fréquents et bon marché, autour de 3,55 euros le trajet selon les tarifs pratiqués sur cette liaison. De quoi transformer une simple excursion d’une journée en base idéale pour explorer aussi les plages de Costa Nova et de Barra, où se dresse le plus grand phare du Portugal, sans jamais s’éloigner de plus d’une heure de l’aéroport de Porto.
Sources : partir-entre-amis.fr | voyage-europe.com