À deux heures et demie de train de Bucarest, Brasov offre les mêmes façades gothiques, les mêmes ruelles pavées et la même ambiance médiévale que Prague, mais sans les hordes de touristes qui se pressent sur le pont Charles. Cette ville de Transylvanie, fondée par les chevaliers teutoniques au XIIIe siècle, coche toutes les cases du fantasme mitteleuropéen tout en restant étonnamment épargnée par le tourisme de masse qui étouffe la capitale tchèque.
Le contraste est saisissant. Prague a reçu plus de 8 millions de visiteurs en 2025, et environ 1,7 million de touristes au premier trimestre 2026, soit environ 5 % de plus que l’année précédente. Le pont Charles, cette relique du XIVe siècle classée à l’UNESCO, en paie le prix : ses statues baroques attirent l’attention de milliers de visiteurs chaque jour, transformant une promenade censée être contemplative en un exercice de patience façon métro parisien à l’heure de pointe. Brasov, elle, reste hors des radars du tourisme européen classique, alors même qu’elle possède un patrimoine comparable, sinon plus étoffé côté nature environnante.
À retenir
- Une ville médiévale aussi belle que Prague, mais encore inconnue des masses touristiques
- Les Carpates en toile de fond et Dracula en bonus : un décor naturel que Prague ne peut pas offrir
- Des trains à 3 euros et des hôtels à prix roumains : le budget ne sera plus jamais un problème
Brasov, ou comment rejoindre Prague sans la foule
La liaison ferroviaire entre les deux villes roumaines est un argument de poids. Le trajet spanne environ 166 km et prend entre 2 heures 16 minutes sur les trains les plus rapides et jusqu’à 4 heures sur les services plus lents, avec une trentaine de départs quotidiens, le premier train partant à 5h44 et le dernier à 21h24. on peut partir de la capitale roumaine au petit matin, passer la journée à flâner dans la vieille ville et rentrer le soir même, sans avoir eu besoin de réserver un vol ou de louer une voiture.
Une fois sur place, le dépaysement est immédiat. Brasov est la principale ville de Transylvanie en termes d’importance culturelle et commerciale, et se situe presque au cœur de la Roumanie, à 170 kilomètres de Bucarest ; fondée par les chevaliers teutoniques en 1211 et fortifiée par les Saxons, la ville est un labyrinthe de rues sinueuses, de façades baroques et de flèches gothiques. On y retrouve cette architecture germanique typique des villes saxonnes de Transylvanie, un mélange d’influences qu’on ne trouve nulle part ailleurs en Europe centrale, pas même à Prague où l’homogénéité baroque domine largement le paysage urbain.
Le centre historique se parcourt à pied en une matinée. La vieille ville est compacte et se visite à pied, entre l’église Noire, la place du Conseil et les rues médiévales. Pour les amateurs de panoramas, une ascension s’impose : grimper le mont Tâmpa offre des vues panoramiques sur Brasov et les montagnes des Carpates. L’effort en vaut la peine, la ville entière se dévoile alors, coincée entre les sommets et sa citadelle, un peu comme si Prague avait été posée au milieu d’un décor de Chamonix.
Les Carpates en toile de fond, Dracula en prime
Ce qui distingue vraiment Brasov de Prague, c’est son ancrage dans une nature encore préservée. Malgré le développement de la ville, Brasov reste immergée dans la nature, entourée sur trois côtés par les Carpates, et les forêts environnantes ont été protégées même pendant l’industrialisation d’après-guerre. Impossible d’imaginer une randonnée en pleine forêt à vingt minutes du centre-ville pragois, saturé de circulation et de zones commerciales.
Et puis il y a le folklore, celui qui fait vendre des cartes postales depuis des décennies. Une visite guidée au château de Bran, connu comme le château de Dracula, se trouve à environ 20 minutes de Brasov. À proximité immédiate, la forteresse de Rasnov et le château de Peleș à Sinaia sont également des destinations populaires pour des excursions d’une journée. Ce triangle touristique (Brasov, Bran, Rasnov) constitue un condensé d’histoire médiévale et de légendes vampiriques qui n’a rien à envier au folklore pragois, mais avec beaucoup moins de monde autour des billetteries.
La forteresse de Rasnov mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde. Cette citadelle médiévale construite au XIIIe siècle par les chevaliers teutoniques servait à protéger les villageois contre les invasions ; aujourd’hui, c’est surtout un point de vue sur les Carpates, en plus de plonger dans un environnement médiéval. On y accède facilement depuis Brasov, en bus ou en train régional, pour une poignée d’euros.
Un budget qui n’a rien à voir avec Prague
L’argument économique achève de convaincre. Alors que Prague, malgré sa réputation de destination abordable, voit ses prix grimper sous la pression touristique, la Roumanie reste l’un des pays les moins chers du continent pour se loger et se restaurer. Les billets de train Bucarest-Brasov se trouvent à partir de 3,42 euros, selon le type de train et la classe choisie. De quoi financer largement une nuit d’hôtel supplémentaire ou un repas traditionnel roumain sur la place du Conseil.
Reste une nuance à garder en tête avant de tout plaquer pour la Transylvanie : Brasov n’a ni l’ampleur architecturale du château de Prague, ni la densité muséale de la capitale tchèque, et sa notoriété grandissante (elle apparaît désormais dans la plupart des guides sur la Roumanie) pourrait bien, dans les prochaines années, attirer les mêmes foules qu’elle permet aujourd’hui d’éviter. Autant en profiter maintenant, avant que la place du Conseil ne devienne, elle aussi, un lieu où l’on fait la queue pour prendre une photo.
Sources : passion-prague.fr | prague-secrete.fr | vanupied.com