Je payais encore le supplément bagage à chaque vol : un agent de l’aéroport m’a expliqué que ce n’était plus obligatoire ici

Un agent de l’aéroport vous l’a peut-être déjà dit, ou un voyageur chevronné au comptoir d’enregistrement : non, le supplément bagage n’est pas toujours obligatoire. La réalité, plus nuancée qu’il n’y paraît, dépend de la compagnie, du type de tarif choisi, et, depuis peu, d’un mouvement réglementaire européen qui est en train de remodeler en profondeur les règles du jeu. Comprendre ces distinctions peut vous faire économiser entre 15 et 50 euros par trajet.

À retenir

  • Un nouveau droit européen garantit un bagage gratuit, mais peut-être pas celui que vous utilisez habituellement
  • Les compagnies aériennes ont encaissé plus de 10 milliards d’euros en frais de bagages en 2024 — voici comment
  • Air France, Lufthansa et les autres grandes compagnies adoptent enfin le modèle des frais de bagages des low-cost

Ce que la loi garantit déjà, et ce qu’elle ne garantit pas encore

Depuis la fin de l’été 2025, la Réglementation européenne impose à toutes les compagnies aériennes opérant en Europe d’autoriser gratuitement un bagage personnel aux dimensions 40 × 30 × 15 cm. Cette mesure est désormais effective et appliquée par l’ensemble des transporteurs européens, y compris les low-cost. Concrètement, ce petit sac, pensez sacoche d’ordinateur, sac de cabine compact, sac à main volumineux — doit pouvoir monter à bord sans que vous déboursez le moindre centime supplémentaire. C’est un droit, pas une faveur.

Mais le bagage qui fait débat, celui que la plupart des voyageurs traînent dans les couloirs d’aéroport, c’est la valise cabine à roulettes, le format classique 55 × 35 × 25 cm. La nouvelle Réglementation européenne garantit à chaque passager un bagage cabine gratuit de 40 × 30 × 15 cm, placé sous le siège. Le format 55 × 35 × 25 cm reste accepté par de nombreuses compagnies, mais il est désormais souvent payant ou réservé aux tarifs supérieurs. L’agent qui vous a renseigné à l’aéroport avait donc raison sur le petit sac — mais pas nécessairement sur la valise cabine.

Le 21 janvier 2026, le Parlement européen a adopté sa position sur la révision du règlement encadrant les droits des passagers aériens, avec 632 voix pour, 15 contre et 9 abstentions, un résultat qui ressemble à un plébiscite, alors que les compagnies aériennes low-cost ont fait du supplément bagage un passage quasi-obligatoire pour leurs clients. Ce vote plaidait pour rendre gratuits deux bagages cabine par passager. Mais tant que le Conseil bloque, les compagnies low-cost continueront d’afficher des suppléments bagage.

La mécanique cachée derrière les frais de bagages

En 2024, les sept principales low-cost européennes : Ryanair, easyJet, Wizz Air, Vueling, Eurowings, Transavia et Volotea — ont encaissé collectivement plus de 10 milliards d’euros grâce aux seuls frais de bagages cabine, sur environ 390 millions de bagages facturés. Un chiffre qui donne le vertige. Et qui explique pourquoi les grandes compagnies ne cèdent pas facilement.

Le surcoût en kérosène lié à 120 bagages cabine ne dépasse pas 156 euros. À 25 euros l’unité, la recette potentielle monte à 3 000 euros, soit un bénéfice net de près de 2 850 euros par vol. Le modèle est d’une rentabilité redoutable. Les frais de bagages, de choix de siège et d’embarquement prioritaire représentent jusqu’à 20 % des revenus des compagnies low-cost, c’est précisément ce matelas de revenus annexes qui permet d’afficher un billet à moins de 20 euros tout en maintenant une marge confortable.

Ce modèle ne concerne plus seulement les low-cost. À partir du 19 mai 2026, Lufthansa Group supprime la gratuité du bagage cabine sur l’ensemble de ses lignes européennes. Le 28 avril 2026, Lufthansa Group avait ouvert à la réservation un nouveau tarif d’entrée en classe économique, baptisé « Economy Basic », qui n’inclut plus qu’un petit bagage personnel à glisser sous le siège. Air France et KLM ont amorcé le même virage le 1er juillet 2025, en introduisant un tarif Basic sur dix lignes moyen-courrier : Helsinki, Athènes, Stockholm, Prague entre autres. Sur ces routes, le billet le moins cher ne comprend plus qu’un bagage personnel de 40 × 30 × 15 cm, et la valise cabine standard y est facturée à partir de 15 euros par vol.

Compagnie par compagnie : qui vous charge, qui ne vous charge pas

La situation varie selon la compagnie et, surtout, selon le tarif choisi au moment de la réservation. Contrairement à de nombreuses compagnies low-cost, Air France ne facture pas de supplément pour le bagage cabine sur ses tarifs classiques, il est inclus dans tous les tarifs, y compris le tarif Economy Light sur les vols court et moyen-courrier. Une nuance importante : ce n’est plus systématiquement vrai sur les dix destinations en tarif Basic évoquées ci-dessus.

En 2026, Ryanair autorise un sac de 40 × 30 × 20 cm gratuitement (format élargi de 5 cm en septembre 2025). EasyJet offre le sac gratuit le plus généreux des low-cost à 45 × 36 × 20 cm. Au-delà, comptez un supplément. Pour Transavia, filiale d’Air France, le bagage cabine est inclus depuis le tarif Smart. En dessous de ce tarif, retour à la case départ.

Les compagnies doivent désormais informer clairement, dès la réservation, des conditions liées aux bagages cabine : dimensions acceptées, poids maximal, éventuels suppléments et options. L’objectif est que le passager sache avant l’achat ce qui est inclus ou non, et puisse comparer les offres sur une base équitable, sans mauvaise surprise à l’aéroport. Sur le papier, du moins.

Le bras de fer européen : où en est-on vraiment ?

Après l’une des procédures législatives les plus laborieuses de l’histoire de l’UE, une décision a enfin été prise. La proposition initiale de réforme de la Commission européenne remonte à 2013, mais la procédure est restée bloquée au Conseil pendant plus de onze ans. Les choses ont évolué lorsque les ministres européens des Transports sont parvenus à un accord politique en juin 2025. Treize ans pour un sac de cabine.

Après une procédure de conciliation avec une échéance fixée au 15 juin 2026, le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen sont finalement parvenus à un compromis le 14 juin. Celui-ci réévalue les droits des passagers aériens dans l’UE, précise les dispositions existantes et sécurise certains droits pour les voyageurs, les compagnies aériennes et les autorités chargées de l’application des règles. Concrètement, le bagage à main devra à l’avenir être inclus par défaut dans le prix d’appel du vol, ce qui permettra aux passagers de mieux comparer les offres. L’achat de billets moins chers sans bagage à main restera toutefois possible.

Le Centre européen des consommateurs documente depuis des années que près de 40 % des litiges entre passagers et compagnies low-cost portent précisément sur des frais de bagages imprévus. Ce chiffre dit tout sur l’ampleur du problème, et sur ce que le nouveau cadre réglementaire tente d’endiguer. À noter tout de même un recul : le délai pour faire valoir une demande d’indemnisation est drastiquement raccourci, les passagers n’ayant plus que neuf mois pour réclamer une compensation, contre cinq ans jusqu’à présent selon le droit français. Une avancée sur les bagages, un recul sur les recours : l’accord européen n’est pas sans contreparties pour les voyageurs.