Un voyageur italien rencontré dans un village saxon de Transylvanie par un journaliste du Financial Times aurait été à l’origine d’une comparaison devenue célèbre : la région roumaine serait « la nouvelle Toscane ». L’anecdote prête à sourire, mais elle dit quelque chose de vrai. Les paysages « bucoliques » de la Transylvanie, avec leurs prés de fleurs sauvages, leurs villages aux maisons couvertes de tuiles couleur ocre et leurs nombreuses églises fortifiées, ont grandement contribué à développer la réputation de la région roumaine. Résultat : la Transylvanie figure en septième position dans le « Top 24 » des destinations de vacances recommandées pour 2024 par l’agence Bloomberg. Deux ans plus tard, l’engouement n’a fait que croître.
À retenir
- Un voyageur italien aurait comparé la Transylvanie à la Toscane, une anecdote qui dit quelque chose de vrai sur le charme de cette région
- La Transylvanie préserve les derniers paysages véritablement médiévaux d’Europe, contrairement aux destinations touristiques surexploitées
- Cette fenêtre d’authenticité et d’accessibilité financière pourrait bientôt se refermer avec l’arrivée croissante des touristes
Un paysage médiéval intact, dernier du genre en Europe
Mystérieuse et envoûtante, la Transylvanie est une région multifacette nichée au cœur des Carpates. Entre villes médiévales parfaitement préservées comme Sighișoara, Sibiu et Brașov, villages pittoresques aux églises fortifiées et paysages spectaculaires de montagnes et de collines, elle offre un voyage hors du temps.
Ce qui distingue réellement la Transylvanie de ses rivales du tourisme rural européen, c’est la densité et l’authenticité de ce patrimoine villageois. Les collines de la Transylvanie sont considérées comme étant parmi les derniers paysages médiévaux d’Europe. Grâce au fait qu’elles ont été épargnées par l’agriculture intensive, des centaines d’hectares de collines sont recouverts de prairies fleuries, de forêts séculaires et de prairies alpines. La Toscane, elle, a depuis longtemps capitulé face aux agriturismo hors de prix et aux autocars bondés de touristes.
Un trésor particulier réside dans les villages aux églises fortifiées, construits par les colons saxons à partir du XIIe siècle pour se protéger des invasions. Sept de ces sites, dont Biertan et Viscri, sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ces ensembles architecturaux, où l’église est au cœur d’un système de défense, offrent un aperçu fascinant de la vie communautaire médiévale. Viscri, justement, mérite qu’on s’y attarde : ce n’est pas par hasard si le prince Charles en est tombé amoureux et a acheté plusieurs propriétés dans des villages comme Viscri ou Alma Vii.
Villages saxons, cuisine de grand-mère et ours bruns en liberté
Les villages médiévaux de cette « nouvelle Toscane » sont un symbole de résilience. Construits autour d’impressionnantes églises fortifiées, ils ont été assiégés, brûlés ou encore abandonnés après l’exode des Saxons sans jamais perdre leur atmosphère rustique caractéristique. Les touristes s’émerveillent devant les innombrables maisons peintes dans des tons pastel. Les larges portails en bois, les murs épais et les vieux toits en tuiles brûlées sont une invitation à découvrir un mode de vie qui n’existe nulle part ailleurs.
Dans certains de ces hameaux des monts Apuseni, à l’ouest, la rupture avec le monde contemporain est totale. Dans nombre de ces villages, il n’y a pas de signal téléphonique, pas d’internet et même pas d’électricité. Ce n’est pas un argument de vente nostalgique : c’est la réalité quotidienne des Moti, véritables montagnards qui vivent dans les villages de cette région.
La table, elle aussi, surprend. La cuisine transylvanienne est généreuse et savoureuse, fruit d’influences multiples. Il faut goûter aux sarmale (feuilles de chou farcies), à la tocăniță (un ragoût de viande et de pommes de terre) ou encore aux papanași (beignets au fromage frais servis avec de la crème et de la confiture). Avec des influences roumaines, hongroises et saxonnes, la cuisine traditionnelle transylvaine saura vous surprendre. Chaque année, de nombreux brunchs champêtres sont organisés dans plusieurs régions pittoresques, que ce soit dans les arrière-cours d’églises fortifiées ou directement dans les maisons des villageois.
La faune, enfin, est un argument à part entière. La Transylvanie est réputée pour ses paysages montagneux pittoresques, qui abritent la plus grande population d’ours bruns d’Europe. Pour qui veut les voir de près sans prendre de risques, le Libearty Bear Sanctuary est un refuge situé dans la ville de Zărnești, un centre de plus de 69 hectares accueillant des ours bruns sauvés de la maltraitance.
Sighișoara, Sibiu, Brașov : trois villes qui changent la perspective
Au-delà des villages, trois cités structurent tout itinéraire sérieux en Transylvanie. Indissociable du prince Vlad III l’Empaleur, la cité de Sighișoara a vu naître le célèbre voïvode. Sa citadelle médiévale, parmi les mieux préservées d’Europe et inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO, se présente comme un dédale envoûtant de ruelles pavées, de façades colorées et de tours de guet.
Sibiu joue dans une autre catégorie encore. Sibiu charme tous ceux qui la visitent. Son centre historique, l’un des plus grands ensembles médiévaux de Roumanie, a été méticuleusement restauré. Ses rues pavées aux façades colorées et ses places bordées de splendides demeures lui confèrent un charme unique. La ville a été capitale européenne de la culture en 2007, et l’on sent encore cette ambition culturelle dans la qualité de ses musées et de ses festivals. Brașov, porte d’entrée historique de la région, complète le triptyque : entourée par les Carpates, elle séduit par sa place du Conseil (Piața Sfatului) et son imposante église Noire, un édifice gothique qui doit son nom à un grand incendie en 1689.
Pourquoi maintenant, et pourquoi pas plus tard
La Transylvanie bénéficie encore d’un avantage décisif sur ses rivales méditerranéennes : l’absence de surfréquentation. Comparée à de nombreuses destinations d’Europe occidentale, la Roumanie reste un pays relativement accessible financièrement, et des compagnies low-cost desservent Sibiu et Brașov depuis plusieurs villes européennes. Un détail logistique qui compte, surtout pour les voyageurs français qui partent souvent du budget autant que du désir.
Mais cette fenêtre d’accessibilité est peut-être en train de se refermer. Tout comme la Toscane a été découverte comme destination de vacances par l’aristocratie britannique au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la Transylvanie suscite désormais l’intérêt croissant des Britanniques. Les Français suivent. Le printemps et l’automne attirent particulièrement pour leurs températures modérées et la variété des paysages : au printemps, la région est fleurie, tandis que l’automne offre des couleurs chaleureuses sur les versants des Carpates. C’est précisément à ces saisons que la lumière sur les clochers fortifiés ressemble le plus à une peinture flamande. Et les cars de touristes, eux, ne sont pas encore là.
Sources : lepetitjournal.com | lepetitjournal.com