« On y est allé pour les eaux turquoise, on ne s’attendait pas à ça » : c’est le genre de phrase qui revient de plus en plus dans la bouche des vacanciers qui débarquent à Dhërmi, sur la Riviera albanaise. Le village, avec ses maisons de pierre perchées sur la colline et ses cyprès qui plongent vers une mer bleu-vert éclatante, a des allures de Cyclades grecques. Mais en plein mois d’août, la comparaison prend un autre sens : la plage se remplit à une vitesse qui surprend même les habitués de la Méditerranée bondée.
À retenir
- Un village côtier albanais bascule de destination confidentielle à hotspot touristique saturé en quelques semaines
- L’arrivée d’un nouvel aéroport régional a réduit le temps d’accès et provoqué une explosion de fréquentation attendue
- Entre plages privatisées et foules estivales, comment découvrir la Riviera albanaise sans renoncer au calme ?
Un décor qui rappelle les îles grecques, à prix albanais
Dhërmi n’a rien d’un secret bien gardé, même si beaucoup de Français découvrent encore son existence. Le village associe volontiers deux univers qu’on pensait incompatibles : Dhërmi combine l’élégance des Cyclades avec l’authenticité brute des Balkans. La plage principale s’étire sur une longue bande de galets blancs, encadrée par des falaises calcaires, avec une eau qui vire du turquoise au bleu profond selon la lumière du jour.
Le village haut, celui qu’on appelle Dhermi Fshat, ajoute encore à l’illusion grecque : Dhermi est souvent citée comme la plus belle plage de la Riviera albanaise, une longue plage de galets blancs encadrée de falaises calcaires et de cyprès, avec des eaux d’un bleu-vert spectaculaire, et le village perché sur la colline est un beau village de maisons en pierre. On y trouve même de vieilles églises orthodoxes qui ponctuent la montée vers le sommet, offrant des haltes ombragées entre deux baignades.
Ce qui frappe surtout les visiteurs venus de France, c’est le rapport qualité-prix. Là où une journée de plage sur une île grecque voisine peut vite grimper, la Riviera albanaise reste nettement plus accessible. Le littoral se divise d’ailleurs en deux ambiances bien distinctes: au nord de Vlora, des plages de sable façon Adriatique; au sud, à partir de Vlora, le relief devient plus escarpé, les plages se nichent entre des falaises abruptes, dans des criques aux eaux turquoise, et on entre ici dans ce que les locaux appellent la Riviera albanaise.
Août, la saison où tout bascule
Le problème, c’est que ce charme discret n’a plus grand-chose de confidentiel dès que juillet pointe le bout du nez. Les témoignages de voyageurs convergent : en juillet-août, la plage se remplit vite et les parties privées laissent parfois peu d’espace libre, mieux vaut y aller tôt le matin ou tard l’après-midi pour trouver une place de choix. La circulation elle-même devient un défi, puisque la route côtière principale relie Dhërmi, Gjipe, Vlore et Ksamil, mais le trafic peut vite devenir chargé entre juillet et août, mieux vaut prévoir large.
Ce phénomène ne se limite pas à Dhërmi. Toute la Riviera albanaise connaît une poussée de fréquentation en été : la Riviera devient très fréquentée en juillet-août, surtout à Sarandë, Ksamil et Himarë. À Ksamil, la station voisine devenue icône des réseaux sociaux, l’affluence a même donné naissance à des discussions ouvertes sur le surtourisme. Un chiffre donne le vertige : le village compte environ 3000 habitants permanents… et des dizaines de milliers de touristes en été.
Cette explosion n’est pas qu’une impression de vacanciers agacés par la foule. Elle repose sur des tendances mesurées à l’échelle nationale. L’Albanie a enregistré une hausse de +20 % du nombre de touristes étrangers en 2024, avec une croissance attendue en 2025. Un facteur logistique a accéléré ce mouvement sur la Riviera sud : l’ouverture récente d’un nouvel aéroport régional. Ksamil se situait jusqu’à récemment à 5 heures de route de Tirana ; en 2025, l’ouverture de l’aéroport de Vlorë a réduit le temps de trajet à 2h30 environ. Résultat : des liaisons low-cost annoncées et un accès facilité pour toute la côte, Dhërmi comprise, qui bénéficie mécaniquement de cette nouvelle porte d’entrée.
Le revers du décor de carte postale
Ce succès a un coût, que les habitués de la région observent avec un mélange d’agacement et de résignation. La privatisation progressive du littoral en est le symptôme le plus visible : à Ksamil comme à Dhërmi, beaucoup de plages sont occupées par des bars qui louent transats et parasols, réduisant d’autant l’espace public gratuit. La construction, elle aussi, s’est emballée sans toujours suivre un plan d’ensemble cohérent, un constat que partagent plusieurs guides de voyage récents sur la zone.
Pour autant, la Riviera albanaise n’a pas encore basculé dans le tourisme de masse à l’échelle d’une Côte d’Azur ou d’une île grecque saturée. Le développement reste inégal selon les criques, et il suffit parfois de marcher quelques centaines de mètres pour retrouver du calme. Certaines plages voisines de Dhërmi, comme Drymades un peu plus au nord ou la crique sauvage de Gjipe accessible seulement à pied ou en bateau, échappent encore largement à la cohue. La crique de Gjipe, à environ 5 km de Dhermi, accessible en bateau ou après une marche de 25-30 minutes depuis le parking, est encadrée par de hautes falaises, avec une eau cristalline et une atmosphère presque sauvage.
Comment profiter de Dhërmi sans faire la queue pour sa serviette
Le bon sens collectif des voyageurs converge vers une même conclusion, répétée sur presque tous les forums et blogs consacrés à la région : décaler son séjour hors de la fenêtre juillet-août. Les mois de juin et septembre offrent un excellent compromis entre météo favorable et affluence modérée, avec une eau qui reste chaude sans les foules. C’est aussi la période où les prix des hébergements redescendent sensiblement par rapport au pic estival.
Reste que pour beaucoup de familles contraintes par le calendrier scolaire français, août demeure la seule option possible. Dans ce cas, la stratégie des locaux fonctionne aussi pour les visiteurs de passage : se lever tôt, avant que les premiers cars de la journée n’arrivent, ou attendre la fin d’après-midi quand la chaleur retombe. Un dernier détail mérite d’être gardé en tête avant de partir : beaucoup de petits commerces et de restaurants de bord de plage sur la Riviera n’acceptent encore que les espèces, en lek albanais, un rappel que malgré l’afflux touristique, cette côte n’a pas totalement basculé dans les standards balnéaires occidentaux.
Sources : bleisure.fr | developmentvoyage.org