On a tous ce réflexe au moment de l’embarquement : glisser la batterie externe dans le sac, hop, dans le coffre au-dessus du siège, avec le reste du bagage cabine. Mais chez Lufthansa, Singapore Airlines, Emirates, British Airways et United Airlines, ce geste est désormais proscrit. La batterie doit rester sur soi, dans la pochette du siège ou sous l’appui-tête devant vous, visible et accessible à tout moment du vol. Cinq compagnies parmi les plus fréquentées par les voyageurs français ont durci leurs règles en quelques mois, et la tendance ne semble pas près de s’inverser.
À retenir
- Un incendie au sol en janvier 2025 a déclenché une révolution silencieuse dans les politiques de sécurité aérienne
- Les incidents liés aux batteries externes ont explosé de 42% en un an, forçant la main aux compagnies
- Votre batterie externe doit désormais rester sous vos yeux : mais les règles varient d’une compagnie à l’autre
Un incendie qui a tout changé
Le déclic remonte à janvier 2025. L’incident du vol Air Busan 391 du 28 janvier 2025 a été attribué par les enquêteurs à une batterie externe rangée dans un coffre à bagages fermé. L’appareil a pris feu au sol, en Corée du Sud, et l’image a fait le tour du monde de l’aéronautique. Depuis, les compagnies ont compris qu’une batterie qui chauffe dans un coffre fermé, c’est un danger qu’on détecte trop tard.
Un second épisode a fini de convaincre les plus réticents. Le changement de politique chez United a suivi l’incident du vol Air China CA139 d’octobre 2025, où une batterie externe s’est enflammée dans un coffre à bagages. Entre-temps, les chiffres ont donné du poids à ces décisions individuelles. En 2025, on a recensé 97 incidents liés aux batteries au lithium sur des avions, dont 82 impliquant des avions de passagers, selon les données de la FAA. Une organisation spécialisée dans les normes de sécurité va plus loin : les incidents liés aux batteries externes ont bondi de 42% entre 2024 et 2025, et elles sont responsables de la plus grande part des incidents d’emballement thermique sur les vols passagers, à 30% du total. De quoi comprendre pourquoi les compagnies aériennes ne prennent plus ce sujet à la légère.
Cinq compagnies, cinq calendriers, une même logique
Le mouvement a démarré en Asie avant de gagner l’Europe puis les États-Unis. Singapore Airlines a adopté la limite de deux batteries externes à partir du 15 avril 2026, suite à une directive de l’autorité de l’aviation civile de Singapour, avec l’utilisation et la recharge en vol interdites sur tous les vols Singapore Airlines et Scoot. C’était pourtant déjà une compagnie pionnière sur le sujet, puisqu’elle avait proscrit tout usage en vol dès avril 2025.
Chez Emirates, la mesure est encore plus stricte sur la quantité autorisée. La compagnie autorise les passagers à emporter une seule batterie externe, qui doit faire moins de 100 Wh, avec le marquage de capacité clairement visible ; il n’est pas permis de l’utiliser pour recharger son téléphone ni de la recharger elle-même en vol, et elle doit rester sous le siège ou dans la pochette de siège, jamais dans le coffre à bagages. Une politique entrée en vigueur début octobre 2025 et qui a valeur de symbole dans le Golfe.
Côté groupe Lufthansa, qui englobe aussi Swiss, Austrian Airlines et Brussels Airlines, le durcissement est allé loin dans les détails. Le groupe a mis en place sa limite de deux batteries externes et l’interdiction de recharge en vol dès janvier 2026, avant même la date d’entrée en vigueur fixée par l’ICAO, avec des règles identiques appliquées en cascade chez les compagnies filiales. Concrètement, un passager Lufthansa doit garder sa batterie sous le siège devant lui, jamais dans le compartiment à bagages.
British Airways a rejoint le mouvement au printemps 2026, dans des conditions qui ont surpris certains habitués. L’annonce du changement de règle a été faite un jeudi et la mesure est entrée en vigueur sans préavis. En plus d’interdire les batteries externes dans les coffres à bagages, les passagers ne peuvent plus utiliser l’alimentation électrique du siège pour recharger leur batterie externe.
Enfin, United Airlines a marqué un tournant côté américain. United est la première grande compagnie américaine à mettre en place une interdiction de stockage en coffre à bagages. Depuis le 1er mars 2026, les batteries externes ne peuvent plus être stockées dans les coffres à bagages chez United, elles doivent rester sur la personne du passager, dans une pochette de siège, ou dans un bagage personnel placé sous le siège.
Ce que ça change concrètement pour vous
Dans l’absolu, rien n’interdit d’emporter sa batterie externe en cabine. Ce qui change, c’est l’endroit où elle doit rester pendant le vol. La logique de sécurité est simple à comprendre : un début d’incendie sous vos yeux, ou sous le siège devant vous, peut être repéré et maîtrisé en quelques secondes par l’équipage. Le même départ de feu dans un coffre fermé, au-dessus de la tête de plusieurs rangées de passagers, risque de passer inaperçu jusqu’à ce que la fumée envahisse la cabine.
La règle des 100 wattheures reste la norme la plus répandue, avec une tolérance jusqu’à 160 Wh sous certaines conditions selon les transporteurs, et un maximum généralement fixé à deux unités par passager. Un point mérite d’être répété tant il reste mal connu : la batterie externe a toujours été interdite en soute, bien avant cette vague de restrictions sur les coffres cabine, précisément parce qu’un feu là-bas est totalement invisible pour l’équipage.
Reste une zone grise que peu d’articles évoquent : brancher un câble entre son ordinateur portable et sa batterie externe, posé sur la tablette, n’est techniquement pas de la « recharge de la batterie » au sens strict des nouvelles règles, mais aucune des cinq compagnies citées n’a encore clarifié précisément comment ce cas de figure sera traité par le personnel navigant. Avant de partir, mieux vaut donc consulter la page bagages du transporteur choisi plutôt que de se fier à une règle générale, car les seuils de capacité, le nombre d’unités autorisées et la tolérance sur la recharge varient sensiblement d’une compagnie à l’autre, même au sein d’un même groupe aérien.
Sources : journaldeleconomie.fr | inspirefrance.fr