« On allait au Verdon chaque été » : depuis qu’on a découvert ces gorges aux eaux limpides, on ne revient plus

Les gorges du Gardon, dans le Gard, offrent une eau limpide protégée de la pollution intensive et des plages de galets bien moins fréquentées que celles du Verdon. C’est cette promesse d’une baignade sauvage, à quelques encablures du Pont du Gard, qui pousse de plus en plus de vacanciers à troquer leur destination estivale habituelle contre ce canyon méconnu du grand public.

À retenir

  • Le Verdon craque sous le poids de millions de visiteurs chaque été : parkings saturés, activités à réserver des semaines à l’avance, plages bondées
  • Les gorges du Gardon offrent l’expérience inverse : eau limpide, plages désertes, et le même spectaculaire canoë sous le Pont du Gard sans la cohue
  • D’autres canyons cachés révèlent leurs secrets : Tarn, Nive, Hérault, Dourbie — chacun avec ses paysages turquoise et sa tranquillité estivale

Le Verdon, victime de son propre succès

Chaque été, la même scène se répète sur la route des Crêtes ou au bord du lac de Sainte-Croix : des files de voitures, des parkings saturés dès 10 heures du matin, des plages de galets où il faut jouer des coudes pour poser sa serviette. Le site attire chaque année des millions de visiteurs venus du monde entier pour admirer cette merveille géologique classée Grand Site de France. Un chiffre qui donne le vertige, à l’échelle d’un territoire rural qui compte à peine quelques milliers d’habitants à l’année.

Le canyon reste, il faut le dire, un spectacle à part. Considérées comme le « Grand Canyon » français, les gorges du Verdon constituent le plus grand canyon d’Europe avec près de 25 kilomètres de longueur et des falaises atteignant 700 mètres de hauteur, la rivière Verdon, d’un vert émeraude intense, serpente au fond du canyon avant de se jeter dans le lac de Sainte-Croix. Mais la magie s’évapore vite quand on doit réserver son canoë des semaines à l’avance ou renoncer à se garer près des points de vue les plus courus. En juillet et août, mieux vaut se lever à l’aube : si l’on aime l’intensité de la chaleur estivale et la vie touristique, il faut penser à réserver ses activités bien avant son départ, car le Verdon et ses activités sont bondés en juillet et août, donc pour trouver un moment d’accalmie, il faut prévoir d’être matinal.

Les gorges du Gardon, la révélation qui change tout

C’est là que les gorges du Gardon entrent en scène. Située à moins d’une heure de Nîmes et d’Avignon, cette rivière a creusé un canyon calcaire bien plus discret que son cousin provençal, mais tout aussi photogénique. Protégée de la pollution intensive, la rivière offre une eau limpide et rafraîchissante, idéale pour se baigner durant les chaudes journées d’été, avec de nombreuses plages de galets bordant le cours d’eau. Des sites comme le pont Saint-Nicolas ou les environs du village de Collias sont des points de départ parfaits pour trouver son coin de paradis. Fini les batailles pour une place au soleil : contrairement aux plages bondées du littoral, on peut ici facilement dénicher un endroit isolé pour profiter du soleil et de la rivière en toute sérénité.

Le vrai plaisir, c’est de prendre de la hauteur. Pour apprécier pleinement la majesté du site, il faut prendre un peu de hauteur : plusieurs sentiers de randonnée balisés parcourent les crêtes des gorges et offrent des panoramas inoubliables, depuis les belvédères aménagés, le regard plonge sur le ruban turquoise du Gardon serpentant au pied des falaises blanches. Et pour ceux qui préfèrent l’eau à la marche, le canoë reste la meilleure entrée en matière. Plusieurs parcours sont proposés, le plus célèbre étant celui qui relie le village de Collias au majestueux Pont du Gard, aqueduc romain classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, pagayer à son rythme sur les eaux calmes, s’arrêter sur une plage déserte pour un pique-nique, et finir en apothéose sous les arches monumentales du pont. Franchir ce pont romain vieux de deux mille ans en pagayant, plutôt qu’en file indienne sur le parking payant, ça n’a clairement pas le même goût.

D’autres canyons pour ceux qui veulent voir plus large

Le Gardon n’est pas l’unique option pour qui cherche à fuir la foule sans renoncer aux eaux turquoise. Plus au nord, les gorges du Tarn jouent une carte différente, celle des villages perchés et des falaises vertigineuses. Nichées entre les Causses Méjean et Sauveterre, les Gorges du Tarn s’étendent sur près de 50 kilomètres de Quézac à Millau et, contrairement à leur célèbre cousine provençale, conservent une tranquillité appréciable, même en haute saison. On y trouve aussi des villages classés parmi les plus beaux de France, où l’on peut prolonger la baignade par une flânerie dans des ruelles médiévales.

Direction le Pays basque, cette fois, pour une expérience encore plus surprenante par sa fraîcheur. À Bidarray, au cœur du Pays basque, la Nive façonne des gorges aux eaux turquoise d’une clarté presque irréelle pour une rivière de montagne, avec des températures comprises entre 16 et 20 °C en plein été. Un choc thermique bienvenu après une randonnée sous le soleil, et un décor qui n’a rien à envier aux calanques méditerranéennes tout en restant à moins d’une heure du littoral basque. Plus à l’est, les gorges de l’Hérault proposent une autre variation sur le même thème, avec en prime un patrimoine architectural remarquable : entre Saint-Guilhem-le-Désert, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, et Ganges, l’Hérault a taillé des gorges où l’eau turquoise contraste avec la roche blonde, et au pied du Pont du Diable, une aire surveillée accueille les baigneurs.

Une eau qui reste fraîche, même sous la canicule

Un détail surprend souvent les nouveaux venus sur ces rivières calcaires : leur température reste basse même quand le thermomètre grimpe. Du côté des gorges de la Dourbie, affluent du Tarn, cet affluent du Tarn serpente entre Nant et Millau, au creux de gorges calcaires qui gardent l’eau étonnamment fraîche, même sous 35 degrés. Un phénomène lié aux résurgences souterraines qui alimentent ces cours d’eau, et qui explique pourquoi certains spots du Gardon restent interdits à la baignade toute l’année en raison des courants et de la fraîcheur soudaine de l’eau à certains endroits. De quoi rappeler qu’avant de plonger tête baissée dans ces criques de rêve, un coup d’œil aux panneaux de signalisation locaux reste la meilleure des précautions.