Cusco culmine à 3 400 mètres d’altitude et impose à la quasi-totalité de ses visiteurs un rituel bien connu : deux à trois jours de repos forcé, la tête qui tourne, le souffle court dès qu’on grimpe une ruelle pavée. À 900 kilomètres au nord, une autre ville coloniale andine offre l’expérience inverse. À Cuenca, en Équateur, les voyageurs posent leur sac et partent explorer la cathédrale ou les berges du fleuve dès la première heure, sans palpitations ni migraine.
La différence tient à un chiffre simple. Cuenca est située dans la Sierra, à 2 500 m d’altitude, à 307 km au sud de Quito. Cette différence de 900 mètres avec Cusco n’a rien d’anecdotique : c’est précisément la zone où le corps humain bascule, ou non, dans les symptômes du mal aigu des montagnes. Les guides spécialisés sur l’altitude au Pérou le confirment, les effets du manque d’oxygène commencent souvent aux alentours de 2 500 mètres. Cuenca se situe donc juste sous ce seuil critique, quand Cusco le dépasse largement.
À retenir
- Une différence d’altitude de 900 mètres change tout : pourquoi certains visiteurs abandonnent le protocole d’acclimatation
- Deux villes coloniales équivalentes, deux expériences radicalement opposées — l’une épuise, l’autre enchante dès l’arrivée
- Un basculement touristique discret mais réel entre deux destinations andines qui change la donne pour les voyageurs expérimentés
Pourquoi Cusco épuise, même les voyageurs aguerris
Le problème de Cusco n’est pas qu’anecdotique. Située à environ 3 399 mètres au-dessus du niveau de la mer, Cusco est l’une des villes les plus élevées au monde, ce qui peut provoquer le mal des montagnes, un phénomène fréquent chez les voyageurs venant de régions à basse altitude comme Lima ou les villes côtières. Résultat, les agences locales elles-mêmes recommandent de sanctuariser les premières 48 heures. Un guide de voyage spécialisé conseille très précisément de réserver le premier jour à la Plaza de Armas, un parcours flat, beau, court, permettant de sentir Cusco sans s’épuiser, avec ses fondations incas et ses bâtiments coloniaux espagnols superposés, en écartant absolument toute montée. Sacsayhuamán, le quartier perché de San Blas ou la moindre pente raide doivent attendre le troisième jour, minimum.
Ce protocole n’a rien de superflu. Un témoignage récent recueilli sur place résume bien la loterie que représente l’altitude : deux voyageuses arrivées par le même vol ont vécu des sorts opposés, l’une se sentant bien dès le lendemain quand sa compagne a passé toute sa deuxième journée au lit. Pour limiter la casse, les pharmacies de la ville vendent en vente libre les Sorojchi Pills, un remède local à base d’aspirine et de caféine, largement utilisé par les habitants comme par les touristes contre le mal de tête lié à l’altitude, tandis que certains médecins prescrivent de l’acétazolamide avant le départ. Autant de béquilles chimiques qui n’existent tout simplement pas à Cuenca, où personne n’en a besoin.
Cuenca, la ville coloniale qui coche toutes les cases sans la souffrance
Le patrimoine architectural, lui, n’a rien à envier à celui de Cusco. Le centre historique de Cuenca, remarquablement conservé, est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1999, avec son architecture coloniale aux toits de tuiles rouges, ses rues pavées et ses balcons fleuris témoignant du passage successif des civilisations cañari, inca puis espagnole. Même strate historique, même superposition de pierres précolombiennes et de façades baroques espagnoles, mais un relief qui pardonne.
La géographie de la ville ajoute un charme supplémentaire que Cusco, enclavée dans ses montagnes arides, ne possède pas. Cuenca porte le nom complet de Santa Ana de los Cuatro Ríos de Cuenca, une allusion directe aux quatre fleuves qui traversent la ville, le Tomebamba séparant le centre historique de la ville moderne et offrant l’un des plus beaux points de vue urbains d’Équateur depuis le mirador El Barranco. Le climat, lui, tient de la carte postale permanente : on parle souvent d’un « printemps éternel » en raison de la douceur du climat, avec des températures oscillant entre 14 et 18°C toute l’année. Rien à voir avec les nuits glaciales de Cusco, où le thermomètre plonge facilement sous zéro en saison sèche.
Aux portes de la ville, le parc national de Cajas offre une évasion nature d’un tout autre genre, à réserver toutefois pour les voyageurs déjà acclimatés : cette réserve de biosphère de l’UNESCO, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Cuenca, déploie des paysages de haute montagne parsemés de plus de 200 lacs et lagunes d’origine glaciaire, un terrain de randonnée idéal pour observer alpagas et oiseaux andins. Contrairement à la Rainbow Mountain péruvienne, culminant à plus de 5 000 mètres et réservée aux voyageurs déjà bien acclimatés à Cusco, Cajas reste accessible sans palier d’adaptation préalable.
Un basculement encore discret, mais réel
Cuenca n’a pas la notoriété planétaire du Machu Picchu, et c’est justement ce qui séduit une partie des voyageurs qui ont déjà coché la case Pérou lors d’un précédent séjour. L’Équateur dans son ensemble a d’ailleurs vu sa fréquentation touristique repartir nettement à la hausse : le pays a enregistré un total de 1 372 751 tourists en 2025, une croissance de 8,72% par rapport à 2024, une dynamique confirmée par d’autres organismes qui évoquent jusqu’à 1,68 million de touristes internationaux en 2025 pour l’ensemble du pays. Le Pérou fait d’ailleurs partie des marchés émetteurs stratégiques pour l’Équateur, aux côtés de la Colombie, signe que la circulation entre les deux pays andins s’intensifie dans les deux sens.
Pour les Français qui planifient un circuit sud-américain, l’arbitrage mérite d’être posé en amont plutôt que subi sur place. Rallier Cuenca depuis l’Europe suppose généralement une escale à Quito ou Guayaquil, avec un vol intérieur ou un trajet en bus jusqu’à la ville andine, elle-même desservie par son propre aéroport, celui de Mariscal La Mar. Un détail à ne pas négliger cependant : Cuenca, avec sa population d’environ 600 000 habitants, reste une ville à taille humaine comparée à Cusco et son afflux touristique concentré sur quelques rues du centre historique. Ceux qui cherchent l’atmosphère coloniale sans la cohue ni le mal de crâne y trouveront un compromis rare sur le continent andin.
Sources : voyageequateur.com | voyages-equateur.com