J’ai pris le TGV des dizaines de fois sans étiquette sur ma valise : le contrôleur m’a montré le montant que je risquais

Voyager sans étiquette sur sa valise dans un TGV est une infraction. Pas une de ces règles floues dont personne n’entend parler, mais une obligation inscrite dans le Code des transports, passible d’une amende qui, depuis avril 2025, peut grimper jusqu’à 750 euros. Des millions de passagers l’ignorent encore.

À retenir

  • Une simple étiquette oubliée peut désormais vous coûter jusqu’à 750 euros en amende
  • Les bagages non étiquetés sont la première cause de retards ferroviaires en France
  • Des solutions gratuites existent : QR code anonyme ou e-Tiquette à imprimer chez soi

Une règle ancienne, une sanction toute nouvelle

L’étiquetage des bagages est une obligation légale dès que vous voyagez en TGV ou sur d’autres services ferroviaires nationaux de la SNCF. Cette exigence, issue du Code des transports, a pour objectif de protéger vos affaires en permettant aux agents de vous contacter rapidement en cas de perte ou d’oubli. Rien de nouveau, donc, sur le principe. Ce qui a changé, en revanche, c’est le coût de l’oubli.

La loi du 28 avril 2025, visant à renforcer la sécurité dans les moyens de transport, publiée le lendemain au Journal officiel, modifie le montant de l’amende en cas d’abandon de bagages. Désormais, les voyageurs utilisant la SNCF, la RATP ou d’autres services de transport en commun risquent trois types de sanctions différentes. Le barème est désormais le suivant :

  • L’abandon de bagages par imprudence, inattention ou négligence constitue une contravention de troisième classe, soit jusqu’à 450 euros.
  • Si vous oubliez un bagage à bord et qu’il n’est pas étiqueté (nom, prénom, voire numéro de téléphone), vous pouvez recevoir une amende de quatrième classe, soit une addition pouvant grimper à 750 euros.
  • Lorsque le caractère volontaire de l’abandon est manifeste, c’est une contravention de cinquième classe, soit une facture maximum de 1 500 euros.

La petite étiquette qu’on oublie systématiquement d’accrocher parce que « ça n’a jamais servi » peut donc coûter l’équivalent de plusieurs allers-retours Paris-Marseille.

Pourquoi l’État a décidé de durcir le ton

Ce tour de vis législatif ne sort pas de nulle part. Derrière lui, un problème opérationnel qui coûte des millions d’euros et pourrit quotidiennement la vie de millions de voyageurs. La SNCF a dénombré 11 460 bagages oubliés en 2023, soit un chiffre en augmentation de 50 % depuis 2019. Et du côté de la RATP, on serait passé de 624 colis abandonnés par an en 1999 à quelque 2 269 en 2023.

Chaque valise oubliée déclenche une procédure lourde. Lorsqu’un bagage est repéré dans une gare, les agents SNCF procèdent d’abord à des annonces sonores pour retrouver son propriétaire. Si ce dernier ne se manifeste pas, le plan Vigipirate est activé : la SNCF met en place un premier périmètre de sécurité, dans l’attente de l’équipe cynotechnique ou des forces de l’ordre. Ce périmètre peut être élargi à la demande des services de déminage. En moyenne, la durée de traitement d’un bagage oublié est de 19 minutes. Dix-neuf minutes pendant lesquelles aucun train n’entre ni ne sort de la gare concernée.

Le résultat ? Les bagages oubliés sont devenus la première cause de retard des trains en France. Les responsables SNCF comptent de 30 à 40 gros incidents par semaine, dont certains peuvent occasionner jusqu’à 15 000 minutes de retard. Un seul sac oublié sur un quai parisien un vendredi soir peut paralyser une gare entière et déclencher un effet domino sur toutes les correspondances.

Ce que l’étiquette doit contenir (et comment s’y conformer gratuitement)

L’étiquette doit comporter, a minima, les nom et prénom du titulaire. Il est généralement aussi demandé d’indiquer un numéro de téléphone. Cette règle s’applique à tous les trains, y compris les TGV InOui, OUIGO et TER.

Pour ceux qui répugnent à laisser traîner leurs coordonnées à la vue de tous sur une valise en rack, une alternative existe. Après une phase d’expérimentation menée conjointement par la SNCF et la RATP, un étiquetage anonyme via QR code est devenu un service pérenne. Dans les gares, il est possible de se procurer gratuitement cette étiquette QR Code, à compléter de ses données personnelles en ligne. Ces QR codes ne sont lisibles que par les agents SNCF ou RATP, qui obtiennent après scan les nom, prénom et numéro de téléphone du propriétaire.

Pour ceux qui préfèrent imprimer chez eux, la SNCF propose un service entièrement gratuit appelé e-Tiquette, accessible via son site Internet ou son application mobile. Ce service permet de télécharger et d’imprimer ses étiquettes bagages directement depuis chez soi, en renseignant ses coordonnées personnelles. Concrètement, une feuille A4, deux minutes, et l’affaire est réglée.

Les autres infractions bagages dont personne ne parle

L’étiquette n’est pas la seule règle à connaître avant de monter à bord. Depuis février 2024, la SNCF a profondément modifié sa politique bagages : il y a désormais un nombre maximum de bagages, des dimensions à respecter et une obligation d’étiquetage sur les TGV Inoui et Intercités.

Les voyageurs qui ne respectent pas les règles de dimensions s’acquittent d’une amende de 50 euros par bagage non-conforme ou excédentaire, ou de 150 euros si le bagage est gênant ou dangereux. La SNCF n’impose pas de limite de poids, mais la seule condition est que vous soyez en mesure de porter et ranger vos bagages seul. Un détail qui surprend souvent : peu importe que votre valise pèse 30 kilos, c’est l’encombrement qui est sanctionné, pas le poids.

Reste un angle mort dans toute cette réglementation : son application reste inégale selon les contrôleurs, les lignes et les horaires. Un TGV bondé un dimanche soir de vacances scolaires ne se gère pas comme un Intercités à moitié vide un mardi matin. Mais c’est précisément l’argument à ne pas retenir : depuis avril 2025, les agents ont les outils légaux pour verbaliser, et les montants ont été calibrés pour dissuader. Une étiquette griffonnée à la main avec un stylo bille reste, techniquement, suffisante pour être en règle.