J’adorais Annecy jusqu’à ce qu’on me fasse découvrir ce massif voisin bien plus tranquille

À moins de trente minutes du lac d’Annecy, le massif des Bauges offre exactement ce que la « Venise des Alpes » a perdu ces dernières années : des sentiers vides, des villages où l’on croise plus de vaches que de touristes, et des lacs où l’on peut encore se baigner sans jouer des coudes. Classé Géoparc mondial UNESCO, ce territoire de moyenne montagne coincé entre Annecy et Chambéry reste l’un des secrets les mieux gardés des Alpes du Nord, alors même que ses sommets dépassent parfois les 2 000 mètres.

À retenir

  • Pourquoi Annecy, autrefois charmante, est devenue un cauchemar touristique en dix ans ?
  • Quel est ce massif calcaire qui encercle le lac et reste largement inconnu des visiteurs ?
  • Les villages pittoresques des Bauges cachent-ils vraiment une activité agricole intacte ?

Annecy, victime de son succès

Le constat n’est plus vraiment une surprise pour qui a tenté de se garer près du Pâquier en plein mois d’août. La ville d’Annecy est fortement fréquentée par les touristes durant la période estivale, avec trois millions de visiteurs par an décomptés dans la ville. Un chiffre qui a explosé en peu de temps : à Annecy, le nombre de visiteurs a doublé en à peine dix ans, avec plus de 3 millions de nuitées touristiques annuelles selon l’INSEE.

Les conséquences se voient à l’œil nu. Dans la vieille ville, au cœur de l’été, Annecy est prise d’assaut par les visiteurs, et dans les ruelles bondées, les vacanciers se croisent au ralenti. Le sujet dépasse désormais la simple gêne saisonnière : chaque été, la vieille ville est littéralement prise d’assaut par des visiteurs motorisés pour la journée, ce qui crée des embouteillages, une pollution accrue et une saturation des places de stationnement. La métropole a d’ailleurs commencé à réagir sur le front du logement, puisque l’agglomération a décidé de limiter les résidences secondaires louées en centre-ville uniquement l’été, réduisant progressivement le nombre d’autorisations de location dans ce secteur.

Résultat : les habitants eux-mêmes cherchent des refuges. Certains migrent vers le lac du Bourget, les habitants d’Annecy continuant de migrer temporairement vers le Bourget dès que la haute saison débute, certains y ayant même acheté une résidence secondaire pour fuir leur ville devenue trop touristique. Mais un autre horizon, plus discret encore et surtout plus proche, reste largement sous les radars des vacanciers pressés : le massif des Bauges.

Le massif des Bauges, l’anti-Annecy à un col de distance

Géographiquement, ce massif calcaire encercle littéralement le lac d’Annecy par le sud. Situé entre Chambéry, Aix-les-Bains, Annecy et Albertville, le Massif des Bauges est l’un des coins les plus discrets et les plus attachants des Préalpes, s’étendant sur 898 km² et regroupant 67 communes, classé Parc naturel régional et labellisé Géoparc mondial UNESCO depuis 2011, avec son point haut, la pointe d’Arcalod, qui monte à 2 217 mètres et une quinzaine de sommets qui dépassent les 2 000 m. De quoi comprendre pourquoi les randonneurs aguerris y trouvent largement leur compte, loin des files d’attente du Roc du Chère ou de la Tournette.

L’ambiance, justement, tranche radicalement avec celle du lac. J’y vais surtout pour ses 300 km de sentiers et son ambiance paisible, loin des grandes stations, avec une cinquantaine d’espèces végétales protégées et un Géoparc UNESCO depuis 2011, un bon plan pour marcher sans la foule. Les Bauges cultivent d’ailleurs une identité de « montagne à taille humaine », loin du tourisme de masse : ici, pas de télécabines bondées ni de terrasses qui affichent complet dès 11 heures.

Le patrimoine humain vaut le détour autant que les paysages. Le cœur du massif abrite quatorze villages de caractère, Aillon-le-Jeune, Aillon-le-Vieux, Arith, Bellecombe-en-Bauges, Le Châtelard, La Compôte, Doucy-en-Bauges, École, Jarsy, Lescheraines, La Motte-en-Bauges, Le Noyer, Saint-François-de-Sales et Sainte-Reine, où l’architecture en pierre et toits de tavaillons a été préservée. On y croise encore une vraie activité agricole de montagne : c’est dans ces alpages où persiste l’élevage qu’on fabrique le vacherin et l’excellente Tome des Bauges classée AOP, une activité agricole encore bien implantée que l’on peut découvrir. Côté nature, la faune reste elle aussi bien présente puisque le Massif des Bauges est un beau refuge pour la faune et la flore : entre forêts et prairies, on peut observer chamois, bouquetins et marmottes dans leur milieu, tandis qu’au-dessus, l’aigle royal et le tétras-lyre rappellent qu’on est bien en montagne.

S’organiser pour vraiment en profiter

Contrairement à une idée répandue, ce massif « moyen » ne se randonne pas sans un minimum de préparation. On croit souvent qu’un massif « moyen » comme les Bauges se randonne sans préparation, mais c’est une erreur : les crêtes dépassent 2 000 m, la météo y change vite et le réseau mobile passe mal dans les vallons, donc mieux vaut partir avec une carte papier et de quoi se couvrir, même pour une sortie qui semble facile. Pour l’accès, la voiture reste le moyen le plus simple, mais des alternatives existent : la voiture est le moyen le plus pratique, les gares TGV les plus proches étant à Annecy, Chambéry et Aix-les-Bains, depuis lesquelles des lignes de bus régionales desservent plusieurs communes du parc.

Reste un bémol, et il vaut mieux le savoir avant de partir : certains sommets emblématiques ont déjà trouvé leur public. Le mont Trélod, par exemple, malgré sa forme originale de synclinal perché à 2 181 mètres, est très réputé par sa forme originale, un synclinal perché, aussi facile d’accès, mais victime de son succès, cette randonnée étant très fréquentée. La tranquillité des Bauges n’est donc pas uniforme : elle se niche plutôt dans les vallons secondaires et les villages du Cœur des Bauges, à l’écart des trois ou quatre itinéraires les plus photographiés sur les réseaux sociaux.