J’adorais les Cinque Terre jusqu’à ce qu’on me fasse découvrir cette côte de Calabre bien plus tranquille

Les Cinque Terre affichent aujourd’hui plus de 3 millions de visiteurs par an pour une population locale qui n’atteint même pas les 5 000 habitants. Ce ratio, à lui seul, explique pourquoi tant de voyageurs cherchent une alternative moins écrasée par la foule. La Calabre, tout au sud de la botte italienne, offre exactement cela : des villages accrochés aux falaises, une mer turquoise, et surtout, l’espace pour respirer.

À retenir

  • Pourquoi les autorités italiennes ont dû instaurer des réservations horaires aux Cinque Terre
  • Un village calabrais où les barques sont amarrées au pied des maisons et les chats dorment sur les marches
  • Le phénomène naturel rare qui a donné son nom à toute la Costa Viola au coucher du soleil

Cinque Terre, victime de son propre succès

Difficile de ne pas craquer devant Vernazza ou Manarola sur une photo. Le problème, c’est que des millions d’autres personnes ont eu exactement la même réaction. Le tourisme est devenu de plus en plus insoutenable aux Cinque Terre où, en 2023, 4 millions de touristes se concentraient sur une superficie d’à peine 1 kilomètre carré. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait que ces cinq villages de pêcheurs n’ont jamais été conçus pour absorber une telle affluence.

Les autorités locales ont fini par réagir. Le sentier côtier Via dell’Amore aux Cinque Terre nécessite désormais une réservation horaire, une mesure parmi d’autres qui témoigne de l’urgence de la situation. Plus largement, le mot « surtourisme » est officiellement entré dans le Petit Robert en 2025, défini comme une présence touristique excessive perçue comme nuisible. Les Cinque Terre en sont devenues l’un des symboles européens les plus cités, aux côtés de Venise ou Santorin.

J’ai adoré ce coin de Ligurie, ses trains qui relient les villages en quelques minutes, sa focaccia mangée sur un quai. Mais en plein mois d’août, entre les groupes qui se bousculent pour la photo parfaite et les sentiers saturés, l’expérience perd de son charme. C’est en discutant avec un guide italien croisé par hasard que j’ai entendu parler pour la première fois de la Costa Viola, en Calabre. Sa réaction m’a marquée : pourquoi s’entasser au nord quand le sud offre une beauté comparable, presque confidentielle.

La Costa Viola et Scilla, le miroir tranquille des Cinque Terre

Scilla ne ressemble à aucune autre étape du sud italien. Ce promontoire qui surplombe la mer de la Costa Viola tire son nom du monstre marin de la mythologie grecque. Le village a gardé cette allure suspendue dans le temps que les Cinque Terre ont en partie perdue sous la pression touristique.

Le cœur battant de l’endroit, c’est Chianalea. Ce quartier de pêcheurs marque le cœur et l’esprit, avec ses petites maisons construites à flanc de falaise et ses ruelles pavées qui se jettent directement dans la mer. On y croise des barques amarrées au pied des façades, des chats qui dorment sur les marches, et étonnamment peu de touristes armés de perches à selfie. Avec ses petites Fiat garées ici et là, on dirait que le temps s’est arrêté dans les années 60, dans une ambiance qui sent bon les vieux films italiens.

Au-dessus du village, le château Ruffo domine la baie. Les Grecs, les Romains puis les Normands sont passés par là, laissant le château Ruffo sur le rocher qui surplombe la ville. La vue depuis ses remparts porte jusqu’au détroit de Messine et, par temps clair, jusqu’à la Sicile. Le soir venu, le phénomène qui donne son nom à la côte se produit sous les yeux des rares curieux présents : c’est la couleur que prennent la mer et le ciel au coucher du soleil qui a donné son nom à la Costa Viola.

Tropea, Pizzo et Capo Vaticano complètent le tableau

Impossible de s’arrêter à Scilla sans pousser un peu plus au sud, vers ce que les Calabrais appellent la Costa degli Dei, la côte des Dieux. Pizzo Calabro fait office de porte d’entrée, ce pittoresque village de pêcheurs surplombant huit kilomètres de littoral où alternent promontoires rocheux et étendues sablonneuses. On y goûte le tartufo, une glace locale, sur la place principale en admirant la mer.

Puis vient Tropea, la plus connue de la région, perchée sur ses falaises de tuf. Cette ville côtière au charme indéniable offre une plage de sable blanc et des eaux turquoise, avec en toile de fond le sanctuaire de Santa Maria dell’Isola perché sur un rocher. Elle attire déjà davantage de monde que Scilla, mais rien de comparable à la saturation ligure. Un peu plus loin, Capo Vaticano referme la boucle : souvent considérées comme les plus belles plages de Calabre voire du monde, elles se déclinent en une demi-douzaine de plages différentes.

Comment organiser son séjour sans se tromper

La bonne nouvelle, c’est que cette portion de côte se parcourt facilement sans voiture. Un train Trenitalia relie Tropea à Scilla en environ 1h15 pour 5,40 euros, et dessert également Bagnara depuis Scilla en six minutes. Pour les liaisons aériennes, mieux vaut viser l’aéroport de Lamezia Terme, point de départ idéal pour explorer la côte tyrrhénienne, ou celui de Reggio Calabria, qui permet un accès facile à la Sicile via le ferry.

Côté saison, la logique reste la même qu’ailleurs en Méditerranée : éviter juillet et août si l’on cherche la tranquillité. Les meilleurs mois pour visiter la Calabre sont mai, juin, septembre et octobre, des périodes qui permettent de profiter des plages tout en évitant l’affluence estivale. Une nuance mérite d’être précisée avant de faire ses valises : la Calabre reste une région moins équipée touristiquement que la Ligurie, avec des liaisons parfois moins fréquentes et une offre hôtelière plus restreinte hors des zones balnéaires principales. C’est justement ce qui, pour l’instant, préserve Scilla et sa Costa Viola de devenir la prochaine Cinque Terre.