À moins de deux heures de route de Barcelone, la comarque du Berguedà reste largement ignorée des voyageurs français, alors qu’elle concentre gorges pyrénéennes, villages fortifiés et même des empreintes de dinosaures. Berguedà est une région pittoresque de Catalogne assez méconnue des français et pourtant il s’agit des portes des Pyrénées de Catalogne, là où les montagnes rencontrent la plaine catalane. Pendant que les cars de touristes s’entassent devant la Sagrada Família, cette poche de territoire attend, presque déserte, ceux qui savent où chercher.
À retenir
- Quelle région catalane restée secrète propose des paysages pyrénéens sans une seule file d’attente ?
- Où trouver des villages médiévaux perchés à seulement 30 km de distance l’un de l’autre ?
- Quel détail géologique surprenant pousse les visiteurs à revenir explorer ces montagnes ?
Barcelone et la Costa Brava, victimes de leur succès
Le contraste est frappant. À Barcelone, l’impact sur la vie des habitants est énorme : inflation, conversion des logements en hébergements touristiques, difficultés à se loger, nuisances sonores, surconsommation des ressources, au point que les manifestations antitouristiques se multiplient depuis plusieurs années. Pour visiter la Sagrada Família, le Parc Güell ou la Casa Batlló, mieux vaut d’ailleurs s’y prendre à l’avance : les voyageurs sont catégoriques, il faut réserver ses billets en ligne au moins 2 à 3 semaines avant la visite. Au Parc Güell justement, la ville a fini par plafonner les flux : dans la zone des monuments, seules 400 personnes sont admises à la fois, et les touristes paient une entrée, tandis que les résidents entrent gratuitement.
La sécheresse ajoute une couche de tension bien réelle. La question de la sécheresse et du tourisme responsable revient sans cesse dans les discussions de voyageurs depuis 2024-2025, avec des douches de plage coupées et des fontaines à sec. Résultat, une partie croissante des visiteurs cherche des alternatives moins saturées. Beaucoup se rabattent déjà sur Gérone, devenue le nouveau chouchou du forum Routard : face à la saturation de Barcelone, le forum plébiscite Gérone, une ville à taille humaine, avec une cathédrale spectaculaire et une ambiance médiévale préservée. Mais Gérone elle-même commence à souffrir de son succès en haute saison. Pour vraiment fuir la foule, il faut pousser plus loin, vers l’intérieur des terres.
Le Berguedà, la vraie porte dérobée vers les Pyrénées catalanes
C’est là que le Berguedà entre en jeu. Cette comarque encaissée entre plaine et haute montagne n’apparaît dans aucun guide grand public, et c’est précisément ce qui fait son charme. Les routes y grimpent en lacets vers des cols qui révèlent des panoramas infinis, loin de toute cohue. On y vient d’abord pour l’histoire géologique de la région, marquée par un passé minier qui a façonné le paysage : on vient vers Vallcebre pour les montagnes et les activités de pleine nature mais aussi pour l’histoire géologique et l’héritage minier de la région. Détail insolite qui surprend souvent les visiteurs : dans ces montagnes, on peut apercevoir des traces de pas de dinosaures.
À une trentaine de kilomètres, deux villages complètent parfaitement l’itinéraire. Rupit, avec ses ruelles médiévales suspendues, offre une vue imprenable sur les massifs environnants, puisque du sud de Rupit, la vue s’étend sur le Maréchal de Guilleries, le Collsacabra, le Montseny, et le monument naturel caractéristique d’Angulla. Non loin, Tavertet perche ses maisons de pierre sur des falaises vertigineuses : c’est une enclave géologiquement robuste, entourée de falaises majestueuses, dont l’isolement historique et le relief accidenté ont préservé l’authenticité des 48 maisons érigées entre les XVIIe et XVIIIe siècles. Quarante-huit maisons, pas une de plus : voilà l’échelle de ce territoire, à des années-lumière des files d’attente barcelonaises.
Deux autres pistes pour composer un road trip loin des foules
Le Berguedà n’est pas la seule poche de tranquillité que la Catalogne dissimule. Le Penedès, à moins de deux heures au sud-ouest de Barcelone, cultive un tout autre secret : celui du cava. C’est la plus grande et la plus importante région viticole de Catalogne, dont la petite ville de Sant Sadurní d’Anoia constitue la capitale du cava en Espagne. On y visite des caves séculaires, dont certaines figurent parmi les plus anciennes du pays, sans jamais croiser la moindre file d’attente.
Plus au sud encore, les Terres de l’Ebre cultivent un dépaysement total. Cette région rassemble des montagnes sauvages culminant à plus de 2 500 mètres, des criques isolées, des rizières riches en oiseaux et des forêts peuplées de sangliers, accessible avec peu de visiteurs à seulement une heure ou deux des rues bondées de Barcelone. Le delta de l’Èbre, avec ses rizières et ses colonies d’oiseaux migrateurs, ressemble davantage à une Camargue espagnole qu’à la Catalogne balnéaire des cartes postales. Un vrai décor de nature brute que les tour-opérateurs ignorent presque totalement.
Pour organiser un séjour dans ces arrière-pays, le calendrier compte autant que la destination. Le début du printemps, mars et avril, l’automne, notamment octobre et novembre, et l’hiver, principalement janvier et février, constituent d’excellentes périodes pour fuir le surtourisme. Côté logistique, louer une voiture reste la solution la plus souple pour enchaîner Berguedà, Penedès ou Terres de l’Ebre, ces territoires étant peu desservis par le rail contrairement à l’axe côtier Barcelone-Gérone-Figueres. Une nuance à garder en tête avant de partir : ces régions vivent aussi de leur agriculture et de leur artisanat local, un équilibre fragile que le tourisme, même discret, peut bousculer s’il se développe trop vite. Voyager léger et curieux, sans chercher à transformer ces villages en nouvelles étapes incontournables, reste sans doute la meilleure façon de les préserver.
Sources : stmartinweek.fr | voyageursdumonde.ca