Une hôtesse de l’air l’a résumé sans détour : « la raison pour laquelle ces sièges sont choisis s’explique d’elle-même ». Le pire siège pour les passagers doit être la dernière rangée, ou toute rangée à côté des toilettes, et la raison pour laquelle ces sièges sont choisis s’explique d’elle-même. Concrètement, si vous avez atterri dans cette rangée sans l’avoir choisie, ce n’est pas un hasard malheureux : c’est un mécanisme bien précis des compagnies aériennes qui explique pourquoi ces places restent souvent les dernières à être attribuées, à l’enregistrement comme lors de la réservation en ligne.
À retenir
- Les compagnies aériennes gardent volontairement la dernière rangée vide pour la remplir en dernier
- Cette zone a des inconvénients réels : bruits, odeurs et sièges qui ne s’inclinent pas
- Mais elle cache un avantage impensable que les hôtesses connaissent bien
Le mécanisme d’attribution qui vous relègue au fond
Le système est presque mathématique. Les compagnies aériennes attribuent généralement ces sièges aléatoirement pour les voyageurs qui n’optent pas pour l’option payante du choix des sièges. tant qu’il reste des places ailleurs dans l’appareil, l’algorithme de réservation évite de vous coller au fond, sauf si vous avez explicitement payé un supplément pour la dernière rangée (ce qui arrive rarement) ou si vous vous enregistrez très tard, une fois que toutes les autres places ont été distribuées.
Rosie Awad, hôtesse chez Virgin Australia depuis cinq ans, a détaillé les raisons de cette impopularité sur les Boeing 737-800 qu’elle connaît bien. Le verdict est sans appel sur le plan du confort : les sièges de la dernière rangée remportent la palme du pire emplacement dans l’avion, coincés contre la cloison arrière de la cabine, avec une inclinaison limitée ou carrément nulle, et certains sont plus étroits en raison du fuselage effilé de l’avion. À cela s’ajoute la promiscuité sonore et olfactive : comme ils sont si proches des toilettes arrière et de la cuisine, ils sont soumis au bruit, à l’agitation et aux fortes odeurs. Un cocktail qui explique pourquoi les systèmes de réservation, mais aussi le simple bon sens des voyageurs habitués, évitent cette zone tant qu’il reste une alternative.
Pourquoi les compagnies gardent ces sièges « en réserve »
Il y a une logique commerciale derrière cette attribution tardive. Les compagnies savent que personne ne choisit spontanément cette rangée si on lui propose autre chose : elles la réservent donc naturellement aux passagers qui s’enregistrent en dernier, à ceux qui n’ont pas payé pour sélectionner leur place, ou aux ajouts de dernière minute sur un vol complet. C’est une manière discrète de gérer le remplissage sans provoquer trop de mécontentement, puisque ceux qui atterrissent là n’avaient de toute façon plus beaucoup d’options.
Un détail amusant renforce cette impression de fatalité numérique : dans de nombreux avions, certaines rangées n’existent tout simplement pas. Lors de la réservation d’un vol, il est possible de choisir sa place, à condition de ne pas vouloir être assis dans les rangées 13 et 17, car dans de nombreux avions, on passe directement de la rangée 12 à la rangée 14 et de la rangée 16 à la rangée 18. Une question de superstition culturelle plus que de sécurité, mais qui montre à quel point la numérotation des sièges obéit à des logiques bien plus subtiles qu’un simple ordre croissant.
Le revers de la médaille : quand la dernière rangée devient un privilège
Voilà où l’histoire se complique, et où mon avis diverge un peu du cliché ambiant. Sur les réseaux, plusieurs membres d’équipage vantent au contraire les mérites de cette zone tant décriée. Le raisonnement tient en une observation simple : ces sièges étant les moins demandés, ils finissent souvent vides quand le vol n’est pas complet. Résultat, ceux qui s’y trouvent héritent parfois d’une rangée entière pour eux seuls, un luxe impensable en milieu de cabine.
Un voyageur australien raconte même avoir bénéficié d’un traitement de faveur inattendu en s’installant au fond. Sur plusieurs vols entre Sydney et Canberra, il a reçu un bien meilleur service que d’habitude, un membre d’équipage se trouvant à l’arrière de la cabine pendant l’embarquement, la proximité avec l’office permettant à ce dernier d’offrir discrètement boissons et collations supplémentaires. Proximité avec la cuisine de bord oblige, les derniers rangs sont parfois les premiers servis en cas de rab de boissons ou de plateaux, tout simplement parce que le personnel navigant les a sous la main en permanence.
Il existe même un argument plus sérieux, presque statistique. Les sièges vers l’arrière de l’avion afficheraient un taux de survie plus élevé dans l’hypothèse infime d’un accident, et lors du récent accident du vol de Jeju Air, les deux hôtesses assises tout au fond de l’appareil ont été les seules survivantes. Un chiffre qui doit évidemment être relativisé : chaque accident est différent et ce type de statistique repose sur un nombre d’événements heureusement très restreint. Mais il alimente le débat chez les passionnés d’aviation qui refusent de voir la dernière rangée comme une simple punition.
Et si vous vous retrouvez là malgré vous ?
Reste la question pratique : que faire si l’enregistrement tardif vous a collé au fond ? D’abord, ne pas paniquer sur la question de l’inclinaison du siège, souvent limitée par la cloison arrière, ce n’est pas propre à votre vol mais à la configuration même de l’appareil. Ensuite, profiter du fait que cette zone est généralement plus calme une fois le service terminé, loin de l’agitation du couloir central. Enfin, garder à l’esprit que la proximité des toilettes, souvent présentée comme un inconvénient, facilite aussi les allers-retours sans déranger toute une rangée de voisins, un détail qui compte sur les vols long-courriers quand on voyage avec de jeunes enfants ou qu’on a le sommeil léger.
Un dernier point mérite d’être signalé pour les voyageurs qui veulent reprendre la main : sur la plupart des compagnies, il suffit de payer un petit supplément lors de la réservation pour éviter totalement cette loterie de l’enregistrement tardif. Une option payante qui, ironiquement, transforme en quelques clics le siège le moins désiré de l’avion en un choix parfaitement assumé.
Sources : letribunaldunet.fr | millastuces.com