Près d’un million de visiteurs par an, jusqu’à 10 000 personnes par jour en plein été : Gordes reçoit aujourd’hui près d’un million de visiteurs par an, un chiffre vertigineux pour un village perché de moins de 2 200 habitants, accroché à ses falaises de calcaire blanc dans le Luberon. À quelques kilomètres de là, un autre village perché offre les mêmes panoramas, la même pierre dorée, la même atmosphère provençale, mais sans les cars de touristes qui bloquent la route dès le matin. Il s’appelle Saignon, et il mérite qu’on lui consacre bien plus qu’une simple halte photo.
À retenir
- Gordes et Roussillon étouffent sous le poids du tourisme de masse, mais une alternative paisible existe à proximité
- Un rocher surplombant le village joue le rôle du château, avec des vestiges médiévaux et des vues sur trois massifs
- Le Luberon cache d’autres pépites oubliées des circuits Instagram, chacune porteuse d’une histoire secrète
Gordes et Roussillon, victimes de leur propre succès
Le constat est sans appel du côté de Gordes. En plein été, on compte parfois jusqu’à 10 000 visiteurs par jour, une affluence qui ressemble à du surtourisme. Le village a beau multiplier les aménagements, la pression touristique reste palpable : les ruelles en pierre ocre, les façades Renaissance, le château médiéval qui domine la vallée du Calavon existent toujours, mais entre les selfie-sticks levés à chaque carrefour et les cars de touristes qui bloquent la route départementale dès 9h du matin, l’âme du village semble se diluer. La mairie a fini par réagir : depuis 2023, un plan de circulation restreint l’accès motorisé au centre historique pendant les week-ends de juillet et août.
Le label « plus beaux villages de France », loin d’être anodin, a accéléré le phénomène. L’association, fondée en 1982, regroupe 158 communes sélectionnées sur des critères architecturaux stricts, et ce label fonctionne comme un aimant touristique. Ajoutez à cela l’effet Instagram et TikTok, qui concentre les foules sur quelques points de vue devenus iconiques, et vous obtenez une expérience de visite parfois bien loin de la carte postale rêvée. Côté Roussillon, la fréquentation pose aussi des contraintes concrètes : le Sentier des Ocres compte plus de 350 marches sur un terrain irrégulier, un parcours qui n’est pas adapté aux poussettes ni aux personnes à mobilité réduite, sans parler des files d’attente en pleine saison.
Saignon, le Luberon tel qu’il était avant la ruée
À une poignée de kilomètres d’Apt, Saignon domine la vallée du Calavon avec une sérénité que Gordes a perdue depuis longtemps. Niché dans le Vaucluse, à quelques kilomètres d’Apt, Saignon domine la vallée du Calavon et offre un cadre enchanteur, loin des circuits touristiques les plus fréquentés. Le village, qui compte un peu plus d’un millier d’habitants, garde une échelle résolument humaine : il compte un peu plus d’un millier d’habitants, une échelle humaine qui se ressent tout de suite, ce n’est pas un décor figé pour cartes postales, mais un lieu où l’on vit vraiment.
La comparaison avec Gordes est frappante quand on marche dans ses ruelles. Contrairement à Gordes, où les bus touristiques arrivent dès le matin, Saignon garde une atmosphère paisible, on y marche dans des ruelles pavées, entre des maisons en pierre blonde, sans bousculade. L’attraction principale, un rocher qui surplombe le bourg, joue le rôle du château de Gordes, en version nature. L’attraction phare reste le Rocher de Bellevue, une immense formation rocheuse qui surplombe le village et offre une vue imprenable sur le Luberon, les Monts de Vaucluse et même le Mont Ventoux par temps clair. Au sommet, les vestiges rappellent que ce promontoire n’a rien d’anodin : les vestiges des anciens châteaux de Saignon rappellent la puissance stratégique du lieu au Moyen Âge.
Côté couleurs, on pourrait croire que Roussillon détient le monopole des ocres. Saignon a pourtant son propre nuancier, moins spectaculaire mais tout aussi séduisant. Les façades déclinent tout un nuancier de pierre locale, beige doré, crème clair, parfois presque blanc, tandis que les volets apportent la note vive : bleu lavande, vert olive, gris bleuté. Le village vit aussi encore au rythme de ses commerces de proximité plutôt que des boutiques à souvenirs : on associe souvent les couleurs du Luberon à Roussillon et à ses ocres flamboyants, pourtant Saignon possède sa propre palette, plus douce mais tout aussi séduisante.
D’autres pépites à quelques kilomètres, pour prolonger l’échappée
Saignon n’est pas une exception isolée. Le Luberon compte plusieurs villages qui jouent la carte de la discrétion face aux stars du massif. Oppède-le-Vieux, par exemple, se distingue par son atmosphère quasi abandonnée et ses ruines romantiques : moins fréquenté que Gordes ou Roussillon, Oppède-le-Vieux est pourtant l’un des villages les plus authentiques du Luberon, perché sur une colline, il offre une atmosphère presque hors du temps, avec ses ruines, ses vieilles pierres et ses ruelles escarpées.
Plus au sud, dans les Alpes-de-Haute-Provence, un autre bourg minuscule joue la même partition confidentielle. Dans le Luberon, Gordes, Roussillon, Bonnieux captent l’essentiel des touristes, mais il faut s’intéresser aussi à d’autres villages, moins célèbres mais à l’identité surprenante, c’est le cas de Montjustin. Quant à Mérindol, à l’autre bout du massif, il porte une mémoire historique méconnue du grand public : entre 1460 et 1560, environ 1 400 familles vaudoises venues des Alpes s’établissent dans quarante villages du Luberon, et le massacre de 1545, ordonné par François Ier, reste gravé dans la mémoire collective, en cinq jours terrifiants, 24 villages furent détruits et 3 000 personnes périrent.
Reste un détail qui change tout pour organiser sa visite : aucun de ces villages n’est desservi par les transports en commun. La voiture reste indispensable pour sillonner ce Luberon de l’ombre, celui qui n’apparaît pas dans les dix premières photos Instagram taguées « Provence » mais qui, bien souvent, ressemble davantage à ce que cherchaient les premiers amoureux de la région, avant que les réseaux sociaux ne transforment quelques villages en décors saturés.
Sources : chateaudallogny.fr | villages-vacances.com