« Je pensais monter mon trolley gratuitement cet été », confiait récemment une voyageuse sur les réseaux sociaux, convaincue que le vote du Parlement européen avait déjà changé la donne. Mauvaise nouvelle : rien n’a bougé. Aucune compagnie n’a modifié ses conditions et votre prochain vol reste soumis aux règles actuelles, supplément bagage compris. Le texte existe bel et bien, il a même été adopté à une majorité écrasante. Mais entre un vote au Parlement et une application concrète dans les aéroports, il existe un gouffre juridique que peu de voyageurs mesurent.
Le malentendu vient d’une confusion très répandue. Voter au Parlement, c’est une chose. Faire appliquer la mesure, c’en est une autre. Cette phrase résume à elle seule tout le feuilleton législatif qui agite le secteur aérien depuis le début de l’année.
- Le Parlement européen a voté à une majorité écrasante (646 voix pour) la révision du règlement sur les droits des passagers aériens le 7 juillet 2026
- Le Conseil de l’Union européenne doit encore ratifier le texte, étape bloquée par les gouvernements défendant les intérêts des compagnies low-cost
- Les frais de bagages représentent jusqu’à 20% des revenus des compagnies low-cost, ce qui explique leur résistance au changement
- La mesure finalement négociée impose un objet personnel gratuit et une transparence des prix dès la première page, mais les dimensions des bagages restent définies par chaque compagnie
Un vote historique, mais qui n’a rien changé pour l’instant
Le 21 janvier 2026, les députés européens ont adopté une résolution avec un résultat sans ambiguïté : 632 voix pour, 15 contre, 9 abstentions. Un score quasi unanime, rarissime à Strasbourg. Le texte visait à imposer deux bagages cabine gratuits sur tous les vols du continent : un objet personnel sous le siège et une petite valise en compartiment supérieur.
Il s’agissait de la première refonte majeure du règlement européen sur les droits des passagers aériens depuis son entrée en vigueur en 2005, après treize ans de négociations bloquées, et l’accord politique avait été scellé le 15 juin 2026 en comité de conciliation. Un mois plus tard, le 7 juillet 2026, le Parlement européen a adopté à une majorité écrasante, 646 voix pour, 12 contre et 3 abstentions, la révision du règlement EU261. Deux votes, deux dates, un même message : les eurodéputés veulent en finir avec la facturation à outrance du bagage cabine.
Le Conseil européen, verrou principal du texte
Ce succès parlementaire n’a jamais suffi à lui seul. Un vote du Parlement européen ne crée pas automatiquement une loi : il faut encore que le Conseil de l’Union européenne, qui réunit les représentants des 27 États membres, valide le texte. Et c’est précisément à cette étape que le calendrier s’est allongé.
Les compagnies aériennes n’ont pas assisté passivement au vote. Airlines for Europe, qui rassemble 17 groupes représentant plus de 70% du trafic européen dont Ryanair, EasyJet et Wizz Air, a mené un travail d’influence intensif auprès des gouvernements, sachant que les frais de bagages, de choix de siège et d’embarquement prioritaire représentent jusqu’à 20% des revenus des compagnies low-cost. Un cinquième du chiffre d’affaires, ce n’est pas une marge accessoire, c’est un pilier économique entier. Difficile dans ces conditions d’imaginer un renoncement sans contrepartie.
Plusieurs pays dont l’économie touristique dépend fortement du trafic low cost, comme l’Irlande, siège de Ryanair, ou la Hongrie, siège de Wizz Air, pourraient freiner des quatre fers. L’Irlande défendant Ryanair au Conseil, ce n’est pas franchement une surprise. C’est même la mécanique habituelle du lobbying aérien à Bruxelles depuis une décennie.
Ce qui change vraiment, et ce qui reste flou
Le texte finalement négocié est plus modeste que la promesse initiale des deux bagages gratuits. Un objet personnel de 40 × 30 × 15 cm maximum pourra être transporté gratuitement. Pour le reste, c’est plus nuancé.
Non, les compagnies pourront conserver leurs propres dimensions pour les bagages cabine plus volumineux. La vraie avancée se situe ailleurs, sur la transparence des prix. Les compagnies devront afficher leurs prix en incluant le bagage cabine dès la première page de recherche. Fini les tarifs d’appel alléchants qui explosent au moment du paiement, une fois l’option bagage ajoutée en catimini.
Un tarif moins cher sans bagage cabine restera possible, une compagnie pourra toujours proposer ce prix réduit si le passager choisit volontairement cette formule. Autre acquis du texte : les enfants de moins de 14 ans devront être assis gratuitement à côté de leur accompagnateur. Une mesure de bon sens, réclamée depuis longtemps par les associations de familles voyageuses.
Reste la question qui préoccupe tout le monde : la date. Les nouvelles règles entreront en vigueur au second semestre 2027, après ratification par le Conseil de l’UE. Un an d’attente supplémentaire, minimum.
En attendant, les compagnies dictent toujours leurs propres règles
Sur le terrain, chaque compagnie continue d’appliquer sa grille tarifaire maison. Chez Ryanair, le sac personnel gratuit doit mesurer 40 x 30 x 20 cm et se glisser sous le siège ; pour accéder au compartiment supérieur avec un vrai bagage cabine de 55 x 40 x 20 cm, il faut souscrire une option payante. Chez EasyJet, la logique diffère légèrement. Son sac gratuit sous siège atteint 45 x 36 x 20 cm, jusqu’à 15 kg, soit le plus grand format gratuit de tout le secteur low-cost.
Cette hétérogénéité des règles reste, pour l’instant, le vrai problème du voyageur. Chaque compagnie applique sa propre définition du bagage acceptable, ce qui rend toute comparaison de prix entre transporteurs quasiment impossible avant la réservation. C’est précisément ce que le nouveau règlement européen veut corriger, sans toucher aux dimensions elles-mêmes.
D’ici l’entrée en vigueur espérée au second semestre 2027, mieux vaut donc vérifier scrupuleusement les dimensions exactes tolérées par sa compagnie avant de boucler sa valise. Un centimètre de trop suffit parfois à transformer un vol pas cher en mauvaise surprise à l’embarquement.
Sources : senat.fr | questions.assemblee-nationale.fr | journaldugeek.com