J’ai réglé mes taxis, mon hôtel et mes restaurants en euros à Saranda : chaque addition m’a coûté 5 % de plus qu’un simple retrait en leks

Sur la promenade de Saranda, régler en euros paraît la solution la plus pratique quand on n’a pas encore de leks en poche. Mais après une semaine sur la Riviera albanaise à payer taxis, hôtel et restaurants directement en billets européens, le constat est net : chaque addition m’a coûté environ 5 % de plus que si j’avais simplement retiré des leks au distributeur avant de sortir. Sur un séjour d’une semaine, cette différence représente facilement le prix d’un repas entier disparu en cours de route.

Le phénomène n’a rien d’une arnaque isolée. Les euros sont acceptés de manière informelle dans certaines zones très touristiques, en particulier sur la Riviera, à Ksamil, Sarandë et Himarë, ainsi que pour des services comme l’hébergement ou les transferts privés. Le problème surgit au moment de la conversion, pas au moment de l’acceptation du billet.

L’Albanie n’est pas membre de l’Union européenne et n’utilise donc pas l’euro comme monnaie officielle.

À retenir
  • Payer en euros en Albanie entraîne un surcoût de 5 à 10 % par transaction fixé unilatéralement par le commerçant.
  • Le lek reste la seule monnaie officielle de l’Albanie, les euros ne sont acceptés que de manière informelle dans les zones touristiques.
  • Un retrait en leks au distributeur avec l’option sans conversion coûte moins cher que tout paiement direct en euros.

Le mécanisme du surcoût : un taux fixé par le commerçant, pas par la Banque centrale

Le principe est toujours le même. Le vendeur accepte votre billet de 20 euros, le multiplie par un taux qu’il fixe lui-même, et vous rend la monnaie en leks en empochant la différence. Ce calcul simplifié, souvent à votre désavantage, entraîne un surcoût immédiat de 5 % à 10 % sur chaque transaction. Le taxi qui vous ramène à l’hôtel, le restaurateur qui encaisse l’addition du soir, le loueur de transats : tous appliquent ce même arrondi, rarement en votre faveur. Et la monnaie rendue en leks aggrave encore la perte, puisqu’elle repose sur ce même taux gonflé.

Vous risquez d’être facturé à un taux défavorable, et la monnaie rendue le sera presque toujours en leks. C’est précisément ce qui s’est produit à chacune de mes additions.

À titre de repère, le taux de change tourne autour de 95 à 100 leks pour un euro, un chiffre qui varie légèrement selon les jours et les lieux de change. Autant dire qu’un écart de quelques leks par euro, multiplié sur chaque paiement de la journée, finit par peser lourd sur le budget d’un séjour.

Pourquoi l’Albanie reste une économie du cash et du lek

Le pays a beau attirer chaque année davantage de visiteurs européens séduits par ses plages et ses prix encore modérés, il fonctionne toujours selon ses propres règles monétaires. Le lek reste la monnaie de référence pour tous les paiements, du transport aux restaurants, des marchés aux sites touristiques. L’euro est reconnu comme monnaie secondaire parce que l’Albanie est étroitement liée au marché de l’UE et vise une adhésion complète d’ici 2030. Cette adhésion, encore lointaine, explique pourquoi le pays tolère l’euro dans les zones touristiques sans jamais lui donner de statut officiel.

Un piège supplémentaire guette les voyageurs peu attentifs aux chiffres. Une réforme monétaire vieille de plusieurs décennies a laissé certains commerçants s’exprimer encore en anciens leks, ajoutant un zéro au prix réel : demander 10 000 leks pour un café signifie en réalité 1 000 leks. De quoi transformer une simple addition en petit casse-tête mental sur le trottoir, billets en main.

Les gestes simples qui auraient évité ces pertes

Le meilleur réflexe reste de sélectionner toujours l’option « retrait sans conversion » pour bénéficier du taux de sa propre banque plutôt que de celui imposé par le distributeur. Cette manipulation, souvent proposée par un simple écran tactile, change tout sur le montant final débité.

Les frais de retrait varient eux aussi sensiblement d’un établissement à l’autre. Ils oscillent généralement entre 2 et 5 euros par transaction selon la banque émettrice, tandis que certaines banques locales facturent jusqu’à 700 ou 800 leks, soit environ 7 à 8 euros, aux cartes étrangères. Mieux vaut donc privilégier un retrait unique et conséquent plutôt que plusieurs petits passages au distributeur, histoire d’amortir ces frais fixes sur une somme plus large.

Le lieu de change compte tout autant que le montant retiré. Changer de l’argent à l’aéroport ou à la réception d’un hôtel coûte généralement 3 à 5 % de plus que dans un bureau de change agréé en centre-ville.

Un bureau de change licencié à Saranda ou à Tirana reste donc la meilleure option pour qui arrive avec des euros en liquide.

La leçon tient en une habitude à prendre dès la sortie de l’aéroport de Tirana ou du port de Saranda. Demander systématiquement le prix en leks, même quand le menu ou l’ardoise affiche un montant en euros, désamorce presque toujours la conversion abusive avant qu’elle ne se produise. Un retrait bien négocié, quelques leks en poche, et l’addition redevient ce qu’elle devait être depuis le départ : le vrai prix du repas, sans commission cachée glissée entre deux billets.