Sens, petite ville de l’Yonne nichée en Bourgogne, abrite la cathédrale Saint-Étienne, considérée par les historiens comme la première des grandes cathédrales gothiques de France. À un peu plus d’une heure de train depuis la gare de Paris-Bercy, cette cité de 25 000 habitants surprend les visiteurs venus pour quelques heures et qui repartent, souvent, deux jours plus tard.
Le chiffre a de quoi surprendre : depuis la gare de Sens, on relie Paris-Bercy en 1h15 en TER, avec des trajets directs qui descendent parfois sous la barre de l’heure. Certains services affichent même un trajet Paris Bercy-Sens en seulement 55 minutes. De quoi transformer une simple envie de balade dominicale en un aller sans complication, sans changement, sans galère de correspondance. C’est souvent ce détail logistique qui fait basculer les plans : on part sans réservation d’hôtel, « juste pour voir la cathédrale », et on se retrouve à chercher une chambre pour la nuit.
À retenir
- Une ville à seulement 55 minutes de train de Paris où beaucoup de visiteurs prévoient une après-midi et restent le week-end
- La cathédrale de Sens a précédé Notre-Dame de Paris : ses travaux ont commencé vers 1130-1135 et sa nef était déjà debout quand Paris en était aux fondations
- Un trésor médiéval rarissime : vêtements sacerdotaux du XIIe siècle de Thomas Becket et collections textiles que la plupart des cathédrales françaises n’ont pas su préserver
Une cathédrale qui a devancé Notre-Dame de Paris
L’histoire commence vers 1130. L’archevêque Henri Sanglier décide de faire table rase du bâtiment existant pour ériger un édifice à la hauteur du prestige de sa ville, alors capitale religieuse du royaume. Il fait appel à l’architecte Guillaume de Sens, qui propose une conception révolutionnaire du voûtement et permet d’édifier un vaisseau ample et continu bordé de deux collatéraux. Le principe change tout : les piliers deviennent porteurs grâce à la croisée d’ogives, ce qui libère les murs et permet d’ouvrir de larges baies. Un chercheur de la société archéologique locale résume la révolution en une phrase : l’idée géniale, c’est que les piliers soient porteurs, grâce à la croisée d’ogives ; les forces coulent sur les piliers, les murs ne sont plus porteurs.
Le calendrier est serré, et c’est bien là que Sens tient sa singularité : les travaux démarrent avant ceux de la basilique de Saint-Denis, berceau plus connu de l’art gothique porté par l’abbé Suger. Un chercheur souligne d’ailleurs que les travaux ont été entrepris dans les années 1130-1135, ce qui placerait le début de la construction de la cathédrale un peu avant la basilique de Saint-Denis. Commencée vers 1130-1135, sa nef et son chœur sont consacrés en 1164, et sa façade a été terminée à la fin du XIIe siècle. quand Notre-Dame de Paris n’en est encore qu’à ses fondations, Sens affiche déjà un chœur voûté et une nef debout. Le monument accueille même un événement royal majeur : en 1234, il devient le théâtre du mariage de Louis IX (le futur Saint Louis) avec Marguerite de Provence, comme le rappelle le Centre des monuments nationaux à propos de 1234, elle est le cadre du mariage de Louis IX et Marguerite de Provence.
Le trésor le plus étonnant de Bourgogne
Attenant à la cathédrale, l’ancien palais des archevêques abrite un trésor qui n’a rien d’anecdotique. On y trouve des étoffes coptes, persanes et byzantines, parmi lesquelles les suaires de saint Siviard, sainte Colombe et saint Loup, ainsi que des pièces liées à l’un des personnages les plus célèbres de l’histoire anglaise : Thomas Becket. L’archevêque de Canterbury, en exil forcé loin d’Angleterre, a séjourné à Sens à deux reprises avant son assassinat dans sa propre cathédrale en 1170. Le musée conserve aujourd’hui les vêtements sacerdotaux de Thomas Becket (XIIe siècle) et ceux de saint Edme (XIIIe siècle), un ensemble textile médiéval que la plupart des cathédrales françaises n’ont pas su préserver. Un vitrail du XIIIe siècle, situé dans le collatéral nord du chœur, retrace même la vie du prélat martyr, montrant sa réconciliation manquée avec Henri II d’Angleterre puis son retour fatal à Canterbury.
Ce genre de détail change la perception qu’on a de la ville. On vient pour l’architecture gothique, on repart avec le sentiment d’avoir traversé un pan entier de l’histoire anglo-normande, à deux pas d’une gare TER. Le billet groupé donnant accès au trésor et aux musées attenants reste d’ailleurs d’un rapport qualité-prix rare : compter autour de 6 à 9 € selon les tarifs en vigueur pour l’ensemble des collections.
Sens, bien plus qu’une cathédrale
La ville n’a pas attendu le Moyen Âge pour exister. Sous l’Empire romain, elle s’appelait Agedincum et comptait parmi les cités importantes de la Gaule, un passé encore visible à travers des vestiges gallo-romains disséminés dans le centre historique. Le Palais synodal, juste à côté de la cathédrale, complète la visite avec son architecture gothique civile, rare pour l’époque. Autour, les ruelles pavées, les maisons à pans de bois et les quais de l’Yonne composent un décor qui invite naturellement à ralentir le pas, loin de l’agitation parisienne.
C’est souvent ce contraste qui pousse les visiteurs à prolonger leur séjour. Prévu pour une après-midi, le programme s’étoffe vite : une balade le long de la rivière, un déjeuner en terrasse, puis la découverte du trésor qu’on n’avait pas anticipée. Le lendemain, la cathédrale se révèle différemment sous une autre lumière, et l’idée de reprendre le train dans la foulée perd de son évidence.
Pour organiser sa venue, mieux vaut vérifier les horaires directement sur SNCF Connect, la ligne Paris Bercy-Sens comptant une petite quinzaine de trains quotidiens, avec un premier départ souvent avant 8 heures et un dernier retour en soirée. Un détail pratique à retenir : la cathédrale est ouverte tous les jours, mais l’accès au trésor et aux musées suit des horaires plus restreints selon la saison, ce qui vaut le coup de vérifier avant de calquer son emploi du temps sur une simple envie d’improvisation.
Sources : hunza.pro | monuments-nationaux.fr