Depuis plusieurs mois, un citoyen français peut atterrir en Chine sans avoir sollicité le moindre visa, à condition que son séjour ne dépasse pas 30 jours. Cette exemption, confirmée et prolongée par Pékin, court jusqu’au 31 décembre 2026 pour les titulaires de passeports ordinaires français se rendant en Chine pour une durée maximale de 30 jours et pour les motifs de commerce, de tourisme, de visite familiale, de visite d’échanges ou de transit. Mais cette simplification à l’entrée cache une réalité plus complexe : c’est au moment de repartir, ou de choisir son itinéraire, que les règles deviennent réellement techniques, et que les erreurs se paient cher.
La bascule ne date pas d’hier. Pékin a entamé ce virage dès 2023, dans une logique assumée de reconquête touristique après les années Covid. En 2023, la Chine a accueilli environ 35,5 millions de touristes internationaux, soit une reprise à 36 % par rapport à 2019, et en prolongeant l’exemption de visa, Pékin espère doubler ses efforts pour attirer les visiteurs étrangers. Le calcul est simple : moins de friction administrative, plus d’arrivées. Pour un voyageur français, la conséquence concrète est que la vieille démarche du visa L, avec son passage obligé par un centre de visas et ses frais, est devenue superflue pour l’immense majorité des séjours courts.
À retenir
- Deux régimes distincts remplacent désormais le classique visa L, mais lequel correspond vraiment à votre itinéraire ?
- Une contrainte cachée à la sortie peut transformer un séjour gratuit en amende de plusieurs milliers de yuans
- Depuis novembre 2025, une formalité numérique obligatoire s’est glissée dans le processus, et certaines compagnies aériennes la vérifient dès l’enregistrement
Deux dispositifs bien distincts remplacent le visa classique
Le premier, celui qui concerne la quasi-totalité des touristes français, est l’exemption unilatérale de 30 jours. Les Français, Belges et Suisses peuvent entrer en Chine continentale sans visa pour un séjour touristique, familial, d’affaires, d’échange ou de transit, une exemption gratuite et valable jusqu’au 31 décembre 2026, permettant de séjourner jusqu’à 30 jours maximum à chaque entrée. Aucune démarche préalable n’est nécessaire, et aucune demande préalable n’est nécessaire, le voyageur pouvant entrer par voie aérienne, terrestre ou maritime, depuis n’importe quel pays. Un détail administratif mérite l’attention : le passeport doit être valable encore six mois après la date d’entrée sur le territoire.
Le second dispositif, moins connu mais tout aussi utile, est le régime de transit sans visa de 240 heures, soit dix jours. Il s’adresse en priorité aux nationalités qui ne bénéficient pas de l’exemption complète, mais reste accessible aux Français dans des configurations particulières de voyage. Le principe est simple : si l’on vole d’un pays A vers la Chine puis vers un pays C différent de A, on peut faire escale en Chine jusqu’à 10 jours sans visa, le décompte des 240 heures démarrant à 00h00 le lendemain de l’arrivée. Contrairement à l’ancienne politique de transit de 144 heures qui limitait les voyageurs à une seule ville ou région, la version de 240 heures autorise à circuler librement dans 24 régions provinciales, permettant par exemple de relier Pékin, Xi’an et Chengdu en un seul périple.
Le vrai piège se situe à la sortie du territoire
C’est précisément là que les deux régimes divergent et que les voyageurs se trompent le plus souvent. Pour l’exemption de 30 jours, la contrainte est temporelle : dépasser le délai autorisé expose à des sanctions lourdes. Les pénalités incluent une amende de 500 yuans par jour de dépassement (jusqu’à 10 000 yuans), une expulsion, et une possible interdiction de réentrée en Chine pour une durée de 1 à 10 ans. Un simple oubli de billet retour peut donc coûter beaucoup plus que le prix d’un visa qu’on pensait avoir évité.
Pour le régime de transit de 240 heures, la difficulté est différente et plus subtile : elle porte sur la destination de sortie, pas seulement sur le délai. Ce transit est un aller simple à usage unique : on entre, on reste jusqu’à dix jours, puis on repart vers un pays tiers, sans pouvoir l’utiliser pour entrer au titre du « tourisme » puisqu’un billet vers un pays tiers est exigé. un voyageur qui entrerait en Chine depuis Paris avec un simple aller-retour vers Paris ne remplit pas la condition de transit, même s’il reste moins de dix jours. C’est la règle qui piège le plus de voyageurs : le transit de 240 heures suppose de repartir vers un pays ou une région différente de celui d’où l’on est arrivé. Bonne nouvelle en revanche pour la logistique du retour : le port de sortie peut être différent du port d’entrée, on peut par exemple entrer à Pékin et sortir par Shanghai.
Hong Kong, Macao et Taïwan compliquent encore le tableau, mais dans le bon sens : ces territoires comptent comme des destinations tierces valables pour justifier un transit, ce qui ouvre des combinaisons de voyage intéressantes pour qui veut coupler un séjour en Chine continentale avec une escale à Hong Kong. Depuis novembre 2025, cette porte s’est même élargie physiquement : la gare de West Kowloon a été ajoutée en tant que port éligible, ce qui signifie qu’on peut désormais entrer en Chine continentale depuis Hong Kong par train à grande vitesse en utilisant l’exemption de transit, ou sortir de Chine vers Hong Kong par ce même moyen.
Une formalité numérique s’est glissée dans le processus
La suppression du visa papier ne signifie pas zéro paperasse. Depuis le 20 novembre 2025, il faut obligatoirement remplir une carte d’arrivée électronique avant le départ pour la Chine, un formulaire en ligne devenu obligatoire pour tous les voyageurs concernés par l’exemption de visa. Cette carte, à compléter via le site s.nia.gov.cn, remplace les formulaires papier remplis jadis à l’arrivée et doit, selon les autorités chinoises, accélérer le passage en douane. Certaines compagnies aériennes vérifient désormais ces justificatifs, billet retour compris, dès l’enregistrement, avant même l’embarquement, ce qui signifie qu’un dossier incomplet peut bloquer un voyageur avant même qu’il ne quitte la France.
Reste un dernier point que peu de guides mentionnent clairement : les deux régimes ne se cumulent pas et ne se convertissent pas automatiquement l’un dans l’autre en cours de séjour. Un voyageur entré sous le régime des 30 jours qui souhaiterait finalement prolonger son séjour ou changer de statut doit, avant l’expiration de son délai, se rendre dans un bureau de sortie et d’entrée de la sécurité publique locale pour régulariser sa situation, faute de quoi le compteur de l’amende journalière commence à tourner dès le lendemain de la date limite.
Sources : jengom.com | ulysse.com