« On réservait Venise chaque automne » : depuis qu’on a découvert cette ville du nord de l’Italie, on paie la nuit 30 à 40 % moins cher

Chioggia. Ce nom ne vous dit peut-être rien, et c’est bien tout l’intérêt. Cette ville portuaire de Vénétie, plantée à une cinquantaine de kilomètres au sud de Venise, permet aujourd’hui de dormir 30 à 40 % moins cher qu’à deux pas de la place Saint-Marc, tout en gardant sous les yeux les mêmes canaux, les mêmes façades colorées et la même lumière adriatique qui a rendu La Sérénissime mondialement célèbre.

Chioggia, à 50 kilomètres au sud de la Sérénissime, offre le même dédail de canaux, de ponts et de maisons colorées, mais préserve une sérénité rare. On l’appelle d’ailleurs depuis longtemps la « petite Venise », et le surnom n’a rien d’usurpé : on comprend pourquoi dès qu’on longe le Canal Vena, où les bateaux de pêche se balancent doucement entre des rangées de maisons pastel. La différence avec sa grande sœur touristique ? Ici, pas de perches à selfie à chaque coin de pont, pas de files d’attente pour un cappuccino à 8 euros.

À retenir

  • Une destination côtière italienne rivalise ouvertement avec Venise en proposant les mêmes paysages pour une fraction du prix
  • Les autorités vénitiennes renforcent les mesures d’accès payant et envisagent des tarifs jusqu’à 50€ en haute saison
  • Le secteur touristique de la région Vénétie offre plusieurs alternatives patrimoine riches, toutes plus accessibles financièrement

Une ville qui a gardé sa vie de pêcheurs, pas seulement son décor

Ce qui distingue vraiment Chioggia, c’est qu’elle n’a jamais cessé d’être une ville de travail. Chioggia compte aujourd’hui 53 000 habitants et a su préserver son centre historique très marqué par l’influence vénitienne, une ville de pêcheurs aux traditions séculaires. Le marché aux poissons en est la meilleure preuve : la Pescheria di Chioggia bourdonne depuis le XVIIIe siècle et s’éveille avant le lever du soleil, avec des étals débordant de poissons luisants, des crabes qui claquent dans les seaux et les cris des pêcheurs annonçant la pêche du jour. On est loin des vitrines pour touristes, on est dans le vrai commerce, celui qui fait vivre la ville depuis des générations.

L’histoire, elle aussi, s’y lit à ciel ouvert. Chioggia a joué un rôle important dans les guerres historiques entre Venise et Gênes, et ses fortifications ainsi que ses structures militaires défensives rappellent l’importance stratégique de cette ville portuaire. Quant au patrimoine religieux, le campanile de Sant’Andrea est célèbre pour sa tour horloge datant du 14e siècle, l’une des plus anciennes au monde. Un détail qui vaut le détour, même si une source récente signale que la tour est actuellement fermée aux visites intérieures pour travaux. La cathédrale voisine complète le tableau, avec une architecture romane et des fresques qui n’ont rien à envier aux basiliques plus connues.

Le vrai luxe de Chioggia, en réalité, c’est l’absence de mise en scène. On y entend les cloches de l’église se mêler à la criée du port, sans être bousculé par les perches à selfie, et la ville garde cet esprit de village où tout le monde se salue. Ajoutez à cela la plage de Sottomarina, juste à côté, pour prolonger le séjour au bord de l’Adriatique, et vous obtenez une destination complète, entre patrimoine et farniente.

Pourquoi Venise coûte de plus en plus cher chaque automne

Ce contraste tarifaire ne sort pas de nulle part. Venise a mis en place depuis 2024 un dispositif d’accès payant pour les visiteurs à la journée, reconduit et renforcé pour 2026. Venise maintient un système à 2 niveaux, avec un tarif de 5 € par jour pour les visiteurs qui règlent la contribution à l’avance, jusqu’au 4e jour avant la date de visite, mais le montant passe à 10 € pour les paiements effectués dans les 3 jours précédant l’accès. La mesure vise avant tout les excursionnistes : la ville de Venise a mis en place cette taxe d’accès pour les touristes qui viennent sans y loger, une seule nuit dans un hébergement suffisant à en être exempté.

Le débat ne s’arrête pas là. Le nouveau maire de Venise, Simone Venturini, souhaite porter le droit d’entrée des visiteurs à la journée jusqu’à 30 ou 50 € sur certaines périodes de très forte affluence, même si il s’agit à ce stade d’un projet politique, pas d’une mesure en vigueur. Le simple fait que l’idée circule en dit long sur la pression touristique que subit la ville. Et cette pression se répercute directement sur les prix de l’hébergement : plus la demande grimpe sur un stock de lits limité par la géographie même de la lagune, plus les nuitées deviennent onéreuses, particulièrement en septembre et octobre, période où l’affluence reste soutenue malgré la fin de l’été.

D’autres pépites vénitiennes à explorer sans se ruiner

Chioggia n’est pas la seule option pour qui veut respirer l’air de la lagune sans subir ses tarifs. Trévise, à une trentaine de minutes au nord de Venise, séduit avec son propre réseau de canaux et son centre historique intact. Trévise est une ville intérieure historique traversée par des voies navigables sinueuses, tandis que Vicence, plus à l’intérieur des terres, déploie une élégance architecturale héritée de Palladio. D’après un comparatif récent sur la sécurité touristique, Venise obtient un score de 91 sur 100 à l’indice de sécurité des voyageurs, basé uniquement sur les rapports des visiteurs récents, un chiffre qui rassure et qui s’applique par extension à toute la région, ces villes satellites bénéficiant du même climat de tranquillité.

Pour organiser un séjour à Chioggia, mieux vaut viser le printemps ou l’automne, quand la lumière sur la lagune est la plus douce et les températures encore clémentes pour flâner le long des quais. La ville se visite aisément à pied en une journée, mais une nuit sur place permet de profiter du marché aux poissons dès l’aube, un spectacle que peu de guides touristiques mentionnent encore. Le train relie Chioggia à la gare de Venise Mestre en moins d’une heure, avec correspondance en bus, ce qui laisse la possibilité de combiner les deux villes sur un même week-end sans complication logistique.