À la porte Pile de Dubrovnik, l’entrée principale de la vieille ville, il faut parfois patienter 45 à 60 minutes en pleine saison, coincé entre les cordes qui canalisent le flot des croisiéristes. Pendant ce temps, à 230 kilomètres au nord, les voyageurs qui ont choisi Split dorment dans un appartement deux fois moins cher et visitent gratuitement leur propre palais romain classé à l’UNESCO. Le grand écart entre les deux villes dalmates n’a jamais été aussi flagrant.
À retenir
- Une ville adriatique impose désormais des réservations obligatoires et des passes à 40 euros pour contenir l’afflux touristique
- Sa rivale du nord propose le même patrimoine mondial mais à prix radicalement réduits
- Le corridor bosniaque de 12 km qui sépare les deux villes crée une situation logistique surprenante
Dubrovnik, victime de son propre succès
Le constat est sans appel : l’overtourism est l’ennemi public numéro un de Dubrovnik. Environ 1,5 million de personnes visitent la ville chaque année, principalement pendant les mois d’été, alors que la population de la ville n’est que d’environ 40 000 habitants. Résultat, la porte Pile fonctionne désormais comme un manège à sensations : elle dispose d’un système de file d’attente digne d’un parc à thème pour contrôler l’afflux de visiteurs, et la rue principale en calcaire de 300 mètres, le Stradun, a été tellement polie par les pas qu’elle s’est transformée en patinoire. Certains jours de forte affluence, la situation devient carrément absurde : on compte jusqu’à 10 000 personnes sur les 300 mètres du Stradun à midi. Chaud, bondé, désagréable.
La mairie a fini par tirer la sonnette d’alarme. Dubrovnik a récemment occupé les premières places des classements mondiaux du ratio touristes-résidents, avec jusqu’à 27 visiteurs par habitant aux périodes de pointe. Face à cette pression, des mesures structurelles sont entrées en vigueur cette année : depuis 2026, l’entrée dans la ville se fait uniquement via un système de réservation à l’avance, conçu pour étaler le nombre de visiteurs et éviter la surpopulation. Les bateaux de croisière n’échappent pas à la règle : leur nombre reste plafonné à deux par jour, chacun devant rester à quai un minimum de huit heures, l’objectif étant d’échelonner les flux de passagers et d’encourager des séjours plus longs plutôt que des visites éclair qui ajoutent à la congestion. Même les cars de tourisme sont désormais tenus en laisse à la porte Pile, sous peine d’amende pouvant atteindre 2 000 euros s’ils se présentent sans avoir réservé leur créneau.
Pour visiter les remparts et les principaux sites culturels, il faut aussi désormais compter sur le Dubrovnik Pass, facturé 40 euros par jour, qui sert à gérer l’accès aux sites culturels tout en offrant, en théorie, un meilleur rapport qualité-prix aux visiteurs. Une addition qui, cumulée à l’hébergement et à la restauration, fait vite grimper la facture d’un séjour dans la Perle de l’Adriatique.
Split, la rivale dalmate qui coûte deux fois moins cher
À 230 kilomètres de route, en passant par le corridor bosniaque de Neum qui coupe la côte croate en deux, se trouve Split. La ville n’a rien d’un simple point de chute par défaut : elle abrite le palais de Dioclétien, où plus de 3 000 personnes vivent et travaillent encore aujourd’hui, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979. Contrairement à Dubrovnik, entièrement tournée vers la fonction touristique, Split reste une ville qui vit d’abord pour ses habitants.
La différence de prix, elle, saute aux yeux. Pour l’hébergement, un lit dans une auberge de jeunesse bien notée à Split peut coûter 35 euros en juillet, tandis qu’un logement similaire à Dubrovnik peut facilement atteindre 55 euros. Même écart pour les appartements privés : une location dans le palais de Dioclétien se trouve pour 120 euros la nuit, contre 180 à 200 euros pour un équivalent intra-muros à Dubrovnik. À table, le constat se répète : un dîner en restaurant de gamme moyenne coûte 20 à 35 euros par personne à Split, contre 35 à 55 euros pour un repas comparable dans la vieille ville de Dubrovnik. Même un café ou une bière change de tarif d’une ville à l’autre, autour de 3 à 4 euros sur la promenade de Split contre 5 à 7 euros sur le Stradun.
Cerise sur le gâteau, l’accès au patrimoine lui-même n’a rien à voir : les remparts sont gratuits à Split, puisqu’ils font partie intégrante du centre historique, contre environ 40 euros à Dubrovnik. Une guide touristique locale résume la situation en expliquant que Split est le choix le plus abordable, authentique et historiquement riche, tandis que Dubrovnik reste le choix le plus spectaculaire visuellement, mais aussi le plus cher et le plus saturé de touristes. Sur le plan strictement patrimonial, Split n’a même pas à rougir de la comparaison : alors que l’essentiel de la vieille ville de Dubrovnik a été construit entre le 12e et le 17e siècle, celle de Split remonte au moins au début du 4e siècle.
Le grand écart logistique entre les deux villes
Reste la question du trajet, qui n’est pas anecdotique sur cette portion de côte adriatique. Plusieurs options existent pour relier les deux villes : un bus de 4 à 4,5 heures, un catamaran de 4,5 à 6 heures, ou un transfert privé de 3,5 heures. Côté budget, le bus reste imbattable, avec des tickets à partir de 18,50 euros, tandis que la voie maritime, plus onéreuse, offre en contrepartie une vue majestueuse sur la côte croate. Il existe aussi des liaisons aériennes directes, réservées toutefois à des jours précis de la semaine.
Beaucoup de voyageurs optent d’ailleurs pour une formule mixte : passer deux ou trois nuits à Dubrovnik pour cocher les incontournables (remparts, Stradun au lever du jour, îles Elaphites), puis remonter vers Split pour la suite du séjour, profitant au passage de sa position de meilleure plaque tournante de voyage, avec un accès supérieur pour les excursions en îles comme Hvar ou Brač. Cette stratégie permet de diviser la facture d’hébergement sur l’ensemble du séjour, tout en évitant de subir la pression touristique de Dubrovnik sur la durée complète des vacances.
Un détail mérite d’être signalé pour qui pense épargner du temps en visitant Dubrovnik depuis Split lors d’un aller-retour dans la journée : la frontière avec la Bosnie-Herzégovine se traverse deux fois sur ce trajet, à cause du fameux corridor de Neum, ces 12 kilomètres de côtes que la Bosnie-Herzégovine a récupérés après l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, scindant la Croatie en deux. Un passeport reste donc nécessaire, même pour ce court détour entre deux villes d’un même pays membre de l’espace Schengen.
Sources : dubrovnik-tickets.co | smart-tourism-capital.ec.europa.eu | visit-croatia.co.uk