Depuis le 25 février 2026, un simple passeport ne suffit plus pour traverser la Manche. Tout ressortissant français souhaitant se rendre au Royaume-Uni doit désormais présenter une autorisation électronique de voyage, l’ETA, obtenue en ligne avant le départ. Sans ce document, les citoyens français et européens voyageant au Royaume-Uni doivent obligatoirement être munis d’une autorisation de voyage électronique (ETA) au moment de leur départ. Fini donc le réflexe du billet de train acheté la veille pour un week-end shopping ou un match à Wembley.
À retenir
- Une autorisation électronique inédite verrouille désormais l’accès au Royaume-Uni depuis février 2026
- Les tarifs de cette autorisation ont augmenté : à quel prix revient vraiment une escapade britannique ?
- À l’retour en France, de nouveaux contrôles biométriques créent des files d’attente inattendues
L’ETA, ce nouveau sésame devenu incontournable
Le dispositif n’est pas sorti de nulle part. Depuis le 2 avril 2025, à défaut d’avoir un visa ou le statut de résident permanent ou temporaire, les citoyens français doivent obtenir une autorisation de voyage électronique (ETA) pour se rendre au Royaume-Uni. Mais c’est bien le 25 février 2026 que la règle est devenue contraignante à 100%, avec des contrôles stricts avant l’embarquement. Le message des autorités britanniques ne laissait aucune place au doute : « No permission, no travel ». Concrètement, cela signifie qu’aucune compagnie aérienne, aucun opérateur Eurostar et aucune compagnie de ferry n’acceptera de vous faire monter à bord sans cette validation numérique, même pour une escale technique dans un aéroport britannique.
La demande se fait via l’application UK ETA ou directement sur le site gov.uk, et le processus reste relativement rapide : on scanne son passeport, on prend un selfie, on répond à quelques questions et on paie. Mais le prix a grimpé. Le Home Office a confirmé la hausse : à compter du 8 avril 2026, l’ETA coûtera 20 livres sterling (environ 23 €), contre 16 £ (environ 18,50 €) auparavant. Une fois obtenue, cette autorisation est valable pour plusieurs séjours au Royaume-Uni, d’une durée maximale de 6 mois par voyage, pendant deux ans, ou jusqu’à l’expiration du passeport du titulaire.
Le détail qui surprend le plus les familles reste souvent celui-ci : les enfants et nourrissons doivent aussi posséder leur propre ETA, chacun lié à un passeport individuel, un point que beaucoup de familles découvrent au dernier moment. Pour un couple avec deux enfants partant à Londres pour trois jours, la facture grimpe ainsi mécaniquement, sans compter le temps d’anticipation à prévoir. Et attention, l’ETA n’est pas un blanc-seing : elle n’est pas un visa et ne garantit pas l’entrée au Royaume-Uni, la décision finale revenant aux agents de la Border Force à l’arrivée.
Le passeport, déjà une première rupture depuis le Brexit
Ce nouveau frein administratif s’ajoute à une évolution plus ancienne, souvent oubliée par ceux qui n’ont pas traversé la Manche depuis quelques années. La carte nationale d’identité, longtemps suffisante pour filer à Londres un vendredi soir, ne fonctionne plus. À compter du 1er octobre 2021, la seule carte nationale d’identité ne permet plus de voyager au Royaume-Uni, un passeport en cours de validité étant nécessaire. Cette règle a marqué la vraie fin de l’insouciance post-Interrail pour toute une génération de Français habitués à improviser leurs virées britanniques.
Il existe heureusement des exceptions, notamment pour certains résidents disposant d’un statut particulier au Royaume-Uni, ou pour les groupes scolaires. Depuis le 28 décembre 2023, les élèves jusqu’à 18 ans inclus scolarisés dans un établissement reconnu par l’Éducation nationale peuvent voyager au Royaume-Uni dans le cadre d’un voyage scolaire, munis d’une carte nationale d’identité, et sont temporairement exemptés de l’obligation d’ETA. Mais pour l’immense majorité des voyageurs individuels, l’équation s’est complexifiée en quelques années : passeport obligatoire, puis ETA obligatoire, puis hausse des tarifs. Trois strates de contraintes qui, cumulées, effacent définitivement l’image d’un Royaume-Uni aussi accessible qu’une destination du marché unique.
Et au retour, la Manche n’est pas plus simple à franchir
La friction ne s’arrête pas à l’aller. Depuis le 10 avril 2026, l’Union européenne applique de son côté un nouveau système de contrôle biométrique aux frontières extérieures de l’espace Schengen, l’EES. Ce système est progressivement déployé aux points de passage frontaliers, pour être pleinement opérationnel d’ici le 10 avril 2026, et il concerne notamment les voyageurs britanniques qui entrent en France, désormais considérés comme ressortissants d’un pays tiers depuis le Brexit. Le déploiement se fait progressivement à travers les différents points de passage frontaliers, incluant ceux avec le Royaume-Uni, notamment pour les trajets Eurostar, Shuttle et ferries.
Ce nouveau maillage biométrique n’a pas démarré sans accroc. Début juillet 2026, la présidente de la Commission européenne elle-même a reconnu des ratés dans le dispositif : Ursula von der Leyen admet qu’il y a « encore beaucoup à faire » pour mettre fin aux problèmes liés aux nouveaux contrôles automatisés. En cause notamment, la prise d’empreintes digitales lors du premier passage, plus longue que l’ancien coup de tampon. En France, le syndicat des policiers aux frontières estime que cet enrôlement initial prend en moyenne deux minutes par voyageur, soit environ six fois plus que le tampon manuel qu’il remplace. Résultat concret pour un Français prenant l’Eurostar à Paris Gare du Nord ou un ferry à Calais : les files s’allongent, notamment aux heures de pointe estivales, même si le contrôle biométrique concerne en priorité les voyageurs britanniques et non les citoyens de l’UE.
Un détail mérite d’être glissé pour ceux qui chercheraient une échappatoire : l’Irlande, elle, reste hors de ce nouveau régime. L’Irlande du Nord appartient au Royaume-Uni et applique donc les mêmes règles que Londres ou Manchester, tandis que la République d’Irlande fait partie de l’Union européenne et ne demande aucune ETA. un Parisien voulant encore céder à une envie de dernière minute sans formalité particulière trouvera plus simplement son bonheur à Dublin qu’à Londres, ce qui en dit long sur la manière dont le Brexit a redessiné, presque discrètement, la carte des voyages spontanés en Europe.
Sources : eta-uk.fr | uk.diplomatie.gouv.fr