Un tampon d’immigration qui ne dit plus la même chose qu’avant : c’est la mésaventure qui guette des milliers de voyageurs français à Bangkok, Phuket ou Chiang Mai. À partir du 15 septembre 2026, la durée autorisée sans visa en Thaïlande sera ramenée de 60 à 30 jours pour les voyageurs en provenance de 60 pays et territoires, dont la France, la Belgique et la Suisse. Fini les deux mois consécutifs planifiés sans y penser deux fois. Ceux qui, comme beaucoup de vacanciers habitués au pays, réservaient un aller-retour calé sur 60 jours pleins vont devoir revoir leur copie, et vite.
À retenir
- Un changement d’exemption de visa annoncé à peine deux semaines avant son entrée en vigueur
- Les autorités dénoncent les visa runs, le travail illégal et les faux résidents exploitant la brèche
- Une prolongation de 30 jours supplémentaires reste possible sur place pour environ 50 euros
Un changement confirmé au dernier moment
La nouvelle est tombée fin août, sans grand battage médiatique côté thaïlandais. Le ministère de l’Intérieur a publié le 31 août 2026 dans la Gazette royale les quatre règlements modifiant les conditions d’entrée des voyageurs étrangers, des textes qui figurent dans le volume 143, numéro spécial 207 Ngor. Quinze jours plus tard, la nouvelle règle s’applique. Un délai serré pour s’organiser, mais qui correspond à la procédure administrative classique en Thaïlande une fois un texte publié au journal officiel.
Bonne nouvelle pour les voyageurs déjà sur place ou en partance imminente : les personnes entrées avant cette date conserveront la durée de 60 jours qui leur a été accordée au passage de l’immigration. si vous atterrissez à Bangkok le 14 septembre au soir, vous gardez vos deux mois complets. Un jour plus tard, c’est une autre histoire. Un Français qui arrive en Thaïlande le 10 septembre 2026 reste soumis à la réglementation en vigueur au moment de son arrivée et peut donc bénéficier du séjour de 60 jours, sous réserve des conditions d’entrée habituelles.
Ce recul n’est pas une surprise totale pour qui suivait le dossier depuis le printemps. Dès février 2026, le gouvernement thaïlandais avait annoncé son intention de réviser le régime d’exemption de visa de 60 jours, invoquant des détournements du dispositif, avant que le ministre des Affaires étrangères Sihasak Phuangketkeow n’annonce en mars qu’une proposition de réduction à 30 jours serait soumise au gouvernement. Le cadre révisé a finalement été approuvé par le Cabinet thaïlandais le 19 mai 2026, avant sa formalisation définitive cet été.
Pourquoi Bangkok resserre la vis
L’exemption de 60 jours, introduite en 2024 pour relancer un secteur touristique fragilisé par la pandémie, a fini par produire des effets indésirables aux yeux des autorités. Le gouvernement justifie cette réforme par un besoin de mieux encadrer les usages détournés de l’exemption de visa, pointant notamment la pratique des visa runs, l’utilisation de séjours prolongés pour monter des sociétés-écrans ou exercer une activité non déclarée, ainsi que certains cas d’activités illégales facilitées par la durée généreuse du dispositif. Un constat partagé par les professionnels du secteur : l’Association thaïlandaise des agences de voyages avait exprimé des inquiétudes sur le nombre croissant d’étrangers travaillant ou faisant des affaires illégalement dans le pays, tandis que l’Association thaïlandaise des hôtels pointait la longue période sans visa comme facteur aggravant de la location illégale de condominiums à des étrangers.
Il y a aussi, en toile de fond, une dimension économique. La mesure intervient alors que la fréquentation touristique du pays reste inférieure aux objectifs fixés pour 2026, une conjoncture qui a nourri plusieurs mois de discussions avant l’adoption définitive du texte. Le tourisme pèse lourd dans l’économie thaïlandaise, deuxième économie de la région, et le gouvernement cherchait un objectif ambitieux : le tourisme reste un moteur clé de son économie, avec un objectif de dépasser les 40 millions d’arrivées de touristes étrangers, un record qui dépasserait celui établi en 2019. Réduire les séjours longs et flous permettrait, selon Bangkok, de mieux distinguer le touriste classique du résident déguisé, sans pour autant fermer la porte aux visiteurs de courte durée.
Ce qui change vraiment pour un voyage classique
Rassurez-vous si vous partez trois semaines à Krabi ou Chiang Mai : rien ne bouge dans votre quotidien de voyageur. Pour un séjour touristique classique de deux à trois semaines, cette réforme ne change rien à l’expérience du voyageur : passeport valide au moins six mois, Thailand Digital Arrival Card à remplir en ligne dans les 72 heures précédant l’arrivée, et éventuellement un billet de sortie du territoire suffisent toujours. C’est surtout pour les voyageurs qui avaient pris l’habitude d’enchaîner deux mois complets sans démarche que le changement se fait sentir : au-delà de 30 jours, il faudra désormais soit demander l’extension sur place, soit envisager un visa touristique classique dès la préparation du voyage.
La bonne nouvelle, c’est que la prolongation reste possible, moyennant un peu de paperasse et quelques billets. Vous avez toujours, heureusement, la possibilité de prolonger votre visa de 30 jours supplémentaires, en vous rendant au bureau de l’immigration, moyennant la modique somme de 1.900 bahts, soit environ 50 euros. Ce qui ramène, dans les faits, le séjour maximal sans démarche préalable à 60 jours et non plus 90. À partir du 15 septembre 2026, cela signifie une exemption de 30 jours plus 30 jours, pour un maximum d’environ 60 jours par entrée. Un détail qui change tout pour ceux qui enchaînaient traditionnellement îles du Sud et montagnes du Nord sur un seul et même séjour sans passer à l’immigration.
Pour les profils plus installés, retraités, télétravailleurs ou porteurs de projets durables, d’autres voies restent ouvertes. Le visa DTV, pensé pour les nomades numériques, permet des séjours nettement plus longs : jusqu’à 180 jours par entrée, renouvelable pour 180 jours supplémentaires, moyennant un justificatif de fonds d’au moins 500 000 bahts. Une option à anticiper bien avant le départ, puisqu’elle nécessite une demande formelle, contrairement à l’exemption qui s’obtenait jusqu’ici en un simple coup de tampon.
Reste un détail qui a son importance pour les habitués des longs séjours en Asie du Sud-Est : la Thaïlande n’en est pas à son premier revirement sur cette question. Le pays était déjà passé de 30 à 60 jours en 2024 pour doper la fréquentation post-Covid, avant de faire machine arrière deux ans plus tard face aux abus constatés. Un cycle qui rappelle que les règles d’entrée, aussi stables paraissent-elles, restent suspendues à des arbitrages politiques et économiques qui peuvent se retourner d’une saison à l’autre. Mieux vaut donc vérifier la réglementation en vigueur à quelques jours du départ plutôt que de se fier à son dernier voyage.
Sources : air-journal.fr | thailande-fr.com | demarches-thailande.com