« Je croyais que la règle des 100 ml était finie » : pourquoi vos liquides acceptés à l’aller peuvent être confisqués au retour

Vous avez embarqué à Rome ou à Londres avec votre bouteille de vin d’un litre glissée sans souci dans le bagage cabine, scanner 3D oblige. Mais au retour, dans un aéroport resté à l’ancienne technologie, le même flacon finit à la poubelle du poste de contrôle. Ce scénario, loin d’être anecdotique, découle d’un déploiement des nouveaux scanners à imagerie 3D qui avance à des vitesses radicalement différentes selon les pays, les aéroports, et parfois même selon les couloirs d’un même terminal.

À retenir

  • Les scanners 3D révolutionnent les contrôles aéroportuaires, mais leur déploiement crée un patchwork de règles incompréhensibles
  • Heathrow et d’autres grands aéroports autorisent désormais jusqu’à 2 litres de liquides, tandis que Paris-CDG reste à la règle des 100 ml
  • Le vrai piège : un voyage retour depuis un aéroport aux anciennes normes signifie la confiscation de vos liquides, même achetés légalement à l’aller

Une règle vieille de vingt ans, une technologie qui la rend obsolète… par endroits

La limite des 100 ml par contenant, glissés dans un sac plastique transparent d’un litre, ne date pas d’hier. La restriction sur les liquides en cabine a été introduite en août 2006, à la suite d’un incident de sécurité majeur découvert au Royaume-Uni. Depuis, ce rituel du sachet Ziploc fait partie du folklore aéroportuaire, au même titre que le retrait des chaussures ou de la ceinture.

Ce qui change aujourd’hui, c’est l’arrivée de scanners à tomographie informatisée, capables de reconstituer une image en trois dimensions du contenu d’un bagage. Depuis 2022, l’Union européenne a autorisé les aéroports équipés de scanners à imagerie 3D (technologie C-EDS ou EDSCB) à lever la restriction sur les liquides, ces appareils permettant d’analyser le contenu d’un bagage avec une précision bien supérieure aux anciens scanners 2D, et d’identifier la composition chimique des liquides, y compris les explosifs potentiels. Concrètement, plus besoin de sortir sa trousse de toilette ni son ordinateur portable : la machine voit tout, sans manipulation.

Le chemin n’a pourtant pas été linéaire. En 2023 et 2024, plusieurs aéroports européens avaient assoupli leurs règles grâce à ces scanners de nouvelle génération, avant que les autorités ne jugent ces dispositifs encore trop peu fiables dès septembre 2024, entraînant le retour aux flacons miniatures et aux sacs plastiques. Un vrai retour en arrière, qui a semé la confusion chez des millions de voyageurs persuadés que la contrainte avait disparu pour de bon.

Le Royaume-Uni en tête, la France encore à la traîne

Depuis, la situation s’est débloquée, mais très inégalement. Le cas le plus spectaculaire reste celui de Londres. Depuis le 23 janvier 2026, passer les contrôles de sécurité à Heathrow est beaucoup plus fluide grâce au déploiement complet de nouveaux scanners de type CT, permettant aux voyageurs d’emporter des liquides d’une capacité jusqu’à 2 litres, au lieu de la restriction des 100 ml habituels. Une bascule totale, terminal par terminal, qui fait figure de vitrine pour le reste de l’Europe.

Mais Heathrow n’est pas un cas isolé. Outre Heathrow, les restrictions ont été levées à l’aéroport de London City, à Gatwick, sur certaines voies, tandis qu’en Europe continentale, un feu vert a été donné à Dublin, Malte, Cracovie, Cluj, Billund, Vilnius et Kaunas. À Prague et à Poznań, la règle s’assouplit déjà elle aussi, puisque les contenants de plus de 100 ml, jusqu’à 2 litres, y sont déjà autorisés.

En France, le tableau est bien plus prudent. La règle des 100 ml reste en vigueur en 2026, bien que les aéroports de Paris-CDG et Orly soient équipés de scanners CT, et la DGAC n’a pas encore annoncé de calendrier de levée des restrictions. Le problème n’est pas seulement réglementaire, il est aussi logistique : équiper un terminal entier prend du temps, sans jamais interrompre le trafic. En France, Orly et Roissy n’en possèdent qu’une dizaine, un nombre insuffisant pour équiper tout un terminal, le fournisseur prévoyant d’en installer une quarantaine supplémentaire à Paris mais cela prendra deux ans, car on ne peut pas fermer tout un terminal du jour au lendemain, explique un responsable de Smiths Detection, l’un des fabricants de ces scanners. Résultat : à Paris comme à Marseille, les anciennes méthodes de contrôle cohabitent encore largement avec les nouvelles machines, couloir par couloir.

Chez nos voisins germanophones, le tableau est tout aussi disparate. À Francfort, la limite de 2 litres n’est en vigueur que sur 40 des 160 voies, des scanners sont disponibles à Munich et à Berlin mais une annonce officielle est attendue, tandis que Vienne et Zurich visent une libéralisation complète d’ici l’été 2026. dans un seul et même aéroport, deux passagers peuvent vivre une expérience totalement différente selon le couloir de sécurité qu’ils empruntent.

Le piège du vol retour : pourquoi votre bouteille peut être saisie

C’est là que se niche le vrai risque pour les voyageurs. La règle qui s’applique dépend de l’équipement de chaque aéroport traversé, pas d’une politique nationale unique ni du trajet dans son ensemble. Si vous partez d’un aéroport moderne avec une bouteille de vin d’un litre, mais que votre vol retour part d’un aéroport équipé d’anciens scanners, comme beaucoup de petits aéroports saisonniers ou ceux qui n’ont pas encore été modernisés, votre bouteille sera confisquée.

Le mécanisme de confiscation reste d’ailleurs le même partout où l’ancienne règle s’applique encore. Les bouteilles pleines dépassant 100 ml sont confisquées au point de contrôle, tandis qu’une bouteille vide peut en revanche être emportée et remplie une fois passé le contrôle. Pas d’amende à la clé, rassurez-vous, mais la perte sèche du produit et une file d’attente qui s’allonge pour tout le monde. L’agent de sécurité vous proposera généralement de le jeter ou de le placer en soute si vous avez un bagage en soute, et si vous refusez, il sera confisqué : il n’y a pas de pénalité financière, mais cela peut ralentir votre passage au contrôle.

Il y a quelque chose d’assez révélateur dans cette transition en dents de scie : l’Europe avance vers une harmonisation technique, mais chaque État membre garde la main sur le calendrier d’application, un peu comme pour le passage à l’euro numérique ou la 5G, où les infrastructures précèdent souvent la réglementation. Cela crée, de fait, une carte à deux vitesses que le voyageur doit apprendre à lire lui-même.

Les bons réflexes avant de faire son sac

La prudence reste donc la meilleure alliée. Si votre escale de correspondance ou votre aéroport de retour n’est pas encore doté des nouveaux scanners, vous retomberez sous le coup des anciennes restrictions, et en cas de doute, une consultation rapide du site officiel de l’aéroport vous évitera bien des désagréments au moment de l’embarquement. Un réflexe simple à adopter avant chaque départ, aller comme retour, surtout en cas de correspondance dans un aéroport différent.

Un détail rassure malgré tout les voyageurs les plus organisés : les produits solides ne sont pas considérés comme des liquides et ne font l’objet d’aucune restriction de volume en cabine. Shampoing solide, déodorant en stick ou dentifrice en pastilles échappent donc entièrement à ce casse-tête, quel que soit l’aéroport. Une astuce qui, en attendant une harmonisation européenne complète, évite bien des sacrifices à l’arrivée comme au départ.