Depuis le 2 février 2026, il faut sortir deux euros pour poser un pied sur les marches qui mènent au bassin de la fontaine de Trevi, à Rome. Seuls les touristes descendant les marches pour s’approcher du bassin doivent s’acquitter d’une entrée à 2 euros, la place offrant une vue d’ensemble restant libre d’accès. la photo depuis le trottoir ne coûte rien. Celle prise les pieds presque dans l’eau, si.
La différence tient à quelques marches en pierre, celles qui séparent la place de Trevi du niveau du bassin proprement dit. En haut, la vue reste large, gratuite, ouverte à tous. En bas, la mairie de Rome a installé des tourniquets et des agents qui contrôlent les billets. C’est cette bascule, minuscule en distance mais symbolique en principe, qui a fait couler le plus d’encre depuis l’annonce de la mesure.
À retenir
Un ticket de 2 € est obligatoire pour descendre les marches menant au bassin depuis février 2026
La mairie de Rome estime récolter 6 à 20 millions d’euros annuels pour financer l’entretien et la surveillance
L’accès redevient entièrement gratuit après 22 heures chaque jour
Pourquoi Rome a décidé de faire payer sa fontaine la plus célèbre
La fontaine de Trevi, joyau baroque achevé en 1762, attire chaque année plus de dix millions de visiteurs. Un chiffre qui donne le vertige pour un monument installé au cœur d’un quartier aux ruelles étroites. Une phase d’expérimentation menée sur un an, entre décembre 2024 et décembre 2025, a permis de mesurer des afflux dépassant 10 millions de visiteurs, avec environ 30 000 accès quotidiens et des pointes à 70 000. Ce sont ces pics qui ont fini par convaincre la municipalité d’agir.
La mesure vise deux objectifs affichés : désengorger l’espace et financer l’entretien du site. Cette mesure, destinée à limiter le « surtourisme » et à financer l’entretien du monument, ne concerne que les visiteurs qui descendent les marches en pierre pour se rapprocher du bassin. L’adjoint au tourisme Alessandro Onorato, porteur du projet, a balayé les critiques sur le prix avec une comparaison qui a fait le tour des rédactions. «Si la fontaine de Trevi se trouvait à New York, ils auraient demandé 100 euros, pas deux», a-t-il lancé face aux touristes mécontents.
Les habitants de Rome et de sa métropole restent exemptés, sur simple présentation d’une carte d’identité. Les enfants de moins de six ans aussi, comme les personnes en situation de handicap accompagnées, et les guides touristiques munis de leur carte professionnelle.
Un cas révélateur : le handicap qui empêche d’accéder gratuitement
La gratuité pour les personnes handicapées existe sur le papier. Dans les faits, elle suppose de pouvoir descendre les marches par ses propres moyens. Les personnes handicapées peuvent accéder gratuitement au bassin, à condition de pouvoir descendre les marches, ce qui n’est pas le cas de Mattia qui, contrairement aux autres participants à son voyage scolaire, n’a pas pu s’approcher de la fontaine. Un détail d’aménagement qui vide la mesure de sens pour une partie du public qu’elle prétend protéger.
D’autres visiteurs ont trouvé une parade plus espiègle pour respecter la tradition du vœu sans payer l’entrée. Des touristes qui n’avaient pas payé leur billet ont profité d’un moment d’inattention d’un steward pour jeter leurs pièces à distance, applaudissant lorsqu’elles tombaient dans l’eau. La fontaine de Trevi reste, après tout, le décor où l’on jette une pièce en tournant le dos, en espérant revenir un jour à Rome. Ce rituel-là, personne ne l’a mis à l’amende.
Ce que rapporte réellement le ticket à deux euros
Les estimations de recettes varient selon les sources. La mairie évoquait initialement un montant plus modeste. La mairie estime que ce système pourrait rapporter au moins six millions d’euros par an, a déclaré aux journalistes Alessandro Onorato, conseiller municipal chargé du tourisme à Rome. D’autres relais de presse italienne évoquaient une fourchette bien supérieure au moment de l’annonce du projet, autour de vingt millions d’euros annuels selon des estimations reprises par le Corriere della Sera.
L’argent doit financer l’entretien du monument, mais aussi la surveillance des flux. La recette générée sera réinvestie dans la gestion de la zone, notamment pour recruter du personnel chargé de surveiller les points d’accès et les flux de visiteurs. Un budget qui reste modeste comparé à la fréquentation du site : à raison de deux euros par personne, il faudrait des millions de billets vendus chaque année pour atteindre les montants annoncés, ce qui donne une idée de l’ampleur du flux touristique concentré sur quelques centaines de mètres carrés.
Les horaires d’ouverture du périmètre payant sont calés sur l’affluence attendue. L’area interna du monument est visitable tous les jours de 9h à 22h, à l’exception du vendredi où l’horaire d’accès est légèrement réduit, de 11h30 à 22h, avec un dernier accès toujours à 21h. Passé cette heure, plus besoin de billet.
Après 22h, l’accès redevient libre pour tous. C’est là le paradoxe le plus savoureux de cette réforme : la nuit venue, la fontaine la plus surveillée de Rome redevient, pour quelques heures, un bien commun total. Les touristes qui refusent de payer l’ont bien compris, et certains attendent la fermeture de la billetterie pour s’approcher enfin du bassin, sans caissier ni tourniquet entre eux et Neptune.