À Cala d’en Serra, pas de transats alignés au coude à coude, pas de musique lounge en fond sonore, pas de vendeurs ambulants qui slaloment entre les serviettes. Cette crique nichée à l’extrême nord d’Ibiza, dans la commune de Sant Joan de Labritja, reste étonnamment tranquille en plein mois d’août. La raison tient en un mot : l’accès. C’est une petite crique au pied d’une falaise dans un cadre de pins et de genévriers, tranquille et agréable, où le dernier tronçon est une piste caillouteuse qui n’est pas adaptée à tous les types de véhicules.
Pendant que les foules se pressent à Ses Salines, cette plage mythique du sud de l’île où cette étendue de sable blanc fait partie intégrante du Parc Naturel de Ses Salines et attire chaque été habitants et visiteurs du monde entier grâce à son ambiance unique, le nord ibicenco garde ses secrets. Certains sites vont jusqu’à parler d’une plage où l’on croise parfois des visages connus, tant l’endroit est couru. Rien de tel à Cala d’en Serra, où le principal bruit ambiant reste celui des vagues et, parfois, celui d’un scooter qui négocie prudemment la descente.
À retenir
- Une piste d’accès caillouteuse qui décourage les voitures classiques et les touristes pressés
- Zéro beach club, zéro transats alignés : juste l’essentiel pour survivre
- Pendant que le sud d’Ibiza explose, le nord joue un jeu totalement différent
Une géographie qui décourage les foules
Cala d’en Serra se trouve à environ 6,9 kilomètres au nord du village de Sant Joan de Labritja, et à 2,4 kilomètres à l’est de la station balnéaire de Portinatx. Autant dire qu’on est loin des axes touristiques qui relient l’aéroport aux plages du sud ou aux boîtes de nuit de la côte ouest. Pour s’y rendre, il faut d’abord traverser Portinatx, puis emprunter une route secondaire indiquée, avant de tomber sur une piste qui, elle, ne pardonne rien aux voitures basses de gamme.
Plusieurs témoignages de voyageurs convergent sur ce point : la crique est indiquée depuis Portinatx, environ dix minutes de voiture, et une piste en bon état permet de la rejoindre avec un petit parking, mais le chemin final n’est pas accessible en voiture, en raison d’une forte pente et d’un chemin en sable, et doit être fait à pied. Ce dernier tronçon, aussi court soit-il, suffit à décourager une bonne partie des touristes pressés, ceux qui privilégient les plages où l’on gare la voiture à cinquante mètres du sable.
Un avis publié sur une plateforme d’avis résume bien l’expérience : après un chemin très pentu, la plage se révèle sauvage côté accès, mais équipée avec un restaurant et des locations de matelas, même perdue au nord d’Ibiza. Un paradoxe presque touchant : même dans ce coin reculé, un petit bar accueille les marcheurs courageux. Il y a un bar typique où l’on peut déguster des pommes de terre et quelques crevettes à des prix abordables, mais rien de comparable aux beach clubs du sud.
Ni transats à perte de vue, ni beach clubs
La comparaison avec Ses Salines est frappante quand on s’attarde sur les infrastructures. Au sud, la plage est tout équipée avec des transats, des douches, des boutiques et une surveillance pour la baignade, et plusieurs beach clubs y proposent cocktails et musique relaxante directement depuis le transat. Rien de tel à Cala d’en Serra, où les services se limitent à l’essentiel. Le dernier tronçon reste une piste rugueuse non adaptée à tous les types de véhicules, et la plage comprend simplement des toilettes chimiques.
Cette sobriété n’est pas un oubli, c’est presque une politique de fait. Sans parking directement sur la plage, sans restaurant élaboré, sans location de matelas à chaque coin de crique, l’endroit filtre naturellement sa fréquentation. Ceux qui viennent jusqu’ici savent qu’ils devront porter leur propre glacière, leur parasol, et parfois leurs enfants sur les derniers mètres de sable meuble. Un avis de voyageur confirme l’ambiance générale du lieu : loin de la foule, c’est un lieu très calme, et la plage est recouverte de sable fin, avec de superbes roches et des algues à observer.
Ses Salines, à l’inverse, mise sur l’accessibilité comme argument touristique. Dans cette zone protégée, les parkings sont payants mais bien aménagés, et les accès à la plage se font par des passerelles en bois, pensées pour absorber un flux massif de visiteurs. Le revers de cette facilité se paie cash en pleine saison : en haute saison, le parking arrive rapidement à saturation, obligeant parfois à improviser des places de fortune sur les bas-côtés, ce qui peut nuire au côté sauvage de la région.
Le nord, dernier refuge d’une île saturée
Le contraste entre les deux extrémités de l’île n’est pas propre à Cala d’en Serra. D’autres criques du nord jouent la même carte de l’isolement volontaire. Cala Xuclar, sa voisine immédiate, se cache elle aussi dans un décor de falaises abruptes, loin des grands axes. Plus à l’ouest, du côté de Sant Antoni, Cala Saladeta applique une logique similaire, quoique différente dans ses modalités : on ne peut pas y garer sa voiture directement, et en haute saison la circulation y est régulée avec une route bloquée dans la journée, cette petite crique n’ayant ni beach club, ni restaurants, ni infrastructure.
Ce type de régulation, qu’elle soit organisée par les autorités ou simplement imposée par le relief, dessine une carte à deux vitesses sur l’île blanche. D’un côté, des plages hyper équipées, gérées comme de véritables destinations balnéaires avec parkings payants, bus dédiés et beach clubs identifiables de loin. De l’autre, des criques qui résistent presque malgré elles, protégées par leur propre géographie plus que par une quelconque volonté de préservation écologique affichée.
Pour le visiteur qui prépare son mois d’août, la leçon est limpide : chercher une crique tranquille sur l’île revient souvent à chercher, avant tout, un accès compliqué. Chaussures de marche recommandées, prévoir de l’eau et un peu de patience dans la descente, et laisser la voiture climatisée pour les plages qui, elles, jouent le jeu du tourisme de masse. À Ibiza, la tranquillité ne se négocie plus en euros au mètre carré de serviette : elle se gagne à la sueur du mollet, sur une piste de sable qui décourage déjà, chaque été, un bon paquet de vacanciers pressés.
Sources : inspain.org | espagne.plages.tv