De plus en plus de voyageurs ne paient plus leur connexion à l’étranger, et la raison se cache dans leur appli Transavia

Quatre-vingt-dix pour cent des passagers aériens déclarent ressentir une forme d’anxiété pendant leur voyage, selon Amadeus. Parmi les sources de stress les plus fréquentes : ne pas savoir si l’on sera connecté à l’atterrissage. Transavia France vient de décider de s’attaquer frontalement à ce problème, en s’associant avec Kolet, la start-up française spécialiste de l’eSIM, pour offrir deux jours d’internet mobile gratuit (jusqu’à 1 Go) à ses passagers dès leur arrivée à destination. Un geste commercial, certes, mais aussi le signal d’une transformation structurelle de l’offre des compagnies aériennes.

À retenir

  • Une compagnie aérienne française intègre une solution eSIM directement dans son application et son programme de fidélité
  • Les utilisateurs reçoivent 1 Go de données gratuites activées automatiquement à l’arrivée, sans changement de carte physique
  • Un taux de conversion de 60% vers les offres payantes révèle comment les voyageurs adoptent massivement cette technologie

La connectivité devient un service comme le bagage en soute

Le partenariat est simple dans sa mécanique : les passagers Transavia France reçoivent l’offre Kolet à plusieurs étapes clés de leur parcours, site web, emails de confirmation et de pré-départ, application mobile, et via un espace co-brandé Transavia x Kolet. L’eSIM s’installe depuis les paramètres du smartphone, sans changer de carte physique, et s’active automatiquement à l’atterrissage. L’installation se fait en moins de 2 minutes, avant le départ, et le forfait s’active automatiquement à l’arrivée.

Ce qui distingue l’offre d’une simple promotion, c’est son intégration dans le programme de fidélité Flying Blue. Les passagers peuvent régler leurs recharges en Miles ou en cumuler : pour chaque euro dépensé avec Kolet, les membres gagnent 10 Miles Flying Blue. La connectivité mobile entre ainsi dans la même logique de récompense que les achats de billets ou de services à bord. Difficile de nier que c’est une évolution de fond dans la façon dont une compagnie conçoit son produit.

Aujourd’hui, 70 % des gens mettent leur téléphone en mode avion quand ils sont à l’étranger, alors que la première chose dont on a besoin dès l’arrivée dans un pays, c’est de commander son taxi, utiliser Google Traduction, avoir des infos sur son restaurant, ouvrir une carte. Cette observation, formulée par Anne-Carole Cöen, cofondatrice de Kolet, résume mieux que n’importe quel tableau de bord le problème que ce partenariat cherche à résoudre.

Kolet, une start-up lancée en 2024 qui enchaîne les partenariats stratégiques

Fondée en 2024 par quatre entrepreneurs, Eduardo Ronzano, Anne-Carole Cöen, Jérémy Gotteland et Mehdi Chraibi, Kolet est devenu un acteur émergent du marché eSIM. Sa croissance repose sur un modèle B2B2C : plutôt que de vendre directement au grand public en se battant contre des géants comme Airalo ou Holafly, la start-up s’intègre dans les parcours des acteurs du voyage eux-mêmes. Actuellement, les 500 000 utilisateurs de Kolet se répartissent à 50 % en B2C et 50 % en B2B2C.

Kolet - Photo officielle

La stratégie porte ses fruits. Avant AXA, l’entreprise avait déjà conclu des accords stratégiques avec des compagnies aériennes telles qu’Air France-KLM, Singapore Airlines et Vietnam Airlines, ainsi qu’avec des plateformes de voyage. Le partenariat avec Transavia France s’inscrit donc dans une séquence déjà bien rodée. L’offre de 1 Go de données gratuites permet aux voyageurs de tester le service sans aucun risque, et plus de 60 % d’entre eux continuent ensuite sur une offre payante. Un taux de conversion qui explique pourquoi des compagnies acceptent de distribuer de la connectivité gratuite à leurs passagers.

Les gigas restants sont réutilisables pour le prochain voyage, ce qui renforce la fidélisation sur le long terme plutôt que de créer un simple effet d’aubaine ponctuel. Souscrire à ce produit coûte entre 20 et 30 % moins cher qu’un forfait international business classique, ce qui donne à l’offre une proposition de valeur concrète au-delà du marketing.

Un marché eSIM qui s’emballe, et des compagnies aériennes qui prennent position

Le marché mondial de l’eSIM pour le voyage était évalué à 1,6 milliard de dollars en 2025, avec des projections à 4,07 milliards de dollars d’ici 2035, soit un taux de croissance annuel composé de 9,79 %. Ces chiffres dessinent un secteur en pleine structuration, où les compagnies aériennes qui s’intègrent dès maintenant se donnent une longueur d’avance sur celles qui resteront simples transporteurs.

Kolet - Photo officielle

Le tourisme international est devenu le deuxième moteur de croissance de l’eSIM, plus de la moitié des utilisateurs eSIM l’activant pour la première fois en voyage. Le vol est donc le moment idéal pour déclencher cette adoption. En plaçant Kolet dans les emails de pré-départ et dans son application, Transavia ne se contente pas d’offrir un service : elle capte ses passagers à l’instant précis où leur intention d’achat est la plus forte.

La concurrence dans le secteur des eSIM voyage s’est durcie. Le marché des eSIM internationales s’est structuré ces deux dernières années : les opérateurs sont désormais des dizaines, les offres se multiplient et les prix ont baissé. Airalo, Holafly, Nomad, Truely ou encore Saily enregistrent une croissance spectaculaire, Airalo dominant le marché. Face à cet écosystème très fragmenté, le choix de s’ancrer dans le parcours d’une compagnie aérienne constitue pour Kolet une barrière à l’entrée que ses concurrents ne peuvent pas répliquer à l’identique.

Ce que cela change pour le voyageur français

Concrètement, un passager Transavia France qui part en vacances au Maroc, en Grèce ou en Turquie n’a plus besoin de chercher une boutique SIM locale à l’aéroport, ni de payer les tarifs hors-forfait de son opérateur français hors Union Européenne. Même pas besoin de changer sa carte SIM, l’eSIM fonctionne en parallèle. Les deux premiers jours de connexion sont offerts, jusqu’à 1 Go, ce qui couvre largement l’arrivée, le trajet vers l’hôtel et les premières heures sur place.

Pour les utilisateurs de Flying Blue, l’équation devient encore plus intéressante : les miles accumulés sur des billets d’avion peuvent désormais payer la connexion mobile lors du prochain séjour. C’est une circularité nouvelle dans les programmes de fidélité aériens, qui dépassent pour la première fois le périmètre habituel des billets, bagages et surclassements.

En Europe, les utilisateurs ont déjà accès à une couverture internet comprise dans leur forfait dans la grande majorité des pays, d’où l’intérêt de se concentrer principalement sur les compagnies aériennes opérant des vols hors UE. Or Transavia France dessert massivement le bassin méditerranéen et l’Afrique du Nord, précisément les destinations où le roaming classique devient coûteux et imprévisible. Le timing de ce partenariat est loin d’être anodin.

Un dernier chiffre pour mesurer l’ampleur de ce qui se joue : 80 % des Français désactivent systématiquement leurs données mobiles à l’étranger pour éviter les factures surprises. Si les compagnies aériennes parviennent à faire de la connectivité mobile un service aussi naturel que la carte d’embarquement, ce réflexe du mode avion perpétuel pourrait bien disparaître dans les prochaines années.