« On allait en Grèce chaque été » : depuis qu’on a découvert cette riviera juste en face, on ne revient plus

Trente-cinq minutes de bateau depuis Corfou, et le décor change du tout au tout. Même mer Ionienne, même lumière dorée de fin d’après-midi, mais les prix chutent de moitié et les plages se vident d’un coup. C’est la promesse tenue par la Riviera albanaise, cette bande côtière qui va de Vlorë à Sarandë, juste en face des îles grecques que des générations de vacanciers français ont arpentées sans jamais tourner la tête vers l’autre rive.

Sarandë en est la porte d’entrée la plus évidente. cette station balnéaire du sud de l’Albanie présente l’avantage d’être située juste en face de la Grèce, sur l’île de Corfou. Depuis le château de Lëkurësi qui surplombe la ville, le regard file sans effort jusqu’aux reliefs corfiotes. Le trajet en mer, lui, ne demande aucun effort particulier : des ferries quotidiens relient le port de Sarandë à Corfou en 30 minutes en version rapide, ou 1h15 en version lente, pour une vingtaine d’euros par personne. De quoi transformer un simple séjour grec en une escapade à deux pays, sans même changer de valise.

À retenir

  • Une destination balnéaire à deux vitesses : pourquoi la côte d’en face change tout
  • Le secret qui circule trop vite : les chiffres de fréquentation montent en flèche
  • Trois villages, trois ambiances radicalement différentes séparées par quelques kilomètres seulement

Le grand écart des prix qui change tout

C’est là que le calcul devient imparable pour les voyageurs qui traquent le bon rapport qualité-prix. Les voyageurs dépensent en moyenne 53 euros par jour en Albanie, contre 90 à 130 euros en Grèce voisine, et une chambre en guesthouse familiale avec petit-déjeuner maison se négocie entre 30 et 50 euros la nuit. Une différence qui ne relève pas du folklore statistique : sur le terrain, un déjeuner complet pour quatre personnes revient parfois à peine plus cher qu’un plat unique côté grec. Un déjeuner pour quatre personnes peut coûter 35 euros au total, les restaurants et sorties étant nettement moins chers qu’en France.

Mais cette parenthèse tarifaire n’a rien d’éternel. L’hébergement, la restauration et les loisirs affichent déjà des hausses de 10 à 15 % selon les régions, particulièrement le long de la Riviera, signe que le secret circule déjà bien au-delà des cercles d’initiés. Les guesthouses familiales tenues par des locaux restent pourtant la martingale des voyageurs avisés : petit-déjeuner compris, accueil chaleureux garanti, et une addition qui n’a rien à voir avec celle d’un hôtel de bord de mer en Grèce.

Ksamil, Dhërmi, Himarë : trois visages d’une même côte

La Riviera albanaise n’a rien d’un long ruban uniforme. Chaque village y cultive sa propre identité, à quelques kilomètres de distance seulement. Ksamil, surnommée « les petites Maldives albanaises », fascine avec ses quatre îlots accessibles à pied depuis la plage et son eau cristalline, tandis que Dhërmi concentre l’énergie festive de la Riviera et Himarë conserve un caractère de village de pêcheurs encore authentique. Trois ambiances, trois vitesses de vacances, séparées par une route côtière qui serpente entre falaises et criques.

Entre Sarandë et Ksamil, la proximité géographique facilite les allers-retours. La côte albanaise du sud concentre deux noms qui reviennent systématiquement dans les discussions de voyageurs, Sarandë et Ksamil, deux destinations distantes de seulement 17 kilomètres mais qui offrent des expériences radicalement différentes. D’un côté l’énergie urbaine et les terrasses animées, de l’autre la plage parfaite et les couchers de soleil sur des îlots turquoise. Beaucoup de voyageurs finissent par trancher pour les deux, en enchaînant quelques jours dans chaque village plutôt que de choisir.

Le public a d’ailleurs commencé à changer. Longtemps réservée aux touristes albanais, kosovars et italiens, la zone voit désormais affluer une clientèle plus large. La clientèle mélange des Albanais en vacances internes, très nombreux, des Kosovars, quelques Italiens et un nombre croissant de Français depuis que la destination a commencé à circuler sur les réseaux. Un basculement encore timide comparé à l’ampleur du tourisme grec, mais qui dessine une tendance nette pour les étés à venir.

Une vague touristique déjà en marche

Les chiffres confirment ce que les habitués constatent sur le terrain depuis deux ou trois saisons. L’Albanie a enregistré une hausse de fréquentation de 80 % en 2024 selon l’Organisation mondiale du tourisme, et le premier trimestre 2025 a déjà vu arriver 1,6 million d’étrangers, soit 5 % de plus que l’année précédente, pour des recettes touristiques ayant franchi le cap des 874 millions d’euros sur ces trois seuls mois. Une trajectoire qui rappelle furieusement celle de la Croatie il y a une quinzaine d’années, avant que ses prix ne rejoignent ceux de l’Europe occidentale.

Le contraste avec la fréquentation grecque reste pourtant saisissant. Les îles grecques accueillent 14,71 millions de visiteurs par an, contre seulement 4,5 millions pour l’Albanie, malgré une croissance touristique de 34 % en 2024. même en pleine explosion, la Riviera albanaise reste loin de la saturation qui touche Santorin ou Mykonos en pleine saison. Cette marge de manœuvre explique pourquoi certains voyageurs y trouvent encore, l’été, des plages quasi désertes en juin, là où l’équivalent grec affiche complet dès l’aube.

Reste un détail pratique que peu de guides mentionnent avec précision : l’économie locale fonctionne encore largement en liquide. Loin des grands hôtels internationaux, mieux vaut prévoir des lek albanais en poche, les cartes bancaires n’étant pas systématiquement acceptées dans les guesthouses familiales ou les tavernes de village. Un petit rappel de l’authenticité qui, pour l’instant, fait tout le charme de cette côte encore à moitié secrète.