Le drone est dans la valise. L’excitation du voyage aussi. Et puis vient ce moment : la sortie du tapis roulant à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, le scanner à rayons X, et un agent des douanes qui lève la main. Votre appareil ne passera pas la frontière. Pas aujourd’hui, pas sans les bons papiers, et ces bons papiers, en tant que touriste, vous n’avez quasiment aucune chance de les obtenir.
C’est une mésaventure que vivent chaque année des centaines de voyageurs français, souvent totalement de bonne foi. Le Maroc est la première destination touristique d’Afrique, une terre de paysages spectaculaires qui semblent faits pour la photographie aérienne : les dunes de l’Erg Chebbi, les toits bleus de Chefchaouen, les ruelles de la médina de Fès. Le problème est simple : au Maroc, les drones sont interdits d’importation pour les touristes. Pas encadrés. Pas soumis à enregistrement. Interdits.
À retenir
- Les drones sont confisqués systématiquement à l’aéroport marocain, même les mini-drones de moins de 250 grammes
- Cette interdiction depuis 2015 s’applique de manière uniforme et stricte, contrairement aux règles souples de l’Europe
- Les amendes peuvent atteindre 2 000 euros et des poursuites judiciaires sont possibles si vous tentez de voler
Une loi ancienne, une application récente et très sérieuse
Depuis février 2015, l’importation de drones au Maroc est interdite sans autorisation préalable. Cette date est importante : elle précède largement l’explosion du marché des mini-drones grand public. Quand le DJI Mavic tient dans une poche de veste, la frontière entre « simple accessoire photo » et « engin réglementé » devient floue dans l’esprit du voyageur. Elle ne l’est pas dans celui des douaniers marocains.
Le gouvernement encadre l’utilisation des drones par un arrêté entré en vigueur en février 2015, afin de limiter les « risques sécuritaires et d’atteinte à la propriété et à la vie privée ». Il s’agit de l’arrêté n°386-15 du ministère du Commerce soumettant l’importation d’objets volants sans pilote à l’obtention préalable d’une licence. Ce texte, complété depuis, est appliqué de manière uniforme sur tout le territoire.
Depuis 2015, le Maroc applique un régime très strict sur les drones civils : l’importation, la commercialisation et l’usage des drones sont interdits par défaut, que ce soit pour le loisir, la photo, la vidéo ou une activité professionnelle. Concrètement, cela signifie que vous ne pouvez pas simplement arriver au Maroc avec votre drone et le faire voler comme en Europe. Le contraste avec le cadre européen, où un simple enregistrement en ligne suffit souvent pour les appareils légers, est saisissant.
Les raisons invoquées par Rabat sont doubles. Le gouvernement marocain cite principalement des raisons de sécurité nationale : les drones sont perçus comme des outils de surveillance non autorisés, capables de filmer des zones sensibles ou militaires. Avec la montée en puissance des mini-drones, il devient difficile de contrôler qui filme quoi. Des drones ont par ailleurs occasionnellement été utilisés pour transporter des marchandises illicites.
Ce qui vous attend concrètement à l’aéroport
Si vous apportez un drone, il sera détecté par des scanners à rayons X et confisqué à l’aéroport. Vous pourriez être contraint de payer des frais de stockage pour le récupérer au départ, ou dans de nombreux cas, il est saisi définitivement. Les agents de l’Administration des Douanes et Impôts Indirects (ADII) ne font pas de sentiment, quelle que soit la taille de l’appareil.
Il existe techniquement une option : la déclaration. Pour déclarer un drone à la douane marocaine, il faut signaler sa possession sur le formulaire douanier d’entrée et accepter l’inscription du matériel sur le passeport avec un engagement formel de ne pas l’utiliser durant le séjour. Cette déclaration présente des risques : refus d’entrée du matériel possible, stockage payant imposé, obligation de réexportation stricte. Elle ne garantit pas l’acceptation sur le territoire.
Le cas le plus fréquent, décrit par de nombreux voyageurs, ressemble à ceci : si vous déclarez le drone à l’entrée, vous pourrez éventuellement récupérer votre drone saisi à votre départ, à condition de le récupérer dans le délai imposé. Ce n’est pas une garantie, et vous risquez toujours une amende administrative. En pratique, on confisque l’appareil au contrôle et on vous remet un reçu. Les frais de stockage aéroportuaire s’accumulent.
Pour ceux qui passeraient outre et tenteraient de voler malgré tout une fois dans le pays : la confiscation immédiate et définitive du matériel intervient systématiquement, une amende pouvant atteindre 20 000 dirhams (environ 2 000 euros) est appliquée, et une garde à vue ainsi que des poursuites judiciaires sont possibles pour les violations graves.
Le piège de l’exception professionnelle
L’importation des drones de loisir est interdite au Maroc. Seuls les drones destinés à une utilisation professionnelle peuvent être importés. La Réglementation spécifique est définie par l’arrêté n° 2-19-01 du 11 mars 2019. Mais cette exception professionnelle est en réalité quasi inaccessible pour un étranger.
Seules les entreprises enregistrées au Maroc peuvent importer un drone, une mesure qui permet de contrôler les importations et de veiller à ce que l’utilisation des drones respecte la réglementation en vigueur. Un freelance français qui rêvait de monétiser ses vidéos aériennes sur YouTube depuis les toits de Marrakech se retrouve donc dans une impasse totale. Les particuliers, et en particulier les touristes, obtiennent très rarement ce type d’autorisation. En pratique, le vol de loisir avec un drone de voyage n’est donc pas possible dans des conditions normales.
Contrairement à l’Union Européenne, il n’existe pas au Maroc de régime général avec hauteur maximale, enregistrement en ligne et catégories de drones de loisir. Ce point mérite d’être souligné pour les voyageurs habitués à la réglementation EASA : la logique européenne, qui distingue les appareils selon leur poids et leur usage, ne s’applique pas ici. Même un mini-drone de 249 grammes tombe sous le coup de l’interdiction.
Que faire quand on veut des images aériennes du Maroc ?
La réponse pragmatique s’impose d’elle-même. Pour des prises de vue aériennes, il est préférable de faire appel à des professionnels locaux agréés. Ces prestataires existent, travaillent légalement via des sociétés marocaines enregistrées, et connaissent les procédures d’autorisation vol par vol auprès des wilayas. C’est plus coûteux qu’un vol improvisé au-dessus des gorges du Dadès, mais c’est la seule voie légale.
Une nuance de terrain mérite d’être mentionnée : le Maroc figure parmi les pays comme la Corée du Nord, l’Arabie Saoudite, l’Iran, Cuba ou la Jordanie qui interdisent formellement les drones de loisir et leur importation. Ce voisinage dans les classements doit faire réfléchir : le Maroc n’est pas seul dans cette position, et dans plusieurs de ces pays, les sanctions dépassent largement la simple amende. La France, elle, continue de déconseiller formellement à ses ressortissants de voyager avec un drone au Maroc.
Un dernier point qui devrait clore tout débat : la Douane marocaine insiste sur le fait que la majorité des désagréments aux frontières sont liés à un manque d’information. C’est vrai. Et désormais, vous ne pouvez plus invoquer ce manque.