Chaque été, des millions de voyageurs commettent la même erreur : glisser leur batterie externe, leur cigarette électronique ou leur power bank dans leur valise en soute avant de l’enregistrer. Un geste anodin en apparence. Un geste qui peut, au comptoir d’embarquement, provoquer une confiscation immédiate, une amende sévère, ou pire, un refus de monter à bord. La batterie au lithium est l’objet le plus fréquemment en cause, et l’un des moins bien compris des passagers.
À retenir
- Quel objet du quotidien cause régulièrement des refus d’embarquement à l’aéroport?
- Pourquoi les compagnies aériennes appliquent-elles des règles aussi strictes concernant certaines batteries?
- À combien peuvent s’élever les amendes pour cette infraction méconnue des voyageurs?
L’objet du quotidien devenu ennemi public de la soute
Règle absolue : toutes les batteries externes ou de rechange doivent impérativement voyager dans le bagage cabine. Pas en soute. Jamais. Pour des raisons de sécurité, les batteries externes (power banks) sont interdites dans les bagages en soute. Cette règle vaut chez Air France, Transavia, Ryanair, KLM et pratiquement toutes les compagnies desservant les aéroports français.
La logique derrière cette interdiction est aussi simple que terrifiante. Les batteries au lithium sont soumises à des restrictions de transport en soute en raison de leur potentiel de risque d’incendie : elles peuvent stocker beaucoup d’énergie dans un espace très réduit. Dans la soute d’un avion, où l’accès immédiat aux éventuels incidents est limité, un incendie de batterie pourrait causer des dégâts graves avant qu’il ne soit détecté et maîtrisé. En cabine, en revanche, l’équipage peut intervenir en quelques secondes. La différence entre les deux scénarios, c’est la vie humaine.
Les compartiments de fret des avions de passagers sont équipés de systèmes d’extinction d’incendie, mais dans la plupart des cas, ils ne sont pas efficaces pour arrêter un emballement thermique. Ce phénomène, l’emballement thermique, est la hantise des ingénieurs aéronautiques. Si endommagées, mal chargées, mal fabriquées ou contrefaites, les batteries lithium-ion peuvent entrer dans ce processus où elles surchauffent, posant des risques sérieux incluant l’incendie ou l’explosion.
Des incidents réels, des conséquences concrètes
Ce n’est pas théorique. Durant l’été 2025, deux incendies de batteries ont eu lieu dans des avions. Ces incidents sont fréquents : deux par semaine aux États-Unis. L’un des incidents les plus marquants des dernières années s’est produit en janvier lorsqu’une batterie externe suspectée est entrée en emballement thermique à bord d’un appareil Air Busan en Corée du Sud. La batterie, compressée dans le coffre à bagages, a pris feu. Les 169 passagers et sept membres d’équipage ont pu s’échapper, l’avion était encore au sol. L’appareil a été entièrement détruit.
Plus en amont dans l’histoire de l’aviation, en 2010, un chargement d’accumulateurs lithium-ion aurait déclenché un incendie dans la soute d’un Boeing 747 opéré par UPS. L’avion s’est écrasé près de Dubaï, tuant les deux membres d’équipage. C’est à partir de ce type d’accidents que les règles internationales ont commencé à se durcir sérieusement.
Les interdictions sont établies par des organismes internationaux comme l’OACI et l’IATA, puis reprises par les autorités nationales telles que la DGAC en France. Le cadre est donc uniforme au départ des pays européens. Les restrictions s’appliquent à tous les vols au départ d’un aéroport français, y compris entre deux villes françaises, et à l’ensemble des vols au départ de l’Union européenne, de la Suisse, de la Norvège et de l’Islande, quelle que soit la compagnie.
Ce que la règle dit exactement, et ce que tout le monde confond
La subtilité échappe à beaucoup : avoir un appareil électronique en soute n’est pas systématiquement interdit. Ce qui l’est, c’est d’y mettre une batterie de rechange, une batterie externe, ou toute batterie non intégrée à un appareil. Les batteries au lithium de grande capacité, supérieures à 160 Wh, sont interdites. Celles entre 100 et 160 Wh nécessitent l’accord de la compagnie et doivent être placées en cabine. Les batteries externes et batteries de rechange doivent impérativement rester en cabine, jamais en soute.
La cigarette électronique suit exactement la même logique. Vous devez obligatoirement transporter les cigarettes électroniques et leurs batteries en cabine, jamais en soute, en raison des risques d’incendie liés aux batteries au lithium. La pression exercée par les autres valises pourrait activer accidentellement l’appareil, créant un risque d’incendie. Des incidents ont d’ailleurs déjà été rapportés à la DGAC : une e-cigarette découverte à l’arrivée d’un vol dans un bagage enregistré avec une batterie commençant à prendre feu, ou encore une e-cigarette trouvée en position allumée placée dans la poche d’un blouson de passager, avec début de combustion du blouson.
Les valises connectées, ces modèles équipés d’un port USB intégré ou d’un GPS, constituent un cas particulier de plus en plus surveillé. Un nouveau type de valises a fait son apparition : les valises « connectées », dont l’alimentation des fonctions USB ou de localisation est assurée en général par des batteries au lithium. Certaines compagnies aériennes peuvent refuser en cabine et en soute les valises dotées de power banks intégrées, donc non amovibles. Un bagage intelligent équipé d’une batterie au lithium peut être emporté si vous la retirez. Si vous ne pouvez pas la retirer, il n’est alors pas possible d’emporter le bagage, que ce soit à bord ou dans la soute.
Ce que vous risquez concrètement à l’aéroport
Si un voyageur tente de faire entrer en soute un produit ou un objet interdit, il lui sera tout d’abord confisqué lors des contrôles de sécurité. Mais la sanction peut aller bien plus loin. Cela peut donner lieu à des amendes administratives pouvant atteindre jusqu’à 10 000 euros. Selon la gravité, une interdiction d’embarquer peut aller jusqu’à deux ans, voire quatre ans en cas de récidive. L’amende peut être décidée par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) après un constat d’infraction par les agents de sûreté ou de police. L’interdiction d’embarquer, quant à elle, peut être prononcée par le préfet, par arrêté, lorsque le comportement présente un risque pour la sécurité aérienne.
Le réflexe à adopter reste simple : chaque batterie de rechange ou extraite de l’appareil doit être protégée contre les courts-circuits. Dans la mesure du possible, elle doit être placée dans l’emballage d’origine ou un sac en plastique individuel. En l’absence de protection, les bornes doivent être isolées avec du ruban adhésif non-conducteur. Un geste de deux secondes qui peut éviter une catastrophe, ou simplement permettre de prendre son avion.
Une dernière nuance, souvent ignorée : la Réglementation impose aussi un marquage lisible et un boîtier en bon état. En cas de doute ou d’étiquette manquante, la batterie peut être refusée. même une batterie autorisée en cabine peut se voir confisquée si elle est abîmée, gonflée ou dépourvue d’indication de capacité. Les agents de sécurité disposent d’un pouvoir discrétionnaire, et ils l’exercent.
Sources : legendbatteries.com | air-journal.fr