La Toscane écrase tout. Florence et ses 16 millions de visiteurs annuels, Sienne en haute saison, les routes du Chianti transformées en convois de camping-cars. Le surtourisme en Italie se concentre sur quelques pôles très médiatisés, et certaines villes accueillent chaque année plusieurs millions de visiteurs sur de courtes périodes, ce qui entraîne une hausse des prix, une transformation des centres historiques et une standardisation de l’offre touristique. Problème : il existe des régions entières qui offrent exactement la même chose, collines comprises, mais sans la pression ni les tarifs prohibitifs. En voici quatre qui méritent votre prochaine valise.
À retenir
- Quatre régions italiennes rivalisent avec la Toscane en beauté, mais restent largement ignorées des touristes de masse
- De l’Ombrie aux Pouilles : chaque région cache des trésors artistiques mondiaux sans les files d’attente qui étouffent Florence
- L’Italie préserve une identité régionale forte loin des circuits touristiques établis, avec une gastronomie et un art de vivre inégalés
L’Ombrie, le miroir de la Toscane sans le miroir aux alouettes
Entre Florence et Rome, le Tibre traverse cette région aux paysages sortis d’un tableau de la Renaissance : l’Ombrie, ce « cœur vert de l’Italie » comme on dit par ici, où les cyprès, palais de marbre et cités fortifiées perchées se détachent sur fond de ciel souvent bleu. Pérouse, Assise, Orvieto, Spoleto. Ces quatre noms résument un territoire qui a longtemps vécu dans l’ombre de sa voisine du nord, et qui s’en porte très bien.
On devrait cesser de comparer l’Ombrie à la Toscane parce qu’on y trouve des cyprès et des collines. Les deux régions ont un air de famille, mais l’Ombrie, plus pentue et plus verdoyante, présente un visage plus secret et, surtout, un caractère plus authentique. À Orvieto, la cathédrale gothique, dentelle pointue rayée blanc et noir et dorée de mosaïques, abrite les saisissantes fresques du Jugement dernier par Fra Angelico et Luca Signorelli, qui inspirèrent Michel-Ange. Difficile de faire plus grand. Et pourtant, pas de queue de deux heures.
Ce territoire coche toutes les cases pour un séjour réussi : cités médiévales perchées, plaines verdoyantes, prix abordables. L’Ombrie est aussi l’une des régions les plus actives d’Italie pour la production de truffes noires et de vins de caractère. Le DOCG Sagrantino de Montefalco, le Procanico ou le DOC d’Orvieto sont des appellations que les amateurs commencent à peine à découvrir.
Les Marches, à l’est, entre Adriatique et Renaissance
Coincée entre l’Ombrie et l’Adriatique, la région des Marches demeure l’un des secrets les mieux gardés de la Péninsule. Contrairement à la Toscane où les cars de touristes déferlent quotidiennement, les Marches conservent leur caractère italien authentique. La géographie est un argument en soi : en moins d’une heure de route, on passe des plages dorées de la Riviera del Conero aux sommets enneigés des Monts Sibyllins.
La cerise sur le gâteau ? Urbino. Perchée sur les collines ondoyantes des Marches, Urbino est un joyau ciselé de la Renaissance italienne, un sanctuaire où le temps semble suspendu. La cité natale de Raphaël propose un voyage sensoriel à travers l’art et l’architecture, une « cité idéale » dont le centre historique, protégé par de puissants bastions, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998. Le joyau de la couronne reste le Palazzo Ducale, qui abrite la Galerie Nationale des Marches, avec des pièces maîtresses de Piero della Francesca, du Titien et de Raphaël lui-même. Des œuvres de premier plan mondial, dans une ville où l’on peut encore trouver un restaurant sans réservation un samedi soir d’été.
La gastronomie des Marches révèle toute l’authenticité de cette région préservée, où les traditions culinaires se transmettent de génération en génération sans concession aux modes touristiques. Les vincisgrassi, lasagnes locales au ragù de gibier et aux truffes, et les brodetti di pesce des pêcheurs d’Ancône constituent une cuisine qui n’a rien à envier aux ribollita et autres bistecche florentines.
Lecce et les Pouilles, le baroque du bout du monde
Au fin fond du talon de la botte italienne, la région des Pouilles, partagée entre le vert des oliviers et le bleu de la mer Adriatique, recèle plusieurs cités comme Martina Franca, Ostuni et Lecce, véritables joyaux de l’art baroque datant de l’époque où la région était sous domination espagnole.
Lecce, surtout. De ses vestiges romains en passant par ses chefs-d’œuvre baroques, la capitale du Salento est un bijou architectural. Le baroque de Lecce allie des créatures mythologiques et des personnages fantastiques, des motifs floraux et flamboyants, et dans les palais les plus prestigieux, de fières armoiries. La ville est surnommée la « Florence du Sud », formule éculée mais juste. Au cœur du Salento, Lecce déploie ses façades sculptées et ses ruelles à l’ombre. Les églises semblent pousser de la pierre, les balcons s’accrochent au vide, les fontaines murmurent sous les platanes. La ville se traverse à pied, à petites vitesses, entre palais discrets et cours secrètes. Les spécialités du sud s’y dégustent dans la rue : pasticciotti tièdes, friselle à l’huile d’olive, orecchiette maison.
À une heure de route se trouve Matera, techniquement en Basilicata mais souvent intégrée dans un circuit des Pouilles. Située dans le sud de l’Italie, la ville de Matera se distingue par un paysage urbain hors du commun. Connue pour ses sassi, des anciens quartiers creusés directement dans la roche calcaire, Matera offre un mélange unique d’histoire, d’architecture et de vie quotidienne. Longtemps méconnue, parfois délaissée à cause des conditions de vie difficiles, la ville a peu à peu retrouvé une nouvelle vie grâce à un important travail de restauration et à son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Capitale européenne de la culture en 2019, elle garde quelque chose d’étrangement préservé. On y dîne dans des grottes aménagées en restaurants, et ça n’a rien de kitsch.
Bologne et l’Émilie-Romagne, la capitale secrète du goût
Surnommée « La Grassa » ou « La Grosse », Bologne est la destination gastronomique ultime en Italie. Les Italiens la considèrent comme la capitale culinaire du pays, et il est facile de comprendre pourquoi : tortellini en bouillon, lasagnes à la bolognaise et l’incontournable mortadella composent une cuisine généreuse et authentique.
Mais réduire Bologne à ses tagliatelles serait une erreur. À moins de deux heures en train panoramique de Rome, Bologne est aussi une ville universitaire animée, siège de la plus ancienne université du monde occidental. Cette jeunesse estudiantine nourrit une vie culturelle dense, des concerts de rue, des marchés couverts extraordinaires. À Modène voisine, le marché local est un festival de saveurs où l’on peut acheter du vinaigre balsamique de tradition ancestrale. La place centrale, entourée de joyaux architecturaux, dont le Duomo flanqué de son campanile, invite à la découverte. Les amateurs de vitesse ne manqueront pas de visiter le Museo Enzo Ferrari, véritable hommage aux voitures iconiques de la région. Enzo Ferrari est né là, en 1898. L’Émilie-Romagne produit donc à la fois le meilleur parmesan du monde et les voitures les plus rapides. Ce n’est pas un hasard : les deux exigent une obstination rare.
Le point commun entre ces quatre régions ? Malgré certaines zones très touristiques, l’Italie conserve une forte identité régionale, une culture gastronomique riche, et un art de vivre méditerranéen authentique, surtout dans les zones rurales ou moins connues. Pour les Français, l’accès est souvent plus simple qu’il n’y paraît : l’Émilie-Romagne est desservie en train depuis Paris via Milan, les Pouilles s’atteignent en moins de trois heures d’avion depuis Paris-CDG, et l’Ombrie reste à six heures de Nice en voiture. Ce qui retient les voyageurs n’est pas la distance, c’est la force d’attraction des noms établis. Florence, Pise, les collines du Chianti. Une mécanique de la réputation que les quatre régions citées n’ont simplement pas encore déclenchée, et c’est précisément leur meilleur atout.
Sources : le-caucase.com | ladromemontagne.fr