Même façade atlantique que Porto, sans la foule sur les quais et à 2 h 30 de train : les Français ont trouvé leur nouvelle base en Galice

Vigo, en Galice, s’impose depuis quelques mois comme la ville où les voyageurs français se rendent pour retrouver l’ambiance atlantique de Porto sans la cohue qui envahit désormais les quais de la Ribeira. Même granit, mêmes façades colorées qui plongent dans l’eau, même odeur de sardines grillées, mais des ruelles où l’on peut encore marcher sans jouer des coudes. Et depuis le Portugal, il suffit d’un train de 2h30 pour changer complètement de rythme.

Le contraste tient en une phrase : Porto étouffe, Vigo respire.

La cité portugaise a payé cher son succès touristique. En 2025, le Portugal a accueilli près de 33 millions de visiteurs avec une affluence très forte dans les grandes villes. Face à cet afflux, le pays cherche désormais à mettre en avant d’autres régions moins prisées pour desserrer l’étau autour de ses points chauds. Vigo, à seulement 149 kilomètres au nord, en profite directement : elle offre le même littoral, la même culture ibérique tournée vers l’océan, mais sans les rangs de touristes qui photographient le pont Dom Luís I à la queue leu leu.

Porto se trouve à 149 km au sud de Vigo, une proximité qui explique pourquoi les deux villes partagent tant de points communs visuels et culturels tout en restant si différentes en termes d’affluence.

À retenir
  • Vigo offre une atmosphère portuaire identique à Porto avec des ruelles où l’on peut circuler sans cohue.
  • Un train direct relie Porto-Campanhã à Vigo en 2h20, avec deux départs quotidiens permettant de combiner les deux villes.
  • Le parc national des îles Atlantiques de Galice propose des eaux turquoise et des plages de sable fin accessibles depuis Vigo.

Une ville de pêcheurs qui n’a jamais joué la carte du tourisme de masse

Vigo n’a pas construit son identité autour des visiteurs, mais autour de la mer et du travail. C’est la ville la plus peuplée de la province de Galice, en raison de sa forte activité industrielle et de son grand port de pêche, le plus grand d’Espagne et l’un des plus grands d’Europe. Premier port de pêche d’Europe, la cité vibre au son des grues déchargeant les chalutiers géants et les porte-conteneurs, un décor sonore qui tranche radicalement avec les terrasses feutrées de la Ribeira portuense.

La commune compte 293 642 habitants selon le dernier recensement de l’Institut national de la statistique espagnol (INE), ce qui en fait un poids lourd démographique méconnu du grand public français. Le surnom local ne trompe pourtant personne sur son ambition historique : Vigo est surnommée la « porte de l’Atlantique », car elle est le lieu privilégié pour les échanges entre l’Europe du sud et le reste du monde. Cette vocation commerciale remonte loin dans le temps. Par sa position dans un « Finisterre », Vigo a toujours été une des portes atlantiques de l’Espagne, commerçant avec les Indes-Occidentales aux XVIe et XVIIe siècles, avant de devenir un point de départ vers les Amériques.

Le vieux quartier, lui, n’a rien d’aseptisé. Le vieux quartier d’O Berbés a conservé un petit quelque chose d’interlope, avec ses ruelles escarpées et ses vendeurs ambulants, loin des boutiques de souvenirs calibrées pour Instagram. Pour comprendre ce que la mer a façonné ici, on s’arrête surtout visiter l’intéressant Museo do Mar de Galicia, installé dans une ancienne conserverie, en périphérie de la ville.

Le trajet en train qui rend la Galice accessible depuis Porto

C’est là que réside l’argument décisif pour les voyageurs qui atterrissent à Porto sans vouloir s’y attarder. Depuis Vigo, une liaison ferroviaire directe permet de rejoindre Porto-Campanhã en un peu plus de 2h20, grâce au train international opéré conjointement par la Renfe et la Comboios de Portugal (CP). Dans l’autre sens, le trajet dure sensiblement le même temps, ce qui colle exactement à la promesse des 2h30 annoncée par les voyageurs qui ont testé l’itinéraire. Il existe généralement deux départs par jour, le matin et en fin d’après-midi, ce qui permet de caler la traversée sans sacrifier une journée entière de visite.

Pas besoin de louer une voiture, ni de jongler avec des correspondances compliquées.

L’avion low-cost vers Porto reste souvent moins cher qu’un vol direct vers la Galice, ce qui pousse naturellement les voyageurs à combiner les deux étapes. Ils profitent d’abord de l’aéroport portugais, saturé mais bien desservi depuis la France, avant de filer vers le nord en train pour découvrir une Espagne où le portugais et le galicien se mélangent dans les conversations de marché.

Îles sauvages, plage de sable fin et pont vertigineux : ce qu’on vient chercher à Vigo

L’attrait numéro un reste au large. Une vingtaine d’îles et d’îlots de granit flottent au large des Rías Baixas, et quatre de ces archipels font partie depuis 2002 du parc national maritime terrestre des îles Atlantiques de Galice, étendu sur plus de 83 km² (dont seulement 12 km² de terres émergées). Les îles Cíes, la partie la plus connue de cet ensemble, offrent des eaux turquoise qui n’ont rien à envier aux Caraïbes, mais avec un accès strictement limité en été pour préserver l’écosystème.

Côté ville, la baignade se pratique aussi sans prendre le bateau. La plage de Samil, préférée des habitants de Vigo, est une grande étendue de sable fin bordée de palmiers, digne des plages lointaines de cartes postales, mais au bord de l’Atlantique. On y déjeune de fruits de mer sans avoir réservé trois semaines à l’avance, contrairement à certaines adresses de la Ribeira portuense prises d’assaut chaque soir d’été.

Pour prendre la mesure de la baie, il faut voir le pont de Rande depuis l’un des belvédères de la ville. Ouvert à la circulation en 1981, il est traversé tous les jours par environ 50 000 véhicules et reste l’un des ponts les plus caractéristiques d’Espagne, suspendu au-dessus d’une eau où se cachent, selon la légende locale, les trésors engloutis d’une bataille navale du XVIIIe siècle.

Le mouvement dépasse largement le cas galicien. L’ONU Tourisme a recensé 1,52 milliard de touristes internationaux dans le monde en 2025, soit 60 millions de plus qu’en 2024, une pression qui pousse mécaniquement les voyageurs à chercher les villes voisines des capitales saturées. Vigo n’a rien changé à son quotidien pour plaire aux visiteurs, et c’est justement ce qui, pour l’instant, la préserve.