Quatre personnes, une escale à Mykonos, et une addition de 80 € rien que pour poser le pied sur le quai. La même famille, sur une île moins courue de l’archipel, n’aurait payé que 20 €. Cet écart n’a rien d’une anomalie : il s’agit d’une taxe portuaire décidée par Athènes, calibrée précisément pour dissuader la ruée vers les Cyclades les plus saturées.
Depuis l’été 2025, chaque passager de croisière débarquant à Mykonos ou à Santorin doit s’acquitter de 20 euros par passager lors de la haute saison. Sur les autres îles grecques, la note est bien plus légère : les navires de croisière vers les îles plus petites paieront une taxe de 5 euros par passager. Pour une famille de quatre, l’écart grimpe donc mécaniquement à 60 €, exactement ce que raconte ce couple de voyageurs après leur périple en Égée.
- La taxe de débarquement à Mykonos et Santorin atteint 20 € par passager en haute saison, contre 5 € sur les autres îles grecques
- Pour une famille de quatre visitant les deux îles phares, la facture s’élève à 160 € rien que pour les taxes portuaires
- La Grèce espère générer 50 millions d’euros annuels pour moderniser les infrastructures portuaires saturées des Cyclades
- Le tarif varie selon la saison : 12 € en avril-mai et octobre, 4 € en basse saison pour Mykonos et Santorin
Une taxe qui varie selon la saison et la destination
La taxe a été baptisée « sustainability tourism fee » et vise spécifiquement à protéger les hauts lieux touristiques de la Grèce, dont les îles idylliques de Santorin et Mykonos. Le montant ne reste pas figé toute l’année : d’octobre à fin octobre et d’avril à fin mai, le tarif pour les deux îles tombe à 12 euros, contre 3 euros pour le reste du pays ; de novembre à fin mars, il descend à 4 euros pour Mykonos et Santorin, et à 1 euro ailleurs.
Le dispositif s’applique à tout le monde, sans exception d’âge. La nouvelle taxe s’étend de 1 à 20 euros pour tous les passagers de croisière, quel que soit l’âge, et que le port soit une escale d’embarquement ou de transit. Enchaîner Mykonos et Santorin sur la même croisière revient donc à payer deux fois le tarif plein.
Les passagers de croisière seront facturés 20 euros à chaque visite de Santorin ou Mykonos entre le 1er juin et le 30 septembre, ce qui porte la facture à 40 euros par personne pour les deux îles sur une même croisière. Pour une famille de quatre voyageant sur un itinéraire combinant les deux destinations vedettes, l’addition grimpe alors à 160 €, rien que pour les taxes de débarquement.
Pourquoi Mykonos et Santorin trinquent plus que les autres
Le texte a été voté fin 2024, en pleine explosion de la fréquentation croisiériste. En décembre 2024, le Parlement grec a adopté une loi instaurant une taxe pour la haute saison estivale sur les passagers de croisière, fixée à 20 euros. Le Premier ministre grec avait justifié la mesure sans détour.
« Le trafic de croisière a pesé sur Santorin et Mykonos, et c’est pourquoi nous procédons à ces interventions », avait déclaré Kyriakos Mitsotakis. Les chiffres donnent raison à cette inquiétude : le nombre de passagers de croisière a bondi de 13,2 % l’an dernier pour atteindre 7,9 millions selon l’Association hellénique des ports, tandis que Mykonos a reçu près de 1,3 million de visiteurs, en hausse de 8,4 %, et Santorin plus de 1,3 million de passagers, en hausse de 4 %.
L’objectif affiché n’est pas seulement de limiter les foules. La Grèce prévoit d’utiliser l’argent récolté pour moderniser des infrastructures surexploitées sur les îles, notamment les ports, souvent trop petits pour accueillir plusieurs bateaux de croisière à la fois. Athènes espère que la manne financière sera conséquente.
La Grèce espère générer jusqu’à 50 millions d’euros par an grâce à cette taxe. Une somme qui doit financer des quais mieux dimensionnés, une meilleure gestion des flux et, selon certains professionnels du tourisme, des zones d’accueil plus organisées pour les excursions locales.
Faut-il éviter Mykonos et Santorin pour autant ?
Malgré la hausse, personne ne semble renoncer à ces escales mythiques. Malgré l’introduction de la taxe, le nombre de passagers de croisière ne semble pas avoir baissé : le jour même de l’entrée en vigueur de la mesure, quatre navires transportant environ 8 400 passagers étaient attendus à Santorin. Un constat qui rejoint l’analyse d’un professionnel du secteur, cité dans la presse américaine, pour qui personne ne renoncera à un voyage de plusieurs milliers de dollars pour économiser vingt euros.
Le secteur de la croisière n’a pourtant pas accueilli la mesure sans grincer des dents. Bud Darr, président de la Cruise Lines International Association, a critiqué les taxes prévues, estimant que l’introduction de cette nouvelle taxe en plein milieu de la saison estivale rendrait difficile pour les compagnies ayant déjà vendu des billets de répercuter la hausse sur les passagers. Concrètement, certains voyageurs ont donc découvert la facture une fois à bord, sans l’avoir anticipée au moment de la réservation.
Pour limiter la casse, l’arbitrage entre îles reste la meilleure carte à jouer. Les Cyclades concentrent l’essentiel de la pression touristique et donc des tarifs les plus élevés, tandis que des destinations comme la Crète ou Rhodes restent au tarif réduit de la haute saison. Voyager en avril, mai ou octobre permet aussi de diviser la taxe par près de deux, tout en profitant d’une fréquentation nettement plus respirable sur les ruelles blanches d’Oia ou de Chora.
Reste un paradoxe que peu de croisiéristes anticipent : la taxe se règle en fin de séjour, directement sur la facture de bord, et non au moment de la réservation initiale. De quoi transformer une simple escale en surprise budgétaire, surtout pour les familles nombreuses qui multiplient les têtes à débarquer.
Sources : ulysse.com | paxnouvelles.com | boards.cruisecritic.com