Matera. C’est le nom de cette cité de Basilicate, dans le sud de l’Italie, où l’on peut dormir pour 80 euros la nuit dans une chambre creusée à même la roche calcaire, à l’intérieur d’un habitat troglodytique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Loin des files d’attente florentines et des prix qui grimpent chaque été un peu plus haut, cette ville offre un dépaysement total à quelques heures de route seulement des grandes capitales touristiques italiennes.
Elle change tout.
Pendant des années, les séjours culturels en Italie ramenaient systématiquement les voyageurs vers les mêmes points cardinaux : Florence, ses musées bondés, ses ponts photographiés cent fois par heure. Découvrir Matera, c’est comprendre qu’un autre récit italien existe, plus rugueux, plus silencieux, taillé directement dans la pierre.
- Les Sassi de Matera abritent l’un des plus anciens habitats humains continus du monde, occupé depuis au moins 9 000 ans.
- Une nuit en chambre double dans une grotte rénovée coûte entre 80 et 200 € en haute saison, avec réductions de 30 à 50 % en basse saison.
- Les grottes offrent climatisation naturelle, silence minéral et température constante grâce à l’épaisseur des murs en calcaire.
La « honte de l’Italie » devenue joyau de l’UNESCO
L’histoire de Matera est celle d’un retournement spectaculaire. Anciennement considérés comme un symbole de honte nationale, les habitants des Sassi furent relocalisés de force dans les années 1950 par décret gouvernemental, dans des conditions sanitaires jugées désastreuses par les autorités de l’époque. La ville comptait alors une population dense : l’ensemble comptait environ 18 000 habitants au début des années 1950, tassés dans un habitat sans eau courante ni égouts. Le vent tourne en 1993, quand les Sassi entrent au patrimoine mondial. Inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité en 1993, Capitale européenne de la culture en 2019, cette ville aux airs bibliques est l’une de ces rares destinations à avoir traversé une telle métamorphose en moins d’un demi-siècle.
L’ancienneté du site dépasse l’imagination.
Les Sassi de Matera sont reconnus comme l’un des plus anciens habitats humains continus du monde, avec une occupation depuis au moins 9 000 ans. Le site classé n’est pas anecdotique en superficie : il couvre une zone de 1 016 hectares et ce peuplement troglodyte remarquable et intact contient plus d’un millier d’habitations, ainsi que de nombreux commerces et ateliers. Marcher dans les ruelles de Matera revient littéralement à traverser plusieurs millénaires d’occupation humaine sans discontinuité.
Combien coûte vraiment une nuit dans une grotte
Le prix affiché dans le titre, 80 euros, correspond à l’entrée de gamme des hébergements troglodytiques matériens. Un B&B en chambre double dans les Sassi coûte généralement entre 80 et 200 € la nuit en haute saison, de juin à septembre. Pour ceux qui recherchent davantage de charme architectural, les maisons-grottes de charme se situent plutôt entre 130 et 300 € la nuit. Les voyageurs qui privilégient le budget plutôt que la saison peuvent aussi jouer sur le calendrier, puisque en basse saison, de novembre à mars, les prix peuvent baisser de 30 à 50 %.
Le confort surprend souvent les premiers visiteurs.
Derrière la façade minérale, les grottes rénovées cachent un confort largement inattendu. Ces espaces, creusés dans la roche calcaire, ont été aménagés avec tout le confort moderne, climatisation, salle de bain, Wi-Fi, tout en conservant les voûtes, les murs en tuffeau et l’atmosphère unique des habitations anciennes. La sensation à l’entrée reste pourtant particulière : la première sensation est celle d’un silence minéral, presque absolu, que seuls les murs épais de la roche peuvent offrir, suivie d’une température étonnamment constante, fraîche en été et douce en hiver. Cette climatisation naturelle n’a rien de moderne, elle résulte de siècles d’adaptation au terrain plutôt que d’une prouesse technique récente.
Trois quartiers, trois manières d’habiter la pierre
Matera se divise en secteurs bien distincts, chacun avec sa personnalité propre. Les Sassi de Matera désignent deux ensembles séparés par un promontoire rocheux au cœur de la vieille ville : le Sasso Barisano, au nord, et le Sasso Caveoso, au sud. Entre ces deux quartiers historiques se glisse un troisième secteur, plus récent dans sa physionomie urbaine. Civita, la partie la plus récente et la plus élevée de la vieille ville, offre des bâtiments plus conventionnels et une atmosphère moins troglodyte, mais elle est intimement liée à l’histoire et à la structure urbaine de Matera.
Le Sasso Caveoso reste le plus authentique des deux, souvent le moins rénové aussi. Cette rugosité conservée séduit précisément les voyageurs fatigués des centres historiques trop lissés pour les cars de touristes. Certaines habitations n’ont volontairement pas été retouchées, laissées dans leur état d’origine pour que les visiteurs puissent mesurer, pierre après pierre, l’écart entre la misère d’hier et le confort d’aujourd’hui.
Un détail surprend souvent les voyageurs pressés : à Matera, ce qui ressemble à une ruelle piétonne est parfois le toit d’une maison creusée en dessous. Le tuf, cette roche calcaire tendre qui a permis de sculpter la ville sur plusieurs niveaux superposés, explique cette architecture en strates où l’on marche littéralement sur le plafond du voisin. Pour qui cherche une expérience italienne loin des Offices ou du Duomo, cette superposition minérale raconte à elle seule neuf mille ans d’ingéniosité humaine face à un territoire aride.
Sources : voyage-italie.fr | whc.unesco.org | au-bon-voyage.fr