« On allait voir le balcon de Juliette à Vérone à chaque passage en Vénétie » : depuis qu’on a découvert cette ville classée UNESCO à moins d’une heure de train, la nuit d’hôtel a baissé de moitié et il n’y a aucune file

Vicence, à moins d’une heure de train de Vérone, s’impose comme la nouvelle destination des voyageurs lassés des files d’attente shakespeariennes. À 40 minutes de Vérone et 30 minutes de Venise en train, l’élégante ville de Vicence est connue comme la « Città del Palladio » et mérite largement un détour d’une journée ou deux. Le centre historique tout entier est classé au patrimoine mondial, sans les cars de touristes qui envahissent sa voisine plus célèbre.

Le contraste frappe dès la sortie de la gare. À Vérone, on se fraie un chemin dans la foule pour apercevoir le fameux balcon. À Vicence, les ruelles pavées appartiennent encore aux habitants.

Cette cité agréable de 110 000 habitants, dont le centre-ville est entièrement classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, recèle nombre de trésors artistiques, dont une vingtaine de palais et édifices sublimes, conçus au 16e siècle par le génial architecte Andrea Palladio. Son inscription remonte à 1994, et Andrea Palladio, grand bâtisseur et architecte de la Renaissance italienne et du style qui porte son nom le « palladianisme », y a laissé un patrimoine architectural exceptionnel de 27 bâtiments. Un chiffre qui dépasse largement ce qu’on imagine pour une ville de cette taille.

À retenir
  • Le centre historique de Vicence, entièrement classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, abrite 27 bâtiments conçus par l’architecte Renaissance Andrea Palladio au 16e siècle.
  • Une nuit d’hôtel coûte en moyenne 65 à 81 euros à Vicence contre 92 euros à Vérone, avec la Vicenza Card à 20 euros donnant accès à dix sites essentiels.
  • Vicence reste épargnée du tourisme de masse car elle conserve sa fonction résidentielle avec des habitants vivant dans le centre historique plutôt que des commerces touristiques.

Un festival architectural gratuit, à ciel ouvert

Le cœur de la visite se joue sur la Piazza dei Signori, dominée par la Basilica Palladiana. Ce n’est pas un édifice religieux mais un palais imposant situé sur cette place, elle-même un petit bijou. Palladio l’a restaurée, et elle fait figure de première œuvre de l’architecte à Vicence, qui en réalisera bien d’autres dans la région.

Le Teatro Olimpico complète ce trio de merveilles. Conçu par Palladio et achevé après sa mort, il reste, selon plusieurs guides touristiques, le plus ancien théâtre couvert encore en activité au monde. On y visite un décor de scène en bois vieux de plusieurs siècles, toujours en place.

La ville se parcourt le nez en l’air, sans carte ni itinéraire compliqué. Le centre historique piétonnier se découvre au rythme d’un itinéraire consacré à cet architecte, et chaque façade raconte un chapitre de la Renaissance vénitienne. Aucune queue à l’entrée des monuments, contrairement à l’Arena di Verona en pleine saison.

Des hôtels deux fois moins chers qu’à Vérone

C’est là que l’écart se creuse vraiment. À Vérone, le prix moyen d’une nuit d’hôtel tourne autour de 92 euros. À Vicence, les chambres démarrent nettement plus bas.

Un copieux petit-déjeuner-buffet accompagne des doubles à partir de 81 euros dans certains établissements du centre, et certaines adresses plus simples descendent encore. Un hôtel très simple et un peu désuet mais d’une grande propreté propose un tarif de 65 euros la nuit, petits-déjeuners inclus. Pour les voyageurs qui cherchent un cadre plus intime, une maison d’hôtes nichée dans un petit palais du 17e siècle bien restauré affiche des doubles entre 120 et 160 euros, ce qui reste comparable à l’entrée de gamme véronaise.

La carte touristique locale ajoute un argument économique de poids. La Vicenza Card, vendue 20 euros à l’office de tourisme, permet de visiter dix sites essentiels (palais, églises, musées) et est très largement amortie au bout de trois visites. Un rapport qualité-prix difficile à trouver dans les grandes villes d’art de la région.

Pourquoi Vicence reste (encore) épargnée

La position géographique explique en partie cette discrétion. À mi-chemin entre Venise et Vérone, Vicenza est longtemps demeurée à l’écart des circuits touristiques, dans l’ombre de ses deux prestigieuses consœurs de Vénétie. Beaucoup de voyageurs la traversent sans s’arrêter, pressés de rallier la lagune ou les arènes.

Les journalistes spécialisés commencent pourtant à s’y intéresser. Vicence, dans la province de Vénétie, est remplie de plaisirs de toutes sortes, avec beaucoup moins de foule que Venise et Vérone voisines. Un article américain va plus loin en évoquant « la vraie maison de Roméo et Juliette », sous-entendant que le mythe littéraire aurait, historiquement, davantage à voir avec cette région qu’avec le balcon officiel véronais.

Le tissu urbain a aussi gardé sa fonction résidentielle. Les habitants vivent toujours dans le noyau historique, ce qui signifie moins de stands à souvenirs et davantage de cafés authentiques. Cette réalité change concrètement l’expérience du visiteur : on croise des Vicentins qui font leurs courses, pas seulement des groupes photographiant un balcon.

Pour l’accès, rien de compliqué. Depuis Vicence, le trajet vers l’aéroport de Vérone Villafranca prend environ une heure, tandis que l’aéroport Marco Polo de Venise se situe à environ une heure dix. La ville fonctionne donc comme une base idéale pour rayonner sur toute la Vénétie, sans jamais renoncer au confort d’un centre historique piéton.

Un dernier détail mérite d’être noté avant de réserver son billet. Vicence propose près de 4 300 villas historiques, dont beaucoup sont disponibles à la location, y compris 23 villas du 16e siècle dessinées par Palladio lui-même. De quoi dormir littéralement à l’intérieur d’un chef-d’œuvre Renaissance, souvent pour un budget inférieur à celui d’une chambre standard sur les rives de l’Adige.