« On m’a proposé un avoir pour ma croisière à Dubaï. » Cette phrase, des dizaines de vacanciers français l’ont prononcée ces derniers mois auprès d’associations de consommateurs. Le scénario est toujours le même : une croisière vers les Émirats arabes unis, réservée des mois à l’avance, se retrouve rebasculée vers la Méditerranée suite à un imprévu géopolitique majeur. Or, quand un armateur modifie un élément essentiel du contrat comme l’itinéraire, la loi ne laisse aucune place à l’interprétation. Le voyageur qui refuse la nouvelle destination a droit à un remboursement intégral, versé sous 14 jours. Un avoir ne peut jamais lui être imposé.
À retenir
- Pourquoi des milliers de croisiéristes français se voient imposer des avoirs plutôt que des remboursements
- La disposition légale que les armateurs espèrent voir ignorer par les passagers
- Les trois étapes à suivre si votre croisière est déroutée et que vous refusez cette modification
Une crise partie du détroit d’Ormuz
Tout est parti d’un événement que peu de croisiéristes avaient anticipé. Fin février 2026, des frappes militaires américano-israéliennes sur l’Iran ont provoqué la fermeture du détroit d’Ormuz, verrou stratégique entre le Golfe persique et la mer d’Arabie. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz le 28 février, l’industrie de la croisière traverse sa plus grave crise depuis le Covid. Six paquebots se sont retrouvés piégés dans la région, avec au total 15 000 croisiéristes et plus de 6 300 membres d’équipage bloqués, soit plus de 24 000 personnes au total, selon un décompte de l’Organisation maritime internationale.
Le cas du MSC Euribia est devenu emblématique. Le paquebot est resté immobilisé à Port Rashid, à Dubaï, depuis le 28 février 2026, avec à bord environ 6 000 passagers piégés par la fermeture du détroit d’Ormuz. Faute de perspective de réouverture, MSC Croisières a fini par jeter l’éponge sur le reste de la saison hivernale dans le Golfe. La compagnie a annoncé l’annulation des trois dernières croisières programmées pour cette saison au départ du Proche-Orient, prévues les 14, 21 et 28 mars 2026, avec embarquements également à Doha et Abu Dhabi. Sur ces départs purement annulés, le principe n’a pas fait débat : tous les passagers impactés ont reçu un remboursement intégral via leur canal de réservation, agence de voyages ou MSC direct.
Mais la crise ne s’est pas arrêtée là. La saison suivante a elle aussi été chamboulée, cette fois par les tensions persistantes en mer Rouge qui empêchent tout transit par le canal de Suez. Un repositionnement géant du MSC Euribia, censé relier Dubaï à Kiel en 29 nuits avec des escales en Méditerranée, a dû être annulé pour tensions géopolitiques en mer Rouge, rendant le transit impossible via le canal de Suez pour garantir la sécurité des passagers. C’est précisément dans ce type de situation, quand l’itinéraire est modifié plutôt que purement annulé, que les armateurs ont parfois tenté de limiter la casse en proposant des avoirs plutôt que des remboursements en espèces.
Ce que dit vraiment la loi quand l’itinéraire change
Le Code du tourisme est pourtant limpide sur ce point précis. Quand un voyage à forfait, ce qui inclut une croisière combinant transport et hébergement, voit l’un de ses éléments essentiels bouleversé avant le départ, la compagnie n’a pas le choix de la procédure. Lorsque, avant le départ, le respect d’un des éléments essentiels du contrat est rendu impossible par suite d’un événement extérieur qui s’impose au vendeur, celui-ci doit le plus rapidement possible en avertir l’acheteur et informer ce dernier de la faculté dont il dispose soit de résilier le contrat, soit d’accepter la modification proposée par le vendeur. L’itinéraire figure sans ambiguïté parmi ces éléments essentiels, au même titre que le prix ou le logement.
Si le voyageur choisit de résilier plutôt que d’accepter la nouvelle route méditerranéenne, l’article L. 211-14 du Code du tourisme prend le relais. En cas d’annulation du voyage par l’agence pour des circonstances extraordinaires et inévitables, le voyageur a droit au remboursement intégral dans un délai de 14 jours. Ce délai n’est pas une simple recommandation de bonne conduite commerciale, c’est une obligation légale. La directive européenne sur les voyages à forfait dispose que si un voyage à forfait est annulé en raison de circonstances exceptionnelles et inévitables, les voyageurs ont le droit d’obtenir le remboursement intégral de tous les paiements effectués, sans retard excessif et, en tout état de cause, au plus tard 14 jours après la résiliation du contrat.
Pour les croisières vendues sans hébergement associé, un autre texte vient renforcer la protection : le règlement européen sur les droits des passagers voyageant par mer. Dans le cas du MSC Euribia, les juristes consultés par la presse spécialisée ont rappelé que MSC est tenu de verser le remboursement sous 14 jours conformément au règlement européen 1177/2010. Deux textes, un seul et même délai. Et surtout, une hiérarchie claire : l’avoir n’est qu’une option facultative que le professionnel peut proposer, jamais une alternative qu’il peut imposer au voyageur qui préfère récupérer son argent.
Comment réagir face à un avoir imposé
La marche à suivre reste simple, même si elle demande un peu de fermeté. D’abord, exiger que le refus de la modification d’itinéraire soit acté par écrit, avec la date de notification, car c’est elle qui fait courir le délai de 14 jours. Ensuite, refuser poliment mais clairement tout avoir qui serait présenté comme la seule option disponible : rien n’empêche de répondre par mail en citant l’article L. 211-13 du Code du tourisme et en demandant le remboursement en espèces. Si la compagnie traîne au-delà du délai légal, une mise en demeure par lettre recommandée constitue l’étape suivante, avant, en dernier recours, la saisine du Médiateur du Tourisme et du Voyage, dont l’intervention est gratuite et souvent obligatoire avant toute action en justice.
Un point mérite d’être précisé, car il change tout pour beaucoup de voyageurs : l’assurance annulation ne vient généralement pas à la rescousse dans ce genre de dossier. La plupart des contrats excluent les « faits de guerre » de leurs garanties, y compris les assurances premium. Ce n’est donc pas l’assureur qui doit rembourser une croisière repositionnée pour cause de fermeture du détroit d’Ormuz ou de tensions en mer Rouge, c’est bien l’armateur lui-même, en vertu du contrat de vente initial. Une nuance qui vaut son pesant d’or au moment de rédiger sa réclamation, et qui rappelle qu’en matière de voyage à forfait, le meilleur bouclier du consommateur reste, encore et toujours, le Code du tourisme lui-même.
Sources : defendstesdroits.fr | okcroisiere.fr