Trente minutes. C’est le temps qu’il faut pour passer d’une île grecque bondée de touristes en tongs à des plages de sable blanc quasi désertes, où le repas du soir coûte trois fois moins cher. Le trajet en ferry entre Corfou et Saranda permet de découvrir l’Albanie en seulement 30 minutes de traversée. Et une fois posé le pied sur le quai albanais, l’idée de repartir dormir côté grec devient franchement difficile à défendre.
La liaison n’a rien d’exotique ou de compliqué à organiser. La traversée couvre une distance d’environ 15 milles nautiques (28 km) sur la mer Ionienne, reliant directement l’île grecque de Corfou au port de Saranda, avec une durée moyenne de 30 minutes selon l’opérateur et les conditions météorologiques. Trois compagnies se partagent l’essentiel du trafic : Finikas Lines, Ionian Seaways et Albania Luxury Ferries, avec environ 75 traversées par semaine au total. Côté budget, comptez large : le ferry entre Saranda et Corfou coûte 19 à 24€ par trajet avec Finikas Lines ou Ionian Seaways, un montant qui reste dérisoire face à ce qu’il permet de découvrir.
À retenir
- Un trajet ferry de 30 minutes transforme complètement votre budget vacances
- Des plages comparées aux Maldives existent à quelques minutes de route
- L’isolement historique de l’Albanie a préservé une riviera encore vierge de tourisme de masse
Un fossé de prix qui saute aux yeux dès le débarquement
C’est là que tout bascule. À peine arrivé, la différence de coût de la vie frappe. L’Albanie reste 30 à 50 % moins chère que la Grèce ou la Croatie pour des plages, une nourriture et des hébergements comparables : les repas au restaurant se situent entre 5 et 15 euros contre 20 à 40 euros ailleurs, les bons hôtels entre 40 et 80 euros contre 100 à 200, et le café entre 0,50 et 1 euro contre 3 à 5. Un simple café en terrasse face à la mer, payé dix fois moins cher qu’à Corfou : voilà le genre de détail qui donne le vertige quand on compare les deux rives.
Saranda elle-même n’est pas exempte de défauts, il faut le dire honnêtement. Elle n’est pas parfaite non plus : très développée, parfois bétonnée, elle peut vite perdre de son charme en plein été. Mais la ville n’est qu’un point de départ. À quelques minutes de route, un autre monde s’ouvre. Ksamil, à 20 minutes au sud, offre des plages de sable blanc comparées aux Maldives, avec des transats à 5-8€ la journée. Le surnom n’est pas usurpé : Ksamil est souvent surnommée les « Maldives d’Europe » avec son sable blanc et ses eaux turquoise. Difficile d’imaginer équivalent aussi accessible à si peu de distance d’une île grecque saturée en juillet-août.
Et l’histoire n’est jamais loin non plus. Saranda attire les voyageurs avec ses plages accessibles et sa proximité avec le site archéologique de Butrint, classé UNESCO. Le site mêle plusieurs civilisations sur un espace restreint : Butrint réunit sur quelques hectares 2 500 ans d’histoire, vestiges grecs, romains, byzantins et vénitiens cohabitant dans un cadre de végétation méditerranéenne luxuriante, des Grecs de Corfou s’y étant installés au VIe siècle avant notre ère. Une manière de constater que Corfou et l’Albanie du sud partagent un passé bien plus enchevêtré que ce que suggère la frontière maritime actuelle.
La riviera albanaise, ce littoral encore préservé
Saranda et Ksamil ne sont que la pointe sud d’un ensemble bien plus vaste. La Riviera albanaise s’étend sur 170 km entre Vlorë et Sarandë, au pied des monts Cérauniens qui plongent directement dans la mer Ionienne. Certains n’hésitent pas à la comparer à un classique italien : c’est le secret encore préservé de la Méditerranée orientale, selon les voyageurs expérimentés, la « côte amalfitaine des Balkans ». L’isolement historique du pays a paradoxalement joué en sa faveur : pendant des décennies, le pays le plus hermétiquement fermé d’Europe a tenu ses côtes loin des regards étrangers, si bien qu’entre Vlorë au nord et Sarandë au sud, sur environ 120 à 130 kilomètres, se succèdent des criques d’un turquoise irréel, des plages de galets blancs immaculés, des falaises calcaires plongeant dans une mer d’une transparence cristalline, et des villages de pêcheurs encore peu touchés par le tourisme de masse.
Pour les amateurs de coin plus sauvage, certains spots demandent un peu d’effort. La plage de Gjipe reste accessible uniquement à pied, 40 minutes de marche, ou en bateau, un paradis isolé niché entre des falaises. À l’inverse, des villages comme Himara offrent un compromis entre calme et confort, avec une expérience moins touristique avec un mélange de cultures gréco-albanaise, et plusieurs plages paisibles (Livadi, Llamani, Jale) surplombées d’un château byzantin avec des vues spectaculaires sur les monts Cérauniens.
Ce qu’il faut savoir avant de sauter dans le ferry
Aucune formalité lourde ne freine ce petit saut entre deux pays. L’Albanie n’est ni dans l’Union européenne ni dans l’espace Schengen, l’adhésion étant en discussion mais pas encore actée, mais pour un Français, la carte d’identité en cours de validité suffit, sans visa, pour un séjour jusqu’à 90 jours. Côté monnaie, pas besoin de bureau de change dès l’arrivée : la monnaie est le lek albanais (environ 94 lek pour 1 euro), mais l’euro en liquide est largement accepté dans les zones touristiques. Pour les cartes bancaires, mieux vaut prévoir du liquide en dehors des grandes villes, puisque les cartes bancaires passent bien à Tirana, Vlora et Saranda, moins en zone rurale.
Reste la question du timing. Juillet et août transforment la riviera en fournaise touristique et font grimper les prix : la saison haute grimpe à 30-35 °C, les meilleurs transats partent tôt le matin, et les prix d’hébergement augmentent de 30 à 50 %. Pour profiter des plages sans la foule ni la surchauffe tarifaire, la fenêtre idéale se situe plutôt en amont ou en aval de l’été : viser fin mai à mi-juin ou mi-septembre à début octobre permet de profiter d’une mer Ionienne autour de 24-25 °C en pleine saison, avec des plages comme Ksamil ou Dhermi pas encore saturées. Un détail à noter pour les prochains road-trips côtiers : le nouveau tunnel du col de Llogara est payant depuis avril 2026, une info qui change un peu la donne pour qui veut relier la riviera nord au sud en voiture.
Sources : albania-spirit.com | masculin.com | ferryguide.fr