Personne ne pense à y aller le soir : ces bassins d’eau de mer chauffée du nord de l’Islande n’ont pourtant pas une goutte de chlore

À Húsavík, petite ville de pêcheurs perchée sur la côte nord de l’Islande, trois bassins à débordement surplombent la baie de Skjálfandi depuis une falaise. Leur eau, puisée directement dans deux forages géothermiques côtiers, ne contient aucun produit chimique. Trois piscines à débordement sans produits chimiques sont remplies de deux forages géothermiques côtiers avec de l’eau de mer chauffée naturellement à des températures comprises entre 36 °C et 40 °C. Pas de chlore, pas de filtres, juste un renouvellement permanent de l’eau qui s’écoule des bassins directement vers l’océan. Et pourtant, en dehors des heures de pointe touristiques, ces bassins restent étonnamment tranquilles le soir, alors que c’est précisément à ce moment que le site révèle tout son potentiel.

À retenir

  • Comment trois forages côtiers maintiennent une eau saine sans aucun produit chimique ?
  • Quel secret historique a transformé un échec technique en attraction géothermique ?
  • Pourquoi les visiteurs ignorent le moment magique pour observer les aurores boréales depuis ces bassins ?

Une source née d’un accident industriel

L’histoire de GeoSea commence par une déception. Au milieu du XXe siècle, des ingénieurs islandais forent le sol près du cap de Húsavíkurhöfði dans l’espoir de trouver une source d’eau chaude pour alimenter le chauffage des maisons de la ville. Drilling for hot water at Húsavíkurhöfði in the mid-20th century revealed water that turned out to be hot seawater, too rich in minerals to be suitable for heating houses. Un échec technique, en somme, puisque cette eau trop minéralisée était inutilisable pour le réseau domestique.

Plutôt que de laisser cette ressource se perdre, les habitants ont improvisé. Un vieil baril à fromage a été installé à Húsavíkurhöfði, où les habitants de Húsavík pouvaient profiter des bienfaits de la baignade dans l’eau de mer chaude. Ce fameux « Ostakarið », littéralement le bain de fromage, est devenu pendant des décennies un secret local, un lieu où l’on venait soulager des douleurs cutanées bien avant que le tourisme ne s’intéresse à la région. On y trempait dans un vieux baril à fromage de la coopérative laitière, installé près du forage en 1992, quand le forage a fait remonter une eau de mer géothermique trop riche en minéraux pour chauffer les maisons de Húsavík. Ce n’est qu’en 2018 que le site actuel, bien plus sophistiqué, a ouvert ses portes au public, remplaçant définitivement le vieux baril.

Pourquoi le chlore est superflu ici

La question revient souvent chez les visiteurs habitués aux piscines municipales françaises : comment une eau publique peut-elle rester saine sans traitement chimique ? La réponse tient dans le débit constant des forages. Il n’y a aucun besoin d’utiliser des produits d’entretien ou des équipements, car le flux constant d’eau provenant des forages, entre les bassins, par-dessus leurs bords et vers la mer, garantit que l’eau reste dans les limites fixées par la réglementation sanitaire. Concrètement, l’eau ne stagne jamais : elle jaillit chaude du sous-sol, traverse les bassins en quelques heures, puis repart se jeter dans l’Atlantique Nord. L’ensemble de l’eau des bassins circule toutes les trois heures, la maintenant à la fois chaude et propre. Un système d’assainissement naturel qui tranche radicalement avec le chlore omniprésent dans la plupart des piscines chauffées d’Europe continentale.

Cette eau, à une température oscillant entre 100 °F (38 °C) et 102 °F (39 °C) toute l’année, est aussi réputée pour ses vertus dermatologiques. Ceux qui souffrent d’affections cutanées comme le psoriasis ont trouvé un soulagement en se baignant dans cette eau, rapportent les exploitants du site, une observation empirique plutôt qu’une étude clinique publiée, mais qui recoupe des constats similaires faits ailleurs en Islande sur les eaux géothermales riches en minéraux.

Le rituel islandais que les touristes ratent souvent

Se baigner en pleine nature, dans une eau à 38 degrés, alors que le vent glacial de l’Arctique souffle sur le visage : voilà une expérience sensorielle assez unique, qui explique en partie pourquoi les bassins islandais sont devenus un argument touristique de poids. Mais à GeoSea, la dimension sociale compte tout autant que le décor. Se retrouver entre amis, discuter et se détendre, les bassins chauffés géothermiquement d’Islande occupent une place importante dans la vie sociale du pays. C’est un rituel du quotidien, pas seulement une attraction pour visiteurs de passage.

Le soir, la fréquentation chute nettement, souvent par méconnaissance des horaires ou parce que les circuits touristiques organisés privilégient les visites diurnes couplées à l’observation des baleines dans la baie voisine. C’est pourtant à ce moment que le site dévoile son atout le plus spectaculaire : les nuits claires d’hiver permettent parfois d’apercevoir les aurores boréales directement depuis l’eau chaude. Perchés le long d’une falaise orientée à l’ouest qui surplombe la baie de Skjálfandi et le cercle polaire arctique au nord, les bassins offrent le point de vue ultime pour les observateurs de baleines et pour ceux qui recherchent les aurores boréales. Difficile d’imaginer un cadre plus improbable pour contempler ce phénomène : immergé jusqu’aux épaules dans une eau salée à 39 degrés, pendant que le ciel arctique s’embrase de vert au-dessus de l’océan.

Les bassins sont perchés à 49 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur le cap de Húsavíkurhöfði, offrant une vue qui s’étend jusqu’aux montagnes de la côte et, par temps clair, jusqu’au cercle polaire lui-même. Húsavík, souvent surnommée la capitale européenne de l’observation des baleines, concentre en quelques centaines de mètres une eau chaude naturelle, des cétacés visibles depuis la rive et, une poignée de mois par an, le spectacle polaire. Un concentré de nord islandais que peu de visiteurs pensent à savourer une fois la nuit tombée, alors que c’est justement le moment où la falaise se vide et où l’eau de mer chauffée retrouve tout son silence.