À Budapest, le vent tourne du côté des bains thermaux. Longtemps considérés comme le passage obligé de tout séjour dans la capitale hongroise, les bains Széchenyi perdent des adeptes parmi les résidents et les voyageurs réguliers, qui préfèrent désormais traverser le Danube pour rejoindre les bains Rudas et Lukács, sur la rive de Buda. En cause : une fréquentation devenue difficile à supporter, amplifiée par la fermeture prolongée d’un autre établissement emblématique de la ville.
À retenir
- Une institution thermale historique s’effondre sous le poids de sa propre popularité
- Un rooftop avec vue sur le Danube change radicalement la donne pour les rivaux
- Les tarifs et la surcharge touristique forcent les résidents à migrer secrètement
Széchenyi, victime de son propre succès
Le constat revient dans de nombreux témoignages de visiteurs : Széchenyi offre une expérience unique à Budapest avec son architecture grandiose et ses bassins extérieurs animés, mais beaucoup de voyageurs le trouvent surpeuplé et trop cher. Un avis loin d’être isolé, puisque les retours sur la propreté et le service laissent également à désirer selon plusieurs commentaires recensés en ligne.
Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Ouverts en 1913 dans un style néo-baroque monumental qui a fait sa renommée mondiale, les bains Széchenyi ont marqué l’apogée du thermalisme hongrois, une période où les bains thermaux sont devenus une attraction touristique mondiale tout en restant un lieu de vie sociale quotidien pour les Hongrois. Mais ce succès historique s’est transformé, ces dernières années, en véritable goulot d’étranglement. Un autre facteur aggrave la situation : la fermeture des bains Gellért, l’autre poids lourd du secteur, fermés pour rénovation jusqu’en 2028. Résultat, une bonne partie du flux de touristes qui se répartissait auparavant entre les deux établissements historiques se reporte désormais uniquement sur Széchenyi, qui est désormais incontestablement la destination thermale de référence à Budapest.
Mécaniquement, les prix suivent la même courbe ascendante. Comptez entre 36 et 45 euros pour Széchenyi, contre des tarifs bien plus modestes pour les établissements moins courus. La file d’attente, elle, s’étire dès l’ouverture : plusieurs guides recommandent désormais d’y arriver tôt pour éviter la foule, un conseil qui, à force d’être répété, perd de son efficacité tant tout le monde applique la même stratégie.
Rudas, la bulle ottomane qui domine le Danube
De l’autre côté du fleuve, dans le quartier de Tabán, les bains Rudas cultivent une atmosphère radicalement différente. Construits au XVIe siècle pendant l’occupation ottomane, ils ont conservé plusieurs caractéristiques des bains turcs comme le superbe bassin octogonal, ses colonnes imposantes et sa coupole turque, avec différents bassins thermaux dont les températures sont comprises entre 10 et 42°C. Une architecture qui n’a rien à envier à celle de Széchenyi, mais dans un cadre où l’expérience reste bien plus intime.
Le vrai argument de vente, c’est le toit. Rudas propose un espace mixte récemment rénové, moderne, qui offre un bain chaud sur le toit de l’établissement avec une vue unique sur la capitale hongroise. Se prélasser dans une eau à 36 degrés en surplombant les ponts et les collines de Buda au coucher du soleil : c’est précisément ce que Széchenyi, malgré son décor grandiose, ne peut pas offrir. D’ailleurs, plusieurs guides orientent désormais directement les voyageurs en quête d’une expérience mémorable vers cette option, conseillant d’opter pour les Bains Rudas pour leur rooftop avec vue sur le Danube au coucher du soleil. Petite subtilité à connaître avant de s’y rendre : certains jours restent réservés à un public exclusivement masculin ou féminin, une tradition héritée directement de l’époque ottomane, avant que les week-ends ne rétablissent un accès mixte pour tous.
Lukács, le repaire discret des Budapestois
Sur la rive de Buda toujours, à quelques minutes à pied du pont Marguerite, les bains Lukács incarnent une autre facette du thermalisme hongrois : celle du quotidien, loin des groupes de touristes armés de selfie-sticks. Rénovés une première fois en 1884 puis de nouveau en 1999, ils proposent 3 bassins extérieurs et plusieurs bassins intérieurs, tous mixtes ainsi qu’un sauna, un hammam, une terrasse sur le toit du bâtiment principal et différents services de massage. Rien d’ostentatoire dans le décor, mais une ambiance qui a fait sa réputation auprès des habitués de longue date.
Car Lukács reste avant tout un lieu de sociabilité locale. C’est ici que se rencontrent de nombreux artistes et intellectuels hongrois, venus profiter du calme des lieux, une tradition qui perdure depuis des décennies et qui explique pourquoi les Budapestois eux-mêmes y reviennent, génération après génération. Le porte-monnaie s’en trouve également soulagé : avec des tarifs oscillant entre 19 et 24 euros, les moins chers de tous les grands bains de la capitale, l’établissement séduit autant les résidents que les voyageurs qui ont fini par se lasser de payer le double pour se retrouver coincés entre deux groupes de cinquante personnes.
Ce basculement révèle une réalité plus large sur le tourisme urbain européen : quand un site devient trop identifié à une destination, il finit par étouffer sous sa propre popularité, pendant que ses alternatives, longtemps ignorées, gagnent en fréquentation sans perdre leur âme. À Budapest, la fermeture de Gellért jusqu’en 2028 laisse un vide que Rudas et Lukács comblent progressivement, sans en avoir toujours l’infrastructure ni la capacité d’accueil. De quoi rappeler qu’avant de foncer vers l’établissement le plus photographié sur Instagram, mieux vaut parfois regarder du côté de Buda, là où les bains sont eux aussi très fréquentés par les locaux, avec une piscine intérieure, un spa installé sur le toit, un sauna, un hammam et plusieurs bassins d’eau chaude et d’eau froide.
Sources : tourismehongrie.com | salutbyebye.com