Deux heures de route à peine séparent Florence d’Urbino, mais l’écart de prix, lui, se compte parfois en centaines d’euros par semaine. De plus en plus de voyageurs habitués aux collines toscanes traversent désormais la chaîne des Apennins pour rejoindre les Marches, cette région méconnue coincée entre montagnes et Adriatique. Même décor de cyprès et de villages perchés, même gastronomie généreuse, mais une addition nettement plus légère.
Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Il traduit un basculement plus large du tourisme italien, confronté depuis deux ou trois étés à une fréquentation qui dépasse ses capacités d’accueil dans les zones les plus photographiées.
À retenir
- Pourquoi les voyageurs italiens désertent-ils massivement la destination la plus célèbre du pays ?
- Existe-t-il vraiment une région où vous pouvez vivre l’expérience toscane sans les files d’attente ?
- À quel point les tarifs peuvent-ils vraiment baisser en descendant deux heures vers l’est ?
La Toscane, victime de son image de carte postale
Le paradoxe toscan tient en une phrase : plus la région est belle, plus elle coûte cher à visiter. La Toscane est victime de son succès, sa réputation mondiale construite sur des siècles d’art et de paysages emblématiques en a fait une des destinations les plus prisées d’Europe, ce qui entraîne une flambée des prix en haute saison. Résultat concret sur le terrain : l’hébergement, la restauration et même les activités les plus simples peuvent représenter un budget conséquent, et la recherche d’une location de charme à un prix raisonnable relève souvent du défi.
Florence illustre parfaitement cette tension. La ville a vu ses flux touristiques s’accélérer nettement, au point que les autorités locales s’inquiètent désormais de la pression sur le logement et sur l’espace public. Cette situation a d’ailleurs poussé une partie de la demande vers des villes secondaires comme Lucques, présentée par certains observateurs du secteur comme une valeur refuge pour les voyageurs qui veulent l’expérience toscane sans les files d’attente. Mais pour beaucoup, ce déplacement de quelques kilomètres ne suffit pas à faire baisser suffisamment la note.
Les Marches, la Toscane que personne n’a encore abîmée
C’est là que la région des Marches entre en scène. Frontalière directe de la Toscane à l’est, elle en partage le relief de collines douces, les villages de pierre et les vignobles, mais avec une fréquentation touristique sans commune mesure. La région a un peu de tout : les Apennins à l’ouest, le littoral adriatique ensoleillé et sablonneux à l’est, et entre ces deux points de repère, des collines ondulantes avec des villages perchés, des terres agricoles, des vignobles et des réserves naturelles.
Urbino en est la vitrine culturelle, avec son palais ducal classé au patrimoine mondial. La ville doit sa renommée à un duc de la Renaissance, Federico Montefeltro, qui a rassemblé ici les artistes et architectes les plus célèbres de son époque au XVe siècle. On y retrouve cette même intensité artistique qu’à Florence, mais sans les cordons de sécurité ni les réservations obligatoires plusieurs semaines à l’avance.
Côté nature, la péninsule du Conero change complètement le rapport à la mer par rapport à la Toscane, dont le littoral est souvent plat et bétonné. Ce véritable joyau naturel combine criques sauvages et promontoires rocheux dans un écrin de maquis méditerranéen, des paysages côtiers qui échappent encore aux hordes de touristes. Plus à l’intérieur des terres, les Monts Sibyllins, royaume des loups et des aigles royaux, offrent des randonnées exceptionnelles dans des décors alpins préservés, un terrain de jeu que ne possède pas la Toscane, plus vallonnée que montagneuse.
Une gastronomie tout aussi riche, une addition beaucoup plus légère
Le portefeuille, justement, c’est souvent le vrai déclencheur du changement de destination. Les Marches proposent un éventail d’hébergements qui va du gîte rural simple à la demeure historique restaurée, avec des tarifs qui n’ont pas grand-chose à voir avec ceux de Sienne ou Florence en juillet. Certains observateurs ayant visité la région évoquent même des demeures historiques restaurées proposées à des prix qui feraient rêver tout amateur d’immobilier toscan, preuve que le marché local n’a pas encore intégré la prime touristique qui pèse sur ses voisins.
Côté table, la région ne fait pas non plus figure de parent pauvre. On y savoure des brodetti di pesce préparés selon des recettes centenaires par des pêcheurs d’Ancône, et les vincisgrassi, ces lasagnes locales enrichies de ragù de gibier et de truffes, constituent un festival de saveurs authentiques. La truffe, justement, se négocie souvent moins cher qu’en Toscane, faute d’une demande touristique aussi soutenue.
L’accès s’est aussi simplifié ces dernières années. La région dispose de son propre aéroport, celui de Falconara, à une vingtaine de minutes du centre d’Ancône par la route ou le rail ; à défaut de connexion directe, Bologne ou l’aéroport de Florence restent des points d’entrée reliés à un plus grand nombre de destinations. Ce dernier détail est savoureux : nombre de voyageurs atterrissent encore à Florence, avant de filer immédiatement vers l’est, laissant la ville des Médicis à ses hordes de visiteurs.
Un basculement qui dépasse le simple effet de mode
Les professionnels du secteur ne parlent plus d’un simple engouement passager. L’Ombrie et les Marches forment un duo idéal pour les voyageurs séduits par l’atmosphère toscane mais désireux d’éviter les foules, avec des collines, des vignobles, des oliveraies et des villages médiévaux fréquentés bien plus modestement que leur célèbre voisine. Ce report de la demande touristique vers des régions jusque-là restées à l’écart des grands circuits pourrait bien s’installer durablement, à mesure que les prix continuent de grimper dans les points chauds habituels de la péninsule.
Reste une nuance à garder en tête avant de réserver dans la foulée : les Marches restent une région rurale, moins équipée en infrastructures touristiques que la Toscane après des décennies d’investissement. Les liaisons en transports en commun entre villages y sont plus rares, la location de voiture n’y est pas un luxe mais une nécessité, et certains établissements ferment encore hors saison estivale. Le dépaysement a un prix, même modeste : celui d’organiser soi-même un séjour que la Toscane, elle, a appris à rendre confortable jusque dans ses moindres détails.
Sources : experience.transat.com | to-toscane.fr | le-caucase.com