Non, il vaut mieux ne pas boire l’eau du robinet au Maroc quand on est touriste. Elle est le plus souvent traitée et chlorée dans les grandes villes, ce qui la rend sûre à des degrés variables pour les habitants, mais le ventre d’un voyageur n’a pas les défenses de celui d’un Marocain. L’eau en bouteille capsulée reste le réflexe recommandé par la plupart des autorités sanitaires et des guides de voyage.
Le pays distribue pourtant bien une eau réglementée. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et les régies ou sociétés délégataires des grandes agglomérations, comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, sont chargés de la traiter et de la contrôler. La désinfection au chlore est la règle.
Le problème n’est donc pas l’absence de traitement.
- L’eau est chlorée dans les grandes villes marocaines.
- Le risque principal pour un touriste est la diarrhée du voyageur.
- L’eau en bouteille capsulée reste le réflexe le plus sûr.
- L’ébullition d’une minute élimine l’essentiel des micro-organismes.
Pourquoi la prudence reste de mise
Entre la station de traitement et le robinet, l’eau parcourt des canalisations dont l’état varie beaucoup d’un quartier à l’autre. Dans les vieilles médinas, les réseaux anciens et les réservoirs sur les toits peuvent altérer la qualité finale. Un taux de chlore correct à la sortie de l’usine ne garantit pas la même chose à l’arrivée dans un riad de Fès.
S’ajoute la question du goût, souvent signalée par les voyageurs : une eau très chlorée, parfois calcaire, selon les nappes qui alimentent la ville. Ce n’est pas un danger en soi, mais cela décourage vite de la boire au quotidien.
Le vrai risque pour un visiteur tient à l’adaptation de la flore intestinale. Les bactéries présentes en quantité infime dans une eau jugée conforme localement peuvent provoquer chez un étranger ce qu’on appelle la diarrhée du voyageur, première affection fréquente des séjours en Afrique du Nord selon les recommandations sanitaires aux voyageurs publiées par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. Deux jours cloué à l’hôtel, c’est cher payé pour avoir voulu économiser une bouteille.
Dans les zones rurales, les villages de l’Atlas ou les oasis du Sud, la situation change encore. L’eau provient parfois de puits, de sources ou de réseaux communautaires non traités, et le chlore y est irrégulier ou absent.
Les bons réflexes sur place
L’eau minérale en bouteille se trouve partout, des épiceries de quartier aux stations-service. Les marques nationales sont vendues dans des bouteilles d’un demi-litre à cinq litres, à des prix très bas comparés à ceux de la France. Vérifiez simplement que la capsule est intacte : des bouteilles remplies puis rebouchées existent, surtout dans les lieux très touristiques.
Les glaçons demandent la même vigilance. Dans un hôtel de catégorie supérieure ou un restaurant qui sert beaucoup d’étrangers, ils sont généralement faits avec de l’eau filtrée ou en bouteille. Dans une gargote de rue, le doute est permis, et un jus de fruits pressé servi avec de la glace pilée mérite la même question.
Pour le brossage des dents, beaucoup de voyageurs prudents utilisent l’eau en bouteille, surtout les premiers jours. Les salades crues lavées à l’eau du robinet et les fruits que l’on ne pèle pas relèvent de la même logique. Un fruit à peau épaisse, comme l’orange ou la banane, reste le choix le plus sûr.
La douche ne pose aucun problème, à condition de ne pas avaler l’eau.
Le thé à la menthe, boisson nationale, est préparé avec de l’eau bouillie, ce qui élimine l’essentiel des micro-organismes. Il en va de même des soupes, tajines et plats servis très chauds, dont la cuisson prolongée limite le risque.
Voyager sans empiler les bouteilles en plastique
Le Maroc consomme de grandes quantités d’eau embouteillée, et le plastique s’accumule dans les villes comme sur les sentiers de randonnée. Le ministère français des Affaires étrangères et les agences de voyage spécialisées recommandent désormais des solutions de traitement individuelles pour les séjours longs ou en trek : filtres portables, pastilles de purification ou gourdes filtrantes.
Les pastilles à base de chlore ou de dioxyde de chlore agissent en 30 minutes à quelques heures selon le produit, et celles à base de dioxyde de chlore sont plus efficaces contre certains parasites. Les filtres à membrane retiennent bactéries et protozoaires, mais pas toujours les virus, d’où l’intérêt de lire la notice avant de partir. L’ébullition pendant une minute reste la méthode la plus sûre, trois minutes en haute altitude.
Lors d’un trek dans le Haut Atlas, les muletiers remplissent souvent les gourdes à la source du village. Traitez systématiquement cette eau, même si elle semble claire et fraîche : l’eau de montagne peut contenir des parasites en provenance des troupeaux qui paissent en amont.
Certains hôtels et maisons d’hôtes proposent désormais des fontaines d’eau filtrée pour remplir sa gourde. La démarche reste rare et variable, mieux vaut la demander à la réservation.
Si le ventre se rebelle
Une diarrhée du voyageur guérit le plus souvent seule en un à trois jours. L’essentiel est de se réhydrater : les sachets de sels de réhydratation orale, vendus en pharmacie en France comme au Maroc, sont conçus pour cela. Les pharmacies marocaines, nombreuses et signalées par une croix verte, conseillent volontiers.
Consultez un médecin si la fièvre apparaît, si du sang est visible dans les selles, ou si les symptômes durent plus de quelques jours. Ces signes ne relèvent plus du simple inconfort. Les enfants en bas âge et les personnes âgées se déshydratent plus vite, et justifient une consultation plus rapide.
Avant le départ, la consultation des conseils aux voyageurs sur le site du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (diplomatie.gouv.fr) permet de vérifier les recommandations sanitaires en vigueur. Un médecin ou un centre de vaccinations internationales peut aussi vérifier vos vaccins, dont l’hépatite A, souvent conseillée pour un séjour au Maroc puisqu’elle se transmet par l’eau et les aliments contaminés.
Une dernière précision tempère l’image d’un pays à risque : les habitants des grandes villes boivent souvent l’eau du réseau après l’avoir filtrée ou laissée reposer, mais beaucoup de ménages marocains achètent aussi des bonbonnes de vingt litres livrées à domicile. Même chez eux, la confiance dans le robinet reste partielle.