Santorin en août. Des centaines de touristes agglutinés sur les calderins d’Oia pour photographier le même coucher de soleil, les tavernes à 40 euros le plat, les ruelles blanches transformées en couloirs de centre commercial. Beaucoup de voyageurs reviennent de Grèce avec cette impression étrange : avoir vu quelque chose de beau sans vraiment l’avoir vécu. C’est ce sentiment, souvent, qui pousse à chercher ailleurs. Et « ailleurs », en Grèce, ça s’appelle le Zagori.
À retenir
- Une région grecque reste complètement ignorée des agences de voyage standard
- Les autorités elles-mêmes admettent que les Cyclades ne sont plus viables en été
- Ce que vous verrez ici, les photographes de cartes postales l’ont délibérément ignoré
Une région que la carte postale a oubliée
Au nord de la Grèce se trouve une région méconnue de la plupart des touristes : les Zagories, situées en Épire. Pas d’îles, pas de mer turquoise, pas de moulin iconique. Nichée dans les montagnes de l’Épire, cette région abrite quarante-six villages traditionnels en pierre, les Zagorochória, et est célèbre pour les gorges de Víkos, comptant parmi les plus profondes du monde, et ses sentiers reliant d’élégants ponts arqués datant du XVIIIe siècle.
Les villages de Zagori sont nichés au pied du massif du Pinde. La beauté sauvage des environs est saisissante, avec les méandres de la Voidomatis et les impressionnantes gorges de Vikos. Ce que les photos ne restituent pas, c’est le silence. Pas le silence d’un endroit désert, mais celui d’un territoire qui n’a pas été formaté pour le tourisme de masse, où les ruelles pavées appartiennent encore aux habitants. Loin de la carte postale des îles, c’est de l’immersion qu’il s’agit, s’accomplissant à travers ses magnifiques rivières, ses gorges gigantesques comme à Vikos, sans oublier les innombrables ponts de pierre en arc légués par la tradition.
Depuis septembre 2023, cette zone très préservée dans les montagnes est inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, grâce au géoparc de Vikos-Aoos. Une reconnaissance tardive pour une région qui méritait ce label depuis longtemps.
Ce que les Cyclades ne peuvent plus offrir
Le contraste n’est pas anodin. La Grèce a accueilli plus de 33 millions d’arrivées internationales en 2024, et sa stratégie face au surtourisme se concentre sur les principaux points de pression : Santorin, Mykonos et Athènes. À Santorin, les autorités grecques ont même instauré une limite quotidienne de croisiéristes pour préserver l’écosystème de l’île. Les habitants et résidents permanents des Cyclades font face à un problème bien visible : la détérioration des paysages et de l’identité insulaire au profit du surtourisme et des investissements immobiliers massifs.
Des acteurs du tourisme tirent eux-mêmes la sonnette d’alarme. La vocation d’un tourisme durable est de proposer une alternative basée sur une expérience authentique. Or, le tourisme à Mykonos et Santorin ne répond plus à aucun de ces critères durant la période estivale. Des itinéraires alternatifs, tels que le Péloponnèse ou la Grèce continentale, bien moins fréquentés en été, commencent à être activement promus comme substituts.
Le Zagori incarne précisément cette Grèce continentale que les agences de voyage redécouvrent. La plupart du tourisme qui s’y développe reste local. On n’y trouve ni bus de touristes ni hordes de vacanciers : Zagori est vraiment hors des sentiers battus.
Villages de pierre, ponts ottomans et gorge du bout du monde
Les 46 villages qui composent les Zagorochoria, éparpillés dans le parc national du Pinde, sont l’incarnation parfaite de l’architecture traditionnelle grecque en pierre. Chaque village est unique, mais tous partagent des maisons en pierre aux toits en ardoise, des ruelles pavées et des églises séculaires.
Le village de Kipoi séduit par ses ponts en arc de pierre d’une élégance rare, témoins du savoir-faire architectural ottoman et vénitien qui a marqué la région. Ces ouvrages construits entre les XVIe et XIXe siècles permettaient aux caravanes commerciales de franchir les torrents qui dévalent des sommets du Pinde. Un détail qui donne la mesure du lieu : on ne marche pas sur de simples sentiers de randonnée, mais sur des voies commerciales pluriséculaires.
Le clou du spectacle reste la gorge de Vikos. Elle s’étend sur plus de douze kilomètres avec des parois atteignant 900 mètres de hauteur. Elle est répertoriée comme « la gorge la plus profonde par rapport à sa largeur » du monde selon le livre Guinness des records. Le belvédère d’Oxia, accessible via une courte marche, propose l’une des vues les plus théâtrales sur le canyon : depuis cette terrasse naturelle sécurisée, le regard plonge directement dans un abîme de près d’un kilomètre de profondeur.
Longeant la rivière Voidomatis, la gorge est située au cœur du parc national de Vikos-Aoos, l’un des écosystèmes les plus importants de Grèce. La zone répertorie 186 espèces d’oiseaux et plus de 1 800 types de plantes. Ce chiffre, à lui seul, dit quelque chose sur la densité biologique d’un territoire que le tourisme de masse n’a pas encore appauvri.
Comment s’y rendre et quoi prévoir
Le moyen le plus pratique pour accéder aux différents points d’entrée reste la voiture. Depuis Ioannina, le trajet dure environ 50 minutes jusqu’au village de Monodendri. Ioannina, capitale de l’Épire, se rejoint depuis Athènes en avion (1h) ou en bus longue distance. Avec la proximité d’un milieu naturel si majestueux, Zagori est une base idéale pour des activités de plein air telles que la randonnée, le kayak, le rafting et le parapente.
Pour les randonneurs, le tracé classique dans les gorges depuis Monodendri ou Kipi demande une journée complète, comptez 6 à 8 heures. Pour les moins sportifs, les villages se visitent aussi au volant, en s’arrêtant aux ponts et aux points de vue. L’hébergement en chambres d’hôtes traditionnelles démarre autour de 40 euros la nuit, tandis que les repas dans les tavernes familiales oscillent entre 15 et 25 euros, incluant les spécialités locales préparées selon des recettes ancestrales.
Un dernier fait à garder en tête avant de partir : depuis les années 1990 jusqu’en 2010, la classe moyenne grecque avait pris l’habitude de visiter les villages de Zagori, et l’on espérait un moment que ce tourisme puisse stopper le déclin économique de la région, d’où les nombreux hébergements et restaurants qui s’y sont développés. Contrairement à d’autres destinations « alternatives » récemment médiatisées qui s’emballent avant même d’avoir développé une infrastructure d’accueil, le Zagori dispose déjà d’un tissu hôtelier rodé, discret, tenu par des familles locales. Le type d’endroit qui n’a pas besoin d’être « découvert » par un influenceur pour exister.
Sources : generationvoyage.fr | votrecarnetdevoyage.com