J’ai roulé jusqu’à l’entrée du Timanfaya juste pour traverser les cratères au volant : au parking d’Islote de Hilario, j’ai compris où ma voiture s’arrêtait

Passé l’entrée d’El Taro, sur la route LZ-67, on peut garder les mains sur le volant jusqu’au bout : mais le bout, c’est le parking d’Islote de Hilario, et pas un mètre de plus. On peut conduire jusqu’à l’entrée et continuer jusqu’à l’Islote de Hilario, mais il faut rester dans son véhicule entre l’entrée d’El Taro et la zone de parking. Une fois garé, il n’est plus possible d’explorer l’intérieur protégé avec sa propre voiture. Autant le savoir avant de s’imaginer sillonner les cratères en solo comme dans un décor de film post-apocalyptique.

La route qui mène jusque-là vaut déjà le déplacement. On longe des coulées de lave figées, des cônes noirs qui semblent avoir refroidi la veille, et on comprend vite pourquoi cette île a inspiré tant de photographes et de scénaristes en manque de paysages martiens. Mais l’euphorie retombe net au parking : ici, c’est terminé pour le volant. La suite se fait à pied jusqu’au comptoir d’accueil, puis en bus.

À retenir

  • Votre voiture ne vous mènera que jusqu’au parking : au-delà, c’est interdit
  • La démonstration géothermique au sol surpasse tous les clichés touristiques
  • Deux alternatives de randonnée existentpour les vrais aventuriers, mais les places s’arrachent

Pourquoi la voiture s’arrête net à Islote de Hilario

Ce n’est pas un caprice administratif. Le Parc national de Timanfaya, situé au sud-ouest de l’île de Lanzarote, couvre une superficie d’environ 51 kilomètres carrés entre les communes de Yaiza et Tinajo, façonné par les longues éruptions volcaniques survenues entre 1730 et 1736, et protégé depuis sa déclaration comme parc national en 1974. Un écosystème aussi jeune géologiquement (les coulées ont trois siècles à peine, ce qui est très récent à l’échelle volcanique) reste extrêmement fragile : la moindre trace de pneu ou de semelle peut y persister des décennies.

Pour protéger l’écosystème fragile du parc, il n’est pas permis de l’explorer librement en voiture ou à pied. À la place, tout le monde embarque dans les navettes officielles. Les bus de la Ruta de los Volcanes partent de l’Islote de Hilario, où se trouve également le parking et le restaurant El Diablo, avec un départ toutes les vingt minutes environ, pour un trajet d’une quarantaine de minutes commenté en espagnol et en anglais. Le circuit, imaginé par l’architecte et artiste César Manrique, figure de proue de l’urbanisme insulaire à Lanzarote, dessine une boucle de quatorze kilomètres à travers un paysage qui semble n’avoir jamais connu la vie.

Une fois à bord, impossible de descendre en cours de route. Il n’est pas permis de descendre du véhicule pendant le trajet, les arrêts du bus servent uniquement à l’observation depuis l’intérieur, et il est obligatoire de rester assis, de ne pas ouvrir les fenêtres et de ne pas consommer de nourriture ou de boissons. Des règles qui peuvent sembler strictes au premier abord, mais qui prennent tout leur sens quand on réalise qu’on roule littéralement au-dessus d’un four géant.

Le spectacle géothermique qui justifie l’attente

Au retour de la boucle en bus, la vraie surprise attend au sol, juste devant l’Islote de Hilario. Des employés du parc font des démonstrations impressionnantes de la chaleur qui couve sous la croûte volcanique. La chaleur reste intense sous la surface, atteignant jusqu’à 600°C dans certaines zones, et lors de la démonstration la plus spectaculaire, de l’eau froide est versée dans un trou, puis quelques secondes plus tard un puissant jet de vapeur jaillit comme un geyser, s’élevant jusqu’à 10 mètres de haut. Un employé assure ce numéro à quelques mètres du public, sans barrière imposante, ce qui accentue l’aspect presque irréel de la scène : la terre qui fume, qui gronde, qui répond en direct à un simple seau d’eau.

Juste à côté, le restaurant El Diablo, dessiné par Manrique lui-même, pousse le concept encore plus loin. Sa cuisine est conçue avec une architecture inspirée de la Geria, des lampes artisanales fabriquées à partir de poêles, et un espace symbolique appelé le Jardin Mort, composé de restes volcaniques et d’éléments naturels pétrifiés. La viande y est grillée directement grâce à la chaleur qui remonte du sous-sol volcanique, sans four ni charbon. Un détail qui, à lui seul, résume l’esprit du lieu : ici, même la gastronomie est mise en scène pour rappeler qu’on marche sur un volcan encore actif.

Réserver avant de partir, sous peine de repartir bredouille

Le fonctionnement a changé ces dernières années, et pas dans le sens de la souplesse. Depuis la mise à jour de 2026, la réservation en ligne est désormais obligatoire avant l’arrivée, il n’y a plus de vente sur place. Fini le réflexe touristique classique consistant à débarquer devant le guichet en espérant une place de dernière minute : sans créneau réservé à l’avance, la voiture fait demi-tour à l’entrée.

Côté horaires, le parc ouvre tous les jours de 9h à 17h45, avec un dernier accès à 15h45 pour la visite en bus, et côté tarifs, il faut compter 30€ pour un adulte et 15€ pour un enfant de 7 à 12 ans, la gratuité s’appliquant en dessous de 7 ans. Un prix qui a grimpé ces dernières saisons, et qui alimente certaines critiques sur la rentabilité du site. Pourtant, le nombre de visiteurs annuels ne faiblit pas, preuve que l’expérience continue de convaincre malgré la contrainte du bus obligatoire.

Pour ceux qui refusent l’idée de tout voir depuis une vitre de car, il existe une alternative moins connue : deux itinéraires de randonnée existent dans les Montañas del Fuego, la Ruta de Tremesana, longue d’environ 4 kilomètres et toujours guidée, à réserver à l’avance au Centre de Visiteurs de Montaña Blanca, et la Ruta del Litoral, longue de 9 kilomètres, qui peut se parcourir guidée ou librement. Ces sentiers, en nombre limité de places par jour, permettent de fouler réellement le sol volcanique plutôt que de l’observer à travers une vitre climatisée. Une option à envisager pour qui prépare son voyage suffisamment tôt, tant les créneaux partent vite en haute saison.