Le sauna que j’avais réservé trois jours avant mon vol pour Oslo ne se trouvait même pas à Sørenga. Debout sur les pontons de bois de ce quartier balnéaire flambant neuf, face au fjord, j’ai réalisé mon erreur : la baignade est gratuite ici, toute l’année, et le sauna que j’imaginais accolé au bassin appartenait en réalité à une tout autre structure, plantée plusieurs centaines de mètres plus loin, près de l’Opéra.
L’anecdote peut prêter à sourire, mais elle raconte quelque chose de plus large sur la façon dont on imagine, depuis la France, la culture du bain froid scandinave. On projette sur Oslo l’image d’un rituel millénaire, minutieusement organisé, alors que la réalité est nettement plus éclatée, et souvent gratuite.
À retenir
- Les saunas flottants d’Oslo ne sont pas situés où on croit et réclament une réservation payante
- Les habitants osloïtes préfèrent des alternatives moins onéreuses pour se réchauffer
- Sørenga offre une baignade gratuite toute l’année, mais le sauna reste une prestation à part entière
Sørenga, la promesse d’une baignade urbaine sans prise de tête
Sørenga n’est pas un lieu improvisé. Ce quartier construit sur d’anciens quais à conteneurs a ouvert son bassin d’eau de mer en juin 2015, et il a depuis été désigné par The Guardian comme l’une des dix meilleures piscines d’eau de mer d’Europe. L’endroit ne désemplit pas dès les beaux jours : un grand bassin extérieur alimenté directement par le fjord, une pataugeoire pour enfants, des plongeoirs et une terrasse ensoleillée d’environ 500 transats. Rien à débourser pour en profiter : le bassin de Sørenga est ouvert au public et gratuit toute l’année.
C’est précisément ce qui m’avait mise en confiance avant le départ. Si la baignade est libre et sans réservation, me suis-je dit, autant sécuriser le sauna à l’avance, pour être sûre de me réchauffer après un plongeon dans une eau qui, même en plein été, ne dépasse guère les 19 à 22 degrés d’après les relevés locaux, et frôle les zéro degré en hiver.
J’avais donc réservé, via une plateforme en ligne, un créneau dans un sauna flottant censé se trouver « à Sørenga ». Mais le site vendait un forfait pour une structure indépendante, gérée par une association distincte du bassin municipal, et localisée à bonne distance à pied.
La découverte sur le ponton : deux mondes qui ne se parlent pas
Sørenga fonctionne comme un espace public géré par la municipalité d’Oslo. Les saunas flottants, eux, appartiennent à un tout autre écosystème. La solix.no le confirme noir sur blanc : Sørenga Sjøbad est gratuit pour la baignade en mer, mais c’est une zone de bain sans installation de sauna permanente. Le sauna que j’avais réservé se situait en réalité entre l’Opéra et Sørenga, dans un secteur exploité par l’association des saunas d’Oslo. Le site de VisitNorway est clair sur la localisation : près de la plage de l’Opéra, entre l’Opéra et Sørenga, se trouvent les saunas flottants et le jacuzzi de l’Association des saunas d’Oslo.
Cette association n’a rien d’une entreprise commerciale classique. Elle est essentiellement gérée par des bénévoles et compte aujourd’hui 14 saunas d’une capacité de 6 à 25 personnes chacun. Une organisation presque coopérative, née de l’engouement des habitants pour le bain froid, qui a fini par essaimer tout le long du port.
Le vrai coup de massue est arrivé quand j’ai compris que ma réservation anticipée n’avait servi à rien. Il est possible de venir pour une séance sans réservation le matin et l’après-midi presque tous les jours. J’avais payé pour un créneau fixe, avec pénalité en cas d’annulation tardive, alors qu’un simple drop-in aurait suffi neuf fois sur dix, sauf peut-être un samedi soir de décembre où toute la ville se rue vers la chaleur du bois qui crépite.
Ce que les Osloïtes font (et que les touristes ignorent)
En creusant un peu sur place, j’ai découvert que les habitants n’ont presque jamais recours aux saunas flottants premium pour un simple réchauffement post-baignade. Beaucoup préfèrent la piscine municipale de Tøyenbadet, où le sauna est intégré au billet d’entrée. L’option la moins chère incluant un sauna est une piscine municipale à 175 couronnes pour un adulte et 125 couronnes pour un étudiant ou senior, l’accès au sauna étant compris dans le billet d’entrée. Une fraction du prix d’un créneau privatif sur un ponton flottant face au fjord.
Les saunas flottants restent malgré tout une expérience à part, et je ne regrette pas complètement mon choix. KOK Oslo, l’une des enseignes les plus connues du port, propose des radeaux chauffés au bois avec vue sur l’eau : les radeaux-saunas de KOK Oslo peuvent accueillir jusqu’à 10 personnes et offrent un sauna chaud, chauffé au bois, combiné à des bains rafraîchissants, toute l’année. C’est cher, c’est photogénique, et ça vaut le détour une fois. Mais ce n’est ni gratuit, ni indispensable, ni situé à Sørenga.
Ma leçon pour quiconque prépare un séjour à Oslo : la baignade au bassin de Sørenga ne coûte rien et ne nécessite aucune réservation, mais le réchauffement au sauna est une prestation séparée, payante, et gérée par des structures associatives dispersées le long du port, de Langkaia à Tjuvholmen en passant par Aker Brygge. Un détail amusant glané en discutant avec un habitué du ponton : certains Osloïtes n’utilisent même pas de sauna l’hiver, ils enchaînent directement le plongeon glacé avec un thermos de café chaud et une doudoune, façon locale de faire des économies tout en restant fidèle au rituel nordique.
Sources : viator.com | visitnorway.fr