Les habitués de Fès el-Bali bouclent toujours leur sac bien avant d’entrer dans la médina et ce n’est pas pour gagner du temps

Avant de franchir Bab Boujloud, la porte bleue qui ouvre sur les entrailles de Fès el-Bali, les voyageurs aguerris répètent tous le même geste : ils vident leurs poches, glissent leur passeport dans une pochette ventrale, ne gardent que le strict nécessaire en liquide et verrouillent leur sac à dos contre leur dos. Ce n’est pas une habitude prise pour gagner quelques minutes. C’est une précaution née de l’expérience, dans une médina où plus de 9000 ruelles étroites et sinueuses entremêlent artisanat traditionnel, monuments historiques et vie quotidienne authentique, et où la densité humaine transforme chaque venelle en terrain de jeu idéal pour les pickpockets.

À retenir

  • Pourquoi le sac bouclé n’est pas une question de temps mais de sécurité stratégique
  • Les véritables zones à risque que les guides locaux identifient précisément
  • Le rituel complet des habitués : répartition de l’argent, sac anti-vol et vigilance nocturne

Un labyrinthe où se perdre est presque un rite de passage

Fès el-Bali n’est pas un site muséifié figé dans le temps. C’est une ville qui vit, respire, travaille, et où labyrinthique et surpeuplée, la médina abrite le plus vieux quartier de Fès, datant du VIIIe siècle, avec plus de 300 quartiers et 9 000 ruelles, la plupart sans issue. Autant dire qu’un plan papier ou une application de cartographie ne suffit pas toujours à s’y retrouver. D’ailleurs, plusieurs voyageurs de retour racontent la même mésaventure : à peine arrivés à Fès, ils se retrouvent déboussolés pour trouver leur hôtel dans le cœur historique, Google Maps fonctionnant à peu près mais manquant de précision à certains endroits.

Cette configuration urbaine, unique au monde, explique pourquoi le premier réflexe des habitués n’est pas de foncer tête baissée vers les tanneries ou la médersa Bou Inania. C’est justement pour cette raison que beaucoup recommandent de obtenir une carte ou d’engager les services d’un guide pour se repérer dans l’ancienne médina. Un choix qui n’a rien d’anecdotique : dans un dédale aussi dense, se perdre n’est pas juste inconfortable, cela expose aussi davantage aux sollicitations et aux petites arnaques qui gravitent autour des touristes visiblement désorientés.

Le vrai danger n’est pas celui qu’on imagine

Contrairement à certaines idées reçues, Fès n’a rien d’une ville à risque au sens où on l’entendrait pour une zone de conflit ou de grande criminalité. Les analyses les plus récentes sont unanimes sur ce point : Fès n’est pas une ville dangereuse, la criminalité violente envers les touristes y est exceptionnelle, et le principal risque reste la petite délinquance opportuniste, pickpockets et arnaques en tête. C’est précisément cette nuance qui justifie le rituel du sac bouclé avant l’entrée : on ne se protège pas d’une agression, mais d’un vol à la tire, discret et rapide, dans une foule compacte où personne ne remarquera la main qui se glisse vers une poche arrière.

Les zones les plus exposées sont d’ailleurs bien identifiées par ceux qui connaissent la ville. Les pickpockets ciblent principalement les smartphones et portefeuilles dans les souks bondés, notamment autour des tanneries Chouara et du souk Attarine, deux passages obligés pour n’importe quel visiteur. Et si les vols violents restent rares, les arrachages de sac existent aussi à la sortie des sites touristiques majeurs, souvent au moment où l’attention retombe après une visite.

Plusieurs guides de voyage insistent sur le même point : le danger vient moins d’une menace organisée que d’un moment d’inattention. Comme le résume un guide de sécurité, Fès connaît un niveau modéré de petite délinquance, et le vol survient le plus souvent dans les zones où les touristes se rendent le plus. ce sont précisément les lieux les plus photogéniques, les plus recommandés, les plus fréquentés, qui concentrent le risque.

Le rituel avant d’entrer, geste par geste

Chez les habitués, ce moment avant l’entrée dans la médina ressemble presque à un check-list de pilote. On répartit l’argent liquide dans plusieurs poches, jamais toute la somme au même endroit. On laisse les cartes bancaires non essentielles et les copies de documents à l’hôtel, une pratique largement recommandée puisqu’il est conseillé de souscrire une assurance voyage avec rapatriement médical et garder des photocopies des documents importants en cas de perte ou de vol.

Le sac lui-même fait l’objet d’une attention particulière : fermeture zippée tournée vers le corps, bandoulière croisée plutôt que portée à l’épaule, téléphone jamais dans une poche extérieure facilement accessible. Un conseil qui revient sans cesse chez les voyageuses solo notamment, qui privilégient des sacs à dos anti-vol pour traverser les souks bondés. Certains guides locaux vont jusqu’à confier avoir vu trop de touristes se promener seuls avec des objets de valeur dépassant de leurs poches, une négligence qui facilite grandement la tâche des voleurs à la tire.

Ce soin apporté avant même de passer la porte n’a rien d’excessif quand on sait que les faux guides et les passages étroits et bondés exigent une attention particulière pour garder ses affaires proches de soi. La médina reste par ailleurs une zone très surveillée, ce qui limite les risques les plus graves, mais ne dispense pas de cette vigilance de base.

Un détail que peu de visiteurs anticipent : la nuit change complètement la donne. Beaucoup de voyageurs expérimentés limitent leurs sorties nocturnes aux grands axes éclairés de la médina, en évitant de s’aventurer au-delà de certaines heures dans les ruelles secondaires, là où l’éclairage se fait plus rare et les repères plus flous. La place Seffarine, animée par ses artisans dinandiers jusqu’en début de soirée, reste l’un des rares endroits où l’ambiance nocturne conserve un charme sans inquiétude excessive, contrairement à d’autres recoins plus isolés du dédale médiéval.