À une heure de route du tumulte estival d’Annecy, un lac de Savoie a fait le choix inverse : depuis 1967, les bateaux à moteur thermique y sont purement et simplement interdits. Résultat, le lac d’Aiguebelette reste l’un des rares plans d’eau naturels de cette taille en France où l’on entend encore le clapotis des rames plutôt que le vrombissement des hors-bords.
La comparaison avec Annecy tient en une image : sur le lac savoyard voisin, jet-skis et ski nautique se disputent l’espace avec les pédalos, même si des règles encadrent tout ça. Au sein de la bande de rive, la navigation est limitée à 5km/h, et de façon générale, la navigation est interdite dans certaines zones, notamment pour le jet-ski. Mais en dehors de ces bandes protégées, les hors-bords circulent librement, et l’été, la fréquentation se fait sentir sur l’eau comme sur les berges.
À retenir
- Un arrêté vieux de 60 ans transforme radicalement l’expérience : quel lac français ose encore imposer une telle interdiction ?
- L’eau y atteint 26-28°C l’été et accueille les championnats du monde d’aviron : à quoi ressemble vraiment cette surface parfaite ?
- Plages payantes et droit de navigation : découvrez le vrai prix d’un lac préservé loin de la foule
Un arrêté vieux de près de 60 ans qui a tout changé
À Aiguebelette, la règle est plus radicale et surtout plus ancienne. Afin de préserver la qualité de ses eaux et de son environnement, les bateaux à moteur sont interdits sur le lac depuis un arrêté de 1967. Près de soixante ans plus tard, cette décision continue de façonner l’identité du site : pas de vagues artificielles, pas de bruit de moteur, une eau qui reste d’une transparence rare pour un lac de cette taille.
Le cadre réglementaire actuel confirme et précise cette interdiction historique. La navigation des embarcations à motorisation thermique est strictement interdite sur le lac d’Aiguebelette, et la vitesse de navigation est limitée à 9 km/h pour les rares engins électriques tolérés. Seule exception : les activités nautiques motorisées y sont strictement interdites, à l’exception des embarcations de secours. Autant dire que le silence n’est pas un accident, c’est une politique assumée depuis des décennies.
Ce statut singulier tient aussi à la propriété du lac, qui n’appartient pas au domaine public comme la plupart des lacs alpins. Le lac est privé, il appartient à la famille De Chambost et EDF et il est géré par la CCLA, la communauté de communes locale. Une configuration atypique qui explique pourquoi chaque embarcation, même un simple paddle, doit s’acquitter d’un droit de navigation, dont les recettes financent directement la protection du site.
Le troisième plus grand lac naturel de France, et l’un des plus chauds
Aiguebelette n’a rien d’une flaque discrète perdue dans la montagne. Troisième plus grand lac naturel de France après le lac du Bourget et le lac d’Annecy, Aiguebelette s’étend sur 545 hectares, avec une profondeur maximale de 71 mètres. De quoi rivaliser en superficie, mais sans jamais atteindre la notoriété touristique de son voisin savoyard.
Ce qui surprend le plus, c’est la température de l’eau. On imagine souvent les lacs alpins glacés même en plein été, mais Aiguebelette déjoue le cliché : le lac d’Aiguebelette est réputé pour être l’un des lacs naturels les plus chauds de France, avec une température pouvant atteindre 26 à 28°C en été. Une eau à la couleur immédiatement reconnaissable aussi, puisque la couleur vert émeraude de ses eaux est l’une des plus photographiées des Alpes du Nord. Le site est aujourd’hui protégé à plusieurs niveaux : classé en Réserve Naturelle depuis 2015, le lac d’Aiguebelette possède un écosystème remarquable et des zones naturelles classées et protégées.
Ce qu’on y fait vraiment, entre paddle et aviron olympique
L’absence de vagues motorisées a fait d’Aiguebelette un terrain de jeu de choix pour les sports nautiques doux. Le lac est interdit aux embarcations à moteur et de ce fait, l’eau est très calme, sans la moindre vague, et c’est pour cette raison que le lac a accueilli deux éditions des championnats du monde d’aviron. Un détail qui en dit long sur la qualité de la surface d’eau : quand les meilleurs rameurs de la planète viennent s’entraîner ici, c’est que le calme n’est pas une légende marketing.
Côté pratique, l’accès reste organisé mais accessible. 7 plages aménagées vous attendent, surveillées de juin à août, payantes en saison et gratuites hors saison. Pour la navigation, chaque visiteur doit s’acquitter du fameux droit de navigation, dont le tarif reste modeste, de l’ordre d’une dizaine d’euros à l’année pour un paddle selon les témoignages de pratiquants réguliers. Les activités possibles se résument à quelques options simples : paddle au lever du soleil, kayak dans les roselières protégées, voile légère ou bateau électrique sans permis pour ceux qui préfèrent avancer sans effort.
Reste un point que les habitués soulignent souvent avec un brin de déception : les plages sauvages et gratuites sont rares autour du lac, la quasi-totalité des accès étant gérée et parfois payante en saison. C’est le prix à payer pour préserver un lac privé de cette qualité, mais ça mérite d’être su avant de faire la route depuis Annecy, sac de plage sous le bras et attentes d’un accès libre façon lac public.
Sources : ccla.fr | actunautique.com