Sable blanc, eau turquoise digne des Caraïbes et quatre îlots que l’on rejoit à la nage : c’est ce décor qui m’a fait comprendre, un après-midi de juin, pourquoi Ksamil grimpe si vite dans les carnets de voyage des Européens. Surnommée les « Maldives de l’Europe », Ksamil est devenue en quelques années LA destination phare de la Riviera albanaise, avec des eaux turquoise d’une transparence irréelle, des plages de sable clair et quatre îlots verdoyants que l’on rejoint à la nage. Après des étés passés à batailler pour une place de parking à Dubrovnik ou à payer une fortune pour un transat sur Hvar, la comparaison a fait mal à la Croatie.
À retenir
- Une station balnéaire albanaise rivalise sérieusement avec les destinations méditerranéennes établies
- Les différences de prix avec la Croatie sont spectaculaires mais le village change à une vitesse inquiétante
- L’infrastructure touristique explose : nouvelle aéroport, boom immobilier et premiers signes d’usure
Ksamil, le petit village qui éclipse la Croatie
Ksamil est un village côtier de l’extrême sud de l’Albanie, sur la Riviera albanaise, situé à seulement 17 km au sud de Sarandë et à 4 km du site antique de Butrint, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’endroit n’a rien d’un secret bien gardé depuis longtemps : le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux ont fait le reste, en moins de dix ans, Ksamil est passée de village de pêcheurs discret à destination de rêve incontournable de l’Albanie. Ce qui frappe en arrivant, ce sont ces quatre îles qui se détachent juste en face de la plage principale. Les deux plus célèbres, surnommées les îles jumelles, se touchent presque, reliées par une fine langue de sable bordée d’une végétation dense qui évoque davantage les Caraïbes que la Méditerranée. Détail que peu de touristes connaissent : sous le régime communiste albanais, ces îles constituaient une zone strictement interdite à la population, leur position face à Corfou en faisant un point de surveillance stratégique et une frontière symbolique avec le monde occidental. Un pays resté fermé jusqu’au début des années 1990 qui affiche aujourd’hui l’une des plages les plus photographiées d’Europe, il y a quelque chose d’assez vertigineux dans ce contraste.
Le climat n’y est pas pour rien non plus. Le village cumule plus de 300 jours de soleil par an et affiche les précipitations les plus faibles de tout le pays. Reste que la question du timing est centrale : en mai-juin, la mer est déjà baignable (21-24°C), la végétation est verte et la fréquentation reste raisonnable, tandis qu’en juillet-août la météo est parfaite mais c’est le pic touristique avec des plages bondées, des transats hors de prix et des hébergements complets. Septembre reste une valeur sûre, avec une mer encore chaude et des tarifs qui redescendent après le 10 du mois.
Le match des prix face à la Croatie
C’est là que la bascule s’opère vraiment. Sur les plages croates les plus courues, une journée revient facilement à 50 ou 80 euros par personne rien qu’en transats et déjeuner. À Ksamil, l’écart reste net même si les prix montent : là où une journée plage en Croatie ou dans les îles grecques coûte facilement 50 à 80 euros par personne, l’Albanie offre la même qualité d’eau et de paysage pour trois fois moins. Sur place, un transat avec parasol coûte 10 à 25 € la journée selon l’emplacement et la saison. Côté logement et restauration, les écarts restent tout aussi parlants d’après les comparatifs les plus récents : on parle d’environ 35 € pour une chambre d’hôtel contre plus de 100 € en Grèce, ou 8 € pour un déjeuner de fruits de mer contre 25 € en Croatie.
Il faut nuancer l’image du pays le moins cher d’Europe qui circule encore beaucoup en ligne. Une voyageuse expérimentée qui a passé deux semaines sur place le résume bien : c’est plus cher que ce à quoi on s’attend, même si cela reste moins cher que la Grèce ou la Croatie, et bien moins cher que l’Europe de l’Ouest. Un comparatif récent avance un budget mid-range de 80 à 120 euros par jour pour deux personnes en 2025, soit environ le double de 2018, mais toujours bien en dessous des prix pratiqués en Grèce, en Croatie ou au Monténégro. : Ksamil reste une bonne affaire, mais plus la ruée continue, plus la fenêtre de tir se resserre.
Un boom touristique qui n’est plus vraiment secret
Les chiffres racontent une histoire assez spectaculaire. En 2024, l’Albanie a enregistré 11,7 millions de visiteurs étrangers, contre 6,4 millions en 2019, une hausse de 82%, et la dynamique s’est poursuivie en 2025 avec une progression supplémentaire de 7%. Plus récemment encore, les données de l’institut statistique albanais INSTAT confirment un total de 20 996 934 arrivées en 2025, en hausse de 6,6% sur 2024, dont 12 466 038 visiteurs étrangers. Pour absorber ce flux, le pays a même ouvert une nouvelle porte d’entrée : en 2025, l’Albanie a ouvert l’aéroport international de Vlora, un projet de 170 millions de dollars avec une capacité de 2 millions de passagers par an, dans l’objectif d’atteindre 10 millions sous dix ans pour soulager Tirana.
Cette croissance a un revers, et c’est peut-être la vraie leçon à retenir avant de faire ses valises. Un voyageur revenu à Ksamil après dix ans d’absence décrit un lieu méconnaissable, où les plateformes sur pilotis ont remplacé le sable libre et où chaque mètre carré est désormais privatisé par des bars de plage. Les autorités ne cachent pas les tensions que cela crée : l’afflux de touristes expose des lacunes d’infrastructure, avec des pénuries d’eau devenues routinières dans les zones côtières, et le Premier ministre Edi Rama a lui-même reconnu en août 2025 que la gestion des déchets restait un défi majeur, en particulier dans les zones côtières. Ksamil, victime de son succès, illustre bien ce paradoxe : le village qui vend une image de paradis préservé accueille désormais un tourisme de masse qui menace justement ce qui en fait le charme.
Si Ksamil devient trop bondée à vos yeux, la Riviera albanaise garde encore des refuges plus tranquilles à quelques kilomètres de là. La plage de Gjipe, accessible uniquement à pied par une marche de trente minutes ou en bateau, offre le silence des falaises sans transat ni bar, loin de l’agitation. Un détail à ne pas négliger avant de partir : sur place, mieux vaut prévoir du liquide, car beaucoup de bars de plage n’acceptent pas la carte bancaire, un rappel que malgré son ouverture rapide au tourisme international, l’Albanie garde encore quelques réflexes de pays qui n’a rejoint le circuit touristique mondial que très récemment.
Sources : developmentvoyage.org | hotelius.fr