La Croatie a longtemps été le rêve adriatique des Français. Des eaux turquoise, des vieilles villes perchées, des îles à couper le souffle. Puis est venue l’addition. Depuis l’adoption de l’euro en 2023 et la vague inflationniste de 2022, le coût de la vie en Croatie a augmenté de 20 à 50 % selon les produits et les services. Le coût moyen du séjour a bondi de 50 % en 2025. Et de l’autre côté de quelques frontières balkaniques, un pays propose exactement la même mer, pour moitié moins cher. Ce pays, c’est l’Albanie.
À retenir
- Pourquoi les vacanciers français abandonnent massivement la Croatie cette année
- Ce pays voisin propose exactement la même mer Adriatique — mais à quel prix ?
- Attention : cette destination bon marché ne le restera plus très longtemps
La Croatie, victime de son succès
La Croatie n’a pas sombré. Elle reste une destination magnifique, avec un patrimoine exceptionnel. Plus de 80 % des touristes internationaux arrivent en voiture ou en bus, et le pays accueille environ 17 millions de visiteurs étrangers par an pour une population de 3,9 millions d’habitants. Un ratio vertigineux. Le surtourisme demeure un enjeu crucial, alors que les destinations les plus prisées, comme Dubrovnik, Split et Hvar, continuent d’attirer un grand nombre de visiteurs, soulevant des inquiétudes croissantes sur l’impact environnemental et culturel du tourisme de masse.
La mécanique des prix suit implacablement. Les prix des restaurants ont augmenté à la suite de la hausse des loyers et de la nourriture, de même que la location d’appartements. Les Croates qui sont à leur compte doivent augmenter leurs prix pour faire face à l’augmentation du coût de la vie, ce qui se reporte sur le touriste lui-même. En haute saison, les hôtels et Airbnb affichent des pics à +60 %. Dubrovnik, la fameuse « perle de l’Adriatique », atteint aujourd’hui jusqu’à 90 euros la nuit pour un simple studio en août. Difficile de s’en plaindre quand on a choisi le spot, mais difficile aussi d’y emmener une famille sans y laisser une semaine de salaire.
Mai, justement, était le bon plan par excellence. Le mois de mai est indiqué pour profiter de prix plus accessibles qu’en été. Mais même cette fenêtre s’est réduite. La désaisonnalisation fonctionne, les touristes arrivent plus tôt, et les tarifs suivent.
L’Albanie, ou la Croatie d’il y a dix ans
Voilà l’image qui revient le plus souvent dans la bouche des voyageurs qui ont franchi le pas : l’Albanie ressemble à la Croatie d’avant le boom. Bordée par la mer Ionienne et la mer Adriatique, la Riviera albanaise déroule des kilomètres de plages, des eaux d’un bleu profond et des falaises qui rappellent la Grèce ou le Monténégro. Les plages de Ksamil, Himara ou Dhermi évoquent ce que certaines côtes grecques offraient il y a encore quelques années : accessibles, naturelles et visuellement impressionnantes.
Pour ceux qui cherchent à se faire plaisir sans se ruiner, l’Albanie est imbattable côté prix. Hôtels, restaurants, activités… tout y est nettement moins cher qu’en Croatie, comptez environ 30 à 40 % de moins à prestation équivalente. Un repas complet dans un restaurant local albanais, avec entrée, plat et boisson, peut encore rester très accessible, souvent autour de dix euros selon les endroits. La cuisine mérite d’ailleurs le détour en elle-même : mezze généreux, poisson grillé, fromages de brebis, byrek feuilleté — une cuisine simple, efficace, et sans mauvaise surprise au moment de payer.
Ce n’est pas uniquement la mer. À l’écart de la côte, au moins deux villes inscrites à l’UNESCO attirent l’attention grâce à leur architecture ottomane : Berat, la « ville aux mille fenêtres », et Gjirokastra, la « ville aux mille marches ». On y croise des châteaux, des bazars, des églises et des mosquées qui témoignent de la riche histoire du pays, romain, byzantin et ottoman avant son indépendance en 1912. Un dépaysement que la Croatie, saturée de visiteurs au mètre carré, peine à offrir.
Un essor qui a ses propres limites
L’Albanie n’est plus un secret d’initiés. Les chiffres sont parlants. En 2024, l’Albanie a accueilli 11,7 millions de visiteurs, soit une augmentation de 60 % par rapport à la période pré-Covid. Le nombre de vols à destination de la capitale Tirana a presque triplé en cinq ans. Les Français, en particulier, ont découvert la destination : les ressortissants français figurent désormais parmi les principaux visiteurs, aux côtés des Italiens et des Allemands. Ils étaient environ 160 000 à avoir visité le pays entre janvier et juillet 2025, soit une progression de 48 % sur un an.
La conséquence logique : les prix montent. Hébergement, restauration et loisirs affichent des hausses de 10 à 15 % selon les régions, particulièrement le long de la Riviera albanaise. La côte ionienne, notamment autour de Ksamil et Saranda, subit une pression touristique importante et une urbanisation rapide, modifiant parfois la qualité de l’expérience estivale. La fenêtre idéale pour profiter de l’Albanie authentique à prix doux se resserre. Le printemps reste une excellente période pour découvrir le pays. Les températures sont agréables, la nature est verdoyante, et la fréquentation reste contenue, c’est le bon moment pour explorer les sentiers, visiter les villes sans contrainte et profiter du littoral dans de bonnes conditions.
L’accès pratique s’est aussi simplifié. Wizz Air propose à l’année le plus grand nombre de liaisons directes au départ de la France, depuis Paris-Beauvais, Lyon, Nice, Bordeaux ou d’autres villes régionales, à des tarifs abordables. Les transports publics restent toutefois insuffisants, et la plupart des voyageurs optent pour la location de voiture afin d’explorer le pays. Détail à ne pas négliger pour organiser son séjour, notamment sur la côte sud.
Et le Monténégro dans tout ça ?
Entre la Croatie désormais onéreuse et l’Albanie en pleine montée en gamme, le Monténégro occupe une position intermédiaire souvent oubliée. Pour une alternative plus détendue au charme médiéval de la Croatie et aux vues adriatiques, la ville côtière de Kotor propose des paysages étonnamment similaires. Cette ville cotée par l’UNESCO est un dédale de rues pavées, de palais de l’ère vénitienne et de carrés de café, avec des murs de forteresse historiques et un cadre au bord de l’eau aussi cinématographique que Dubrovnik. Au-delà de la vieille ville, le paysage de fjord de la baie est parfait pour les voyages en bateau et le kayak.
La réalité géographique est simple : ces trois pays partagent le même bassin adriatique, la même palette de bleus, les mêmes influences vénitiennes dans leurs vieilles pierres. Ce qui change, c’est le stade de développement touristique, et donc le rapport qualité-prix. Longtemps restés dans l’ombre de leurs voisins croate et grec, le Monténégro et l’Albanie dévoilent progressivement leurs atouts aux voyageurs avisés. La trajectoire est connue : la Croatie l’a parcourue en vingt ans. L’Albanie la parcourt en cinq. Ceux qui hésitent encore ont peut-être deux ou trois étés devant eux pour profiter du meilleur de la Riviera albanaise avant que l’addition ne rejoigne celle de Split.
Source : masculin.com