Chaque été, des conducteurs prennent le mauvais sens de départ sur la Route des Crêtes du Verdon. Ce qui aurait dû être une boucle panoramique d’une heure et demie se transforme alors en un détour contraint de plusieurs kilomètres, au volant sur des routes sinueuses de montagne, à rebours d’un itinéraire que personne n’a conçu pour être parcouru à l’envers. La scène se répète à chaque saison. Et elle est parfaitement évitable.
À retenir
- Une boucle avec deux entrées possibles, mais une contrainte légale que beaucoup ignorent à l’arrivée
- Le mauvais sens sur la portion à sens unique force les conducteurs à des demi-tours périlleux à flanc de falaise
- Un détour inutile peut facilement coûter une heure supplémentaire en haute saison estivale
La D23, une boucle à sens partiellement unique
La route départementale D23 correspond à la Route des Crêtes du Verdon, une boucle depuis La Palud-sur-Verdon. Voilà le point de départ de la confusion : une boucle, avec deux entrées possibles dans le village, mais une contrainte légale sur une bonne partie du trajet. La route des Crêtes est à sens unique sur 15 des 23 kilomètres qui la composent, entre le Jas d’Aire et le Chalet de la Maline. En raison de la fréquentation et de l’étroitesse de la section centrale, elle est partiellement à sens unique.
La règle est claire, même si beaucoup l’ignorent à leur arrivée : depuis La Palud-sur-Verdon, il faut suivre le sens horaire, portion à sens unique signalée, pour compléter la boucle de 24 km en toute fluidité. Le départ de la Route des Crêtes (D23) est situé 800 mètres à la sortie du village de La Palud-sur-Verdon en direction de Rougon. Quiconque emprunte la route dans l’autre sens, depuis l’Hôtel de Provence, finit bloqué sur la portion sens unique, contraint de faire demi-tour et de repartir vers Rougon ou Moustiers-Sainte-Marie pour rejoindre le bon départ. Sur des lacets de montagne bondés en juillet, le détour dépasse facilement vingt minutes supplémentaires, et c’est sans compter les embouteillages.
En période estivale, des touristes montent malgré le sens interdit, témoigne un habitué de la route à moto. Le phénomène est récurrent : le GPS ne signale pas toujours la contrainte, les panneaux passent inaperçus sous la fatigue du voyage, et la logique de la boucle induit en erreur les plus distraits. Résultat : croisements impossibles sur des passages sans glissières, marches arrière périlleuses à flanc de falaise, et une tension palpable entre conducteurs pressés.
Un site conçu pour le tourisme automobile… mais pas pour l’improvisation
La route a été construite et tracée en grande partie par les habitants de La Palud entre 1948 et 1972, suivant un ancien chemin muletier sur 23 km, avec une vocation 100 % touristique. Elle n’a donc pas été pensée pour supporter des flux dans les deux sens simultanément. Ses 14 belvédères surplombent le Verdon à une hauteur pouvant dépasser 700 mètres au-dessus de la rivière. Des à-pics sans guardrails sur certains tronçons : inutile de préciser qu’une manœuvre ratée y a des conséquences autrement plus graves que sur un parking de supermarché.
La route est aussi fermée une partie de l’année. La Route des Crêtes ferme pour risque de neige et verglas entre fin octobre et mi-avril. En haute saison, la pression de fréquentation est maximale. Près de 50 % de la fréquentation se concentre sur juillet et août, avec une moyenne de 4 641 véhicules par jour en haute saison. Sur une route à voie étroite partiellement sens unique, ce flux produit mécaniquement des situations de blocage, surtout quand des conducteurs mal informés viennent à contre-courant.
La structure de la route aggrave le problème. Certains passages sont vraiment étroits, ce qui rend la boucle déconseillée aux très grands camping-cars sur la D23. Un véhicule engagé dans le mauvais sens sur la partie sens unique doit faire demi-tour dans des conditions difficiles. De plus, croiser potentiellement des dizaines de voitures qui arrivent en face, sur des centaines de mètres sans possibilité de débordement.
Le détour qui fait vraiment mal
Si vous entrez dans la boucle depuis l’Hôtel de Provence côté village et descendez vers la Maline en sens interdit, la seule issue légale est de rebrousser chemin jusqu’à La Palud, puis de reprendre la D952 vers Rougon pour rejoindre l’entrée officielle de la D23, soit l’Auberge des Crêtes à 800 mètres de la sortie du village. Depuis Moustiers-Sainte-Marie, il faut compter environ 40 minutes pour 20 km de route pour rejoindre La Palud ; depuis Castellane, 45 minutes pour 25 km. Aller-retour inutile inclus, la méprise peut facilement coûter une heure de conduite supplémentaire sur des routes déjà saturées.
Le piège est d’autant plus sournois que le site lui-même est immense et que les orientations changent d’une rive à l’autre. La Route des Crêtes ne doit pas être confondue avec la route des gorges (D952), en rive droite également, qui relie Castellane à Moustiers. En rive gauche, une autre route serpente le long du Verdon, la D71 entre Aiguines et Comps-sur-Artuby. Trois routes, deux rives, des sens différents selon les tronçons : sans préparation, il est facile de se perdre dans la logique du réseau.
La région est extrêmement fréquentée durant la haute saison estivale française, de mi-juillet à fin août. La route est assez sinueuse et très fréquentée en été, c’est pour cela qu’il faut au moins 1h30 pour faire les 58 km entre Castellane et Sainte-Croix, sans compter les arrêts photo. Sur la D23 prise à l’envers, cette durée peut doubler.
Comment ne pas tomber dans le piège
La règle d’or tient en une seule phrase : partez depuis l’Auberge des Crêtes, 800 mètres après la sortie de La Palud-sur-Verdon en direction de Rougon, et roulez dans le sens des aiguilles d’une montre. Une portion de la route étant en sens unique, pour faire la boucle complète il faut absolument la prendre dans ce sens (le sens des aiguilles d’une montre), comme l’indiquent les panneaux de signalisation dans et aux abords du village.
Quelques autres réflexes évitent bien des déboires. Pensez à faire le plein avant de partir : il n’y a pas de station-service entre Moustiers-Sainte-Marie et Comps-sur-Artuby. Pour ceux qui veulent éviter les bouchons sur la boucle elle-même, si vous optez pour l’été, commencez vos randonnées et vos circuits routiers tôt le matin pour éviter la chaleur et la foule. Les mois idéaux pour visiter les Gorges du Verdon restent mai, juin et septembre, des périodes qui offrent des températures agréables et moins de touristes, permettant de profiter pleinement des panoramas et des routes sans embouteillages.
Un dernier détail utile pour ceux qui roulent en camping-car : la hauteur limite est de 3,6 mètres sur les côtés et 4,3 mètres en son centre sur la D23. Un gabarit à vérifier avant de s’engager, au risque d’ajouter une contrainte supplémentaire à une route déjà exigeante. La Route des Crêtes reste l’un des itinéraires panoramiques les plus spectaculaires de France, à condition, simplement, de la prendre dans le bon sens.
Sources : en.tourisme-alpes-haute-provence.com | support.google.com