On accepte tous les 26 $ de frais par nuit ajoutés au check-in aux États-Unis, sauf que les hôtels sont désormais obligés de les inclure dans le prix affiché

Depuis le 12 mai 2025, la règle de la Federal Trade Commission (FTC) sur les frais déloyaux ou trompeurs est en vigueur. Elle oblige les hôtels à afficher le « prix total » dès l’annonce, de façon plus visible que le reste, avec tous les frais obligatoires qu’ils connaissent et peuvent calculer à l’avance. Le supplément de 26 $ la nuit découvert au comptoir de la réception ne devrait donc plus apparaître par surprise dans une réservation faite aux États-Unis.

La règle n’interdit pas ces frais, elle les rend visibles.

À retenir
  • Les hôtels américains doivent afficher le prix total avec frais obligatoires depuis mai 2025
  • Seuls 6 % des hôtels du pays facturent des frais de resort obligatoires, avec une moyenne de 26 $ par nuit
  • La règle ne plafonne pas les frais et exclut les taxes et les frais conditionnels du calcul du prix affiché

Ce que la règle impose concrètement

Le texte vise ce que les Américains appellent le « drip pricing », la tarification au goutte-à-goutte. Les entreprises doivent indiquer le prix total, frais obligatoires compris, dans leurs publicités et sur leurs applications mobiles comme dans leurs locaux. Il couvre les hôtels, motels, auberges et les places de marché comme Airbnb et Vrbo.

Les exemples cités par les juristes sont précis. Une redevance de ménage ou un « resort fee » ajouté automatiquement au séjour doit figurer dans le total. Les frais techniquement facultatifs entrent aussi dans le calcul s’ils sont attendus par un client raisonnable, ou s’ils sont cochés par défaut. Les serviettes facturées à part en sont un exemple.

La FTC a même prévu le cas du piège le plus courant. Si un hôtel facture automatiquement des frais de resort à l’arrivée, mais les annule quand le client proteste, ces frais restent obligatoires et doivent figurer dans le prix total. Compter sur la vigilance du voyageur à la réception ne suffit plus comme défense.

Un supplément moins universel qu’il n’y paraît

Le titre de cet article suppose que « tout le monde » paie ces 26 $. C’est exagéré. Selon les chiffres de l’American Hotel & Lodging Association (AHLA), cités à la sortie de la règle en décembre 2024, seuls 6 % des hôtels du pays facturent des frais obligatoires de resort, de destination ou d’équipements, pour une moyenne de 26 $ la nuit. C’est un chiffre du lobby hôtelier, donc à manier avec prudence.

D’autres sources donnent un tableau plus sévère. Un site spécialisé dans les frais cachés situe la fourchette habituelle entre 25 et 55 $ par nuit. À Las Vegas, un guide de voyage relève 46 $ la nuit au Golden Nugget, contre 30 $ à l’El Cortez et 39 $ au Downtown Grand. La moyenne nationale cache donc de grands écarts, concentrés dans les destinations touristiques et les grandes villes.

L’histoire de ces frais remonte loin. Dès 1997, certains hôtels de villégiature ont commencé à imposer un resort fee obligatoire, quelles que soient les installations utilisées. D’abord cantonnés aux vrais resorts, ils se sont étendus aux destinations de luxe et jusqu’à des hôtels deux étoiles en ville. Le mécanisme est simple : afficher un tarif plus bas que le prix réel, pour mieux figurer dans les comparateurs.

Les zones grises que le texte laisse ouvertes

Première limite, la règle ne plafonne rien. Elle n’interdit pas les resort fees, ne fixe aucun plafond et ne dicte pas aux hôtels ce qu’ils peuvent facturer. Un hôtel peut toujours réclamer 50 $ pour une piscine que vous n’utiliserez pas, à condition de l’annoncer d’emblée.

Deuxième limite, les taxes. Un juriste du secteur voyage souligne que, contrairement à la règle du ministère des Transports pour les billets d’avion, le texte de la FTC n’exige pas d’inclure les taxes et frais publics dans l’affichage initial. Elles doivent seulement apparaître avant que le client ne valide son achat. À New York ou à Nashville, où elles pèsent lourd, le « prix total » reste donc en dessous de la facture finale.

Les frais conditionnels échappent aussi au calcul. Les options et les frais contingents, comme un départ tardif, sont exemptés. Autre nuance pour les voyageurs étrangers : les surcharges de carte bancaire ne sont pas incluses si l’hôtel accepte aussi les espèces.

L’application, enfin, repose sur des sanctions réelles. Les violations peuvent entraîner des amendes civiles allant jusqu’à 53 088 $ par infraction, selon les montants 2025 ajustés de l’inflation. Le même site note que ce plafond vaut pour chaque cas de prix trompeur. Plusieurs actions collectives sont par ailleurs en cours à propos de resort fees couvrant des équipements indisponibles ou inutilisés.

Ce que ça change pour un voyageur français

Pour qui prépare un séjour à Las Vegas, Miami ou New York, le réflexe consiste à comparer les prix totaux et non les tarifs de base. En France, afficher le prix toutes taxes comprises va de soi pour les consommateurs. Aux États-Unis, la règle fédérale rapproche donc l’affichage hôtelier d’une logique que les Européens jugent évidente, sans l’égaler tout à fait à cause des taxes.

Si un frais obligatoire apparaît à la réception alors qu’il ne figurait pas dans l’offre, gardez la capture d’écran de la réservation. Elle sert d’appui pour contester auprès de l’hôtel, puis de la plateforme ou de l’émetteur de la carte. Un dépôt de plainte auprès de la FTC reste possible.

Le dossier n’est pas clos au niveau législatif. Le Junk Fee Prevention Act, présenté au Congrès en décembre 2025, n’est pas devenu loi. La FTC explore de son côté une règle sur les frais du logement locatif, via un avis préalable de réglementation publié en mars 2026.